colinsdeham.ch: La Société Nouvelle et L'Humanité Nouvelle: 5. La Société Nouvelle.
La Société Nouvelle et L'Humanité Nouvelle



5. La Société Nouvelle

La Société Nouvelle est d’abord le projet d’un homme : Fernand Brouez, mais avant de parler de lui, examinons ce qu’on peut dire de sa revue.

Du point de vue politique, la ligne éditoriale est la fois clairement de gauche, et parfois d’extrême-gauche, en raison du pluralisme cher à son directeur. C’est ainsi que, même si lors de son lancement, en novembre 1884, l’idéologie revendiquée est celle du colinsisme ou socialisme rationnel (une phrase comme " Seuls les penseurs, les savants sont à même d’établir le diagnostic et d’indiquer le remède moral et économique qui rendra la santé à l’organisme social " évoque assez bien de quoi il s’agit), toutes les tendances jugées progressistes y sont représentées (les articles de membres ou d’intellectuels proches du POB y côtoyant ceux d’anarchistes et d’écrivains symbolistes et naturalistes européens). Charlier et Hanse l’avaient déjà souligné dans leurs Lettres françaises de Belgique : " sans faire de polémique, sans dissimuler ses opinions démocratiques, elle laissera la plus absolue indépendance à ses collaborateurs et offrira le panorama le plus riche de notre production littéraire pendant près de quinze ans ".

C’est donc bien parce qu’elle donne l’occasion aux différentes tendances de gauche de s’exprimer que l’on peut sans craindre l’exagération qualifier La Société Nouvelle de tribune libre de la gauche européenne.

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La spécificité de la Société Nouvelle sur le plan éditorial est sans doute qu’elle se veut la plus internationaliste des grandes revues de son temps, et cet internationalisme est bien évidemment dirigé en premier lieu vers la France. De manière générale, il s’avère que les autres revues bruxelloises de l’époque sont nettement moins enclines que la SN à avoir des relations soutenues avec leurs équivalentes françaises. Cela ne peut guère s’expliquer, mais on doit bien constater que, " à la différence de la majorité de leurs consœurs de la capitale qui marquent des réserves à l’égard de Marianne, les revues wallonnes sont résolument gallophiles ".

Mais justement, la Société Nouvelle est un peu une revue wallonne, non seulement par son principal fondateur, originaire du Borinage, mais aussi par certains des auteurs qu’elle publie (Maurice Des Ombiaux, etc.).

Cet internationalisme d’ailleurs n’est pas à sens unique, puisque la SN fait découvrir les auteurs français en Belgique, mais également les écrivains belges en France. Et pas que les Belges ! Jeanne Verbij-Schillings s’en fait la remarque, au sujet des lettres néerlandaises : " Ironisch genoeg werpt het Franstalige Belgische tijdschrift La Société Nouvelle zich in mei 1887 op als intermediair tussen de Nederlandse letteren en het Franse publiek door uitvoerig stil te staan bij de literaire verdiensten van Multatuli. In 1893 publiceert hetzelfde tijdschrift een vertaling van zang I van Van Eedens gedicht Ellen ".

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" Il y avait dans ce Wallon du Germain et du Gaulois ". Cette image, que Hubert Krains applique à Fernand Brouez, peut parallèlement convenir à qualifier la position de La Société Nouvelle, à la croisée du Nord et du Sud ; tant il est vrai que si elle reste dans les mémoires essentiellement pour les nombreux écrivains d’origine russe, nordique et germanique qu’elle révéla aux publics belge et français (Tolstoï, Ibsen, mais aussi les premiers fragments de Nietzsche traduits en français), n’oublions pas qu’elle comptait dans ses rangs de multiples collaborateurs de culture latine.

Et d’ailleurs, n’est-ce pas pour une part cette multiplicité de nationalités dans la SN qui a concouru à ce que s’opère en elle une synthèse des littératures et des idées qui se

répandaient alors dans toute l’Europe ? Sans doute, quand l’on songe que " les revues ont aussi été un vecteur essentiel du cosmopolitisme littéraire " . Rétrospectivement, on se rend peut-être mieux compte du " rôle d’organes comme La Société Nouvelle dans la pénétration des littératures étrangères dans le domaine francophone ". Son éclectisme en matières de littératures européennes fait songer à la " Revue de la quinzaine " du Mercure de France.

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Une autre particularité notable de la SN est sa position même vis-à-vis des autres grandes revues de l’époque. Au sein de la bataille qui fait rage entre L’Art moderne et La Jeune Belgique, elle va créer " un trait d’union entre les deux adversaires " et " entretiendra d’excellents rapports avec La Jeune Belgique comme avec L’Art moderne " . C’est en cela qu’elle dérogera partiellement à la règle qui dit que " chaque projet de revue est en quelque sorte le résultat d’un complot : d’une génération de jeunes contre les anciens, d’une esthétique contre une autre, de valeurs avant-gardistes contre les valeurs instituées, académiques. (…) Affirmation le plus souvent exprimée sous la forme d’un manifeste grâce auquel chaque groupe désigne ses "adversaires", précise ses orientations éditoriales, choisit ses lecteurs, tout cela suivant une échelle d’intentions qui va du dogmatisme à l’éclectisme ". En effet, la SN se cherche moins des ennemis parmi ses consœurs qu’elle ne s’efforce de fédérer les volontés progressistes.

On peut trouver plusieurs raisons à ces bonnes relations avec L’Art moderne et La Jeune Belgique : d’abord, la SN ne prend pas fait et cause pour l’une des deux parties dans les controverses esthétiques qui les opposent (ce qui est sans doute une conséquence de son seul parti pris : le pluralisme des idées, politiques et esthétiques) ; et ensuite, sur un plan personnel, il se trouve qu’un Arthur James est en bons rapports, bien que pour des raisons différentes, avec des représentants des deux revues : E. Picard pour L’Art moderne, M. Waller pour La Jeune Belgique, revue où James avait fait ses débuts (du temps où elle s’appelait encore La Jeune Revue Littéraire).

Si nous sommes ignorant de la qualité et de la fréquence des contacts que F. Brouez avait avec L’Art Moderne, il semblait en tout cas être au mieux avec La Jeune Belgique. C’est ainsi par exemple que, accompagné de Mockel, le directeur de La Wallonie, il acceptera de se rendre à l’invitation de La Jeune Belgique, à l’occasion du banquet anniversaire qu’elle organise pour fêter ses dix ans, le 15 janvier 1891. Ils y prendront d’ailleurs la parole, aux côtés de Gille, Maubel et Giraud. Brouez s’exprimera tout particulièrement sur la dette des lettres belges à l’égard de la revue de l’art pour l’art : " c’est au grand mouvement Jeune Belgique que nous sommes redevables de cette rénovation [de la littérature belge] " , puis établira un parallèle entre celle-ci et sa revue : " La Jeune Belgique et La Société Nouvelle ont rencontré les mêmes obstacles, se sont heurtées à la même indifférence. Leur amitié est née de cette lutte " , en insistant finalement sur son souhait de " réunir les éléments de la grande synthèse qui se prépare et doit conduire les hommes vers un siècle de régénération et de rédemption ".

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Pendant quelques années (1897-1903), la Société Nouvelle s’est appelée L’Humanité Nouvelle. Pour notre étude, nous considérerons qu’il s’agit du même périodique, bien qu’avec des changements substantiels. La validité de ce point de vue devrait se manifester à la lecture des pages qui suivent.

5.1 La Société Nouvelle : Revue internationale, Sociologie, Arts, Sciences, Lettres, première série

(novembre 1884 — janvier 1897)

Le premier numéro de la SN paraît le 20 novembre 1884. Ce numéro est remarquable en cela qu’il propose des articles d’auteurs représentatifs de la plupart des tendances littéraires et politiques qu’on associera par la suite à la SN. Il compte à son sommaire les signatures de Camille Lemonnier (pour le naturalisme), Georges Rodenbach (pour le symbolisme). En politique et en économie, on retrouve Louis De Potter (colinsiste), Élisée Reclus (anarchiste), César de Paepe (socialiste), Hector Denis (proudhonien). Et déjà l’internationalisme n’est pas un vain mot : au côté des auteurs belges et français, on constate la présence de l’Américain Henry George.

Nous ignorons si le lancement de la SN a été précédé d’un appel à souscription sous forme d’abonnement, toujours est-il que nous n’en avons pas trouvé trace. Nous ignorons pareillement quels étaient, dans les années qui suivirent, les pourcentage respectifs de diffusion en librairies et par abonnement.

Les premiers numéros comptent entre 60 et 72 pages, puis 112 en 1890, 132 en janvier 1891 (et parfois un peu moins dans les mois qui suivent : de 112 à 124), et quelquefois des pointes à 140 ou 150 en 1892. On voit bien avec ces variations que la SN ne cherche pas à tout prix à garder une pagination immuable. Des tables des matières récapitulatives sont publiées à chaque fin de semestre. En six mois, la SN des années 90 produit entre 700 et 900 pages. Le montant de l’abonnement annuel pour la Belgique est de 8 francs, les frais de port en sus pour l’étranger.

Le tirage est de 1500 numéros (celui de La Philosophie de l’Avenir n’est alors que de 300 exemplaires, mais cela est cohérent avec son statut d’organe doctrinal, presque de " bulletin intérieur " de la secte), ce qui semble peu à première vue, mais Francis Nautet observait quelques années plus tard que " pour les publications littéraires, le nombre de 800 est un chiffre élevé comprenant déjà des abonnements forcés dus à la camaraderie ". De plus, " l’histoire littéraire (…) a montré que l’influence ou la réputation des revues était loin d’avoir un rapport avec leurs tirages " ; puisque " elles ont beaucoup plus de lecteurs que d’abonnés, car on se les prête parmi la jeunesse ".

Tant que nous discourons sur la diffusion, relevons qu’en 1886 la SN reprendra le fichier des abonnés de La Basoche — autre revue littéraire, créée en 1884 par Charles-Henry de Tombeur et André Fontainas — lorsqu’elle cesse de paraître après seize numéros. Nous ne savons pas à combien de lecteurs ce fichier correspondait, mais ce ne peut être considérable, vu la jeunesse de cette revue. R. Fayt signale l’existence d’un faire-part inséré dans le dernier numéro de la revue où l’on déplore " la perte irréparable de Dame Basoche ", signalant que " le service littéraire pour le repos de ses abonnés sera fait dorénavant par La Société Nouvelle ".

Quand cette décision a-t-elle été prise ? À notre avis, très peu de temps après le choix de mettre un terme à la revue créée par Tombeur, puisque l’avertissement au lecteur prend la forme d’un faire-part plutôt que d’un encadré dans le corps de la revue, ce qui laisse imaginer que l’accord avec la SN a été finalisé alors que les exemplaires du dernier numéro de la Basoche étaient déjà imprimés.

À notre connaissance, la SN ne réitérera pas d’autres opérations de ce genre. Si c’est une bonne méthode pour se faire connaître par de nouveaux lecteurs (encore faut-il qu’ils ne soient pas déjà abonnés à la SN !), peut-être n’est-elle pas pour autant rentable : combien doit-on payer au responsable de la revue dont on rachète les abonnés ? Normalement, le calcul devrait se faire sur base du nombre de numéros à livrer en moyenne par abonné ; mais dans le cas qui nous occupe, peut-être Fontainas cherchait-il à ce que ses abonnés ne soient pas lésés par la cessation de parution de la Basoche, et a-t-il transmis la liste des abonnés à titre gracieux ? N’est-il pas même imaginable qu’il ait payé les dirigeants de la SN pour reprendre ses abonnements, car après tout Brouez et James n’étaient pas certains qu’un fraction conséquent de ce nouveau lectorat s’abonnerait définitivement, et dans ce cas les numéros qui leur auraient été envoyés gratuitement auraient été en pure perte.

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Fernand Brouez, qui venait juste d’arrêter des études de médecine à l’ULB, et Arthur James — encore stagiaire au Barreau de Bruxelles — en sont les premiers " secrétaires de rédaction " (titre que Brouez préférait à celui de rédacteurs en chef).

Voici comment les rédacteurs La Société Nouvelle présentent leur revue : elle " publie des études sociales historiques et littéraires, ainsi que des articles de critique (…), grâce à l’appui que nous prètent [sic] les chefs du mouvement social dans ces divers pays, nos lecteurs seront tenus au courant des principaux travaux et des ouvrages paraissant à l’étranger. Nous remercions toutes les sommités du monde scientifique et littéraire qui, tant en Belgique qu’en Hollande, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse, en Italie, en Espagne, en Russie, en Amérique, veulent bien nous seconder ".

Un public spécifique est-il visé ? Il semble plutôt, au contraire, que le pluralisme affiché et revendiqué corresponde à une volonté de fédérer largement toutes sortes de tendances dites progressistes. D’ailleurs, les hauts tirages (toutes proportions gardées) mentionnés plus haut nous font penser que la revue ambitionnait de ne pas restée cloîtrée dans une certaine marginalité et de peser peu ou prou sur la pensée de son temps. Notons toutefois que lors de son lancement, on annoncera que La Société Nouvelle " se propose surtout de susciter parmi les jeunes gens une noble émulation ", ce qui est bien sûr lié au jeune âge des deux fondateurs (24 ans).

Nous savons par plusieurs sources que Jules Brouez — le père de Fernand — participa au financement de la SN, mais nous ignorons par contre combien il y investit, ni à quelle part du financement total cela correspondait. Selon Évelyne Wilwerth, il finança la revue pendant douze ans, soit pratiquement jusqu’à la fin de la première série. Nous sommes tentés de croire qu’il était l’unique bailleur de fonds, et que la mention de Ferdinand Larcier comme éditeur résultait d’un arrangement qu’il avait pris avec cette maison. En effet, peut-être était-il plus prestigieux pour une revue de haute volée d’être édité par une maison reconnue.

Cette hypothèse se trouve renforcée du fait que par après, et ce jusqu’à la fin de la 1ère série, nous ne retrouvons plus dans le colophon que des coordonnées de libraires. Nous les avons interprétées comme étant des mentions de diffuseurs, certes arbitrairement, tant il est vrai qu’à la fin du XIXe siècle, certains libraires assumaient en parallèle une fonction d’éditeur… Ce qui n’est pas fait pour nous aider à y voir plus clair.

Toujours est-il que, n’ayant pu consulter les archives de La Société Nouvelle (registre de comptes, correspondances administratives…) — soit qu’elles n’existent plus, soit que nous n’ayons su les localiser — nous ne pouvons être très affirmatif sur ce point.

Examinons maintenant plus en profondeur les changements qu’on peut recenser à partir des données du colophon. Voici la mention d’édition présente dans le 1er numéro (novembre 1884) et qui ne changera pas jusqu’en octobre 1885 :

Bureaux à Bruxelles, rue des Minimes, 10 ;

Bruxelles : Ferdinand Larcier, éditeur ;

Amsterdam : Feikema et Cie, Librairie française, Heerengracht, 231 ;

Paris : Librairie étrangère H. Le Soudier, Boulevard Saint-Germain, 174.

En novembre 1885, le libraire H. Stapelmohr (24, Corraterie, Genève) prend la place de l’éditeur Ferdinand Larcier dans le colophon, situé en bas de la page du sommaire. À partir de ce moment-là, on ne trouve plus nulle part de mention d’éditeur. Serait-ce parce que désormais la SN est imprimée sur place, ce qui pourrait donner une raison au changement d’adresse des bureaux, qui sont déménagés au n° 15 de la rue des Chevaliers ? On peut le penser, si l’on songe que les précédents bureaux de la rédaction étaient justement situés à l’adresse de l’éditeur Larcier.

En janvier 1888, " Albert Savine, Nouvelle librairie parisienne (18, rue Drouot) " remplace H. Le Soudier ; et dès le 31 janvier 1889, elle sera la seule présente sur la page des sommaires, graphiquement sur un pied d’égalité avec la mention " Bruxelles, bureaux : rue de l’Industrie, 26 ". Dans le numéro de septembre 1889, on apprend que Savine déménage au 12,

rue des Pyramides. En février 1890, apparaît de nouveau en bas de la page des titres la mention relative à H. Le Soudier.

Le 30 septembre de la même année, le lecteur peut lire que les bureaux de Bruxelles

sont déplacés trois maisons plus loin, au n°32 de la rue de l’Industrie. Ce qui est la troisième

adresse différente en six ans. C’est alors aux bureaux parisiens d’attraper la bougeotte.

En juin 1892, ils sont au 66 de la rue de la Rochefoucauld puis, en mai 1893, au n° 15 de la rue de l’Échaudé-Saint-Germain. En janvier 1894, on les retrouve au 7, rue Choron ; et en mars, au 45, avenue de Trudaine. En juin et juillet 1895, ils sont au 12, rue Vignon. Ensuite, ils restent au 5, impasse de Béarn jusqu’en décembre 1896 ; puis ils trouvent enfin refuge au 75 de la rue Buffon.

Soit sept adresses différentes sur une période d’à peine quatre ans et demi, ce qui incite le chercheur à se poser la question du pourquoi de ces déménagements incessants (ils ne restent jamais plus de 16 mois à la même adresse, et pour le moins seulement deux mois). Serait-ce des problèmes de loyers trop chers qui en seraient la cause ? Ou bien la volonté d’avoir des bureaux mieux situés ? Quelques années plus tôt, on aurait pu à la rigueur voir dans ces déménagements à répétition un signe des ultimes secousses de la refonte haussmannienne du vieux Paris, mais ici ce n’est plus guère imaginable.

Pour en juger, on devrait en première analyse visualiser les déplacements en question sur une carte du Paris de l’époque. Il s’agirait donc de prendre en compte la qualité des quartiers parisiens de l’époque (quels étaient leurs niveaux de loyers respectifs, lesquels les mieux desservis en termes de possibilités de transport, etc). Hélas, il était pour ainsi dire impossible d’examiner le bien-fondé de telles hypothèses dans le temps imparti pour ce mémoire...

Signalons encore qu’entre octobre 1892 et décembre 1896, le prix de la revue n’augmente pas et reste de 1 franc 25 (si ce n’est pour un numéro spécial de 200 pages, qui couvre les mois de novembre et décembre 1892, qui lui coûte 2 francs 50 ). Pour en finir avec les aspects descriptifs, il faut encore mentionner que la SN perdra une partie de son sous-titre en janvier 1889 (" Sociologie, Arts, Sciences, Lettres ") pour devenir La Société Nouvelle : Revue internationale, et constater au travers des nombreux changements qu’elle connaîtra entre 1884 et 1914 (titre, sous-titre, direction, lieu d’édition, imprimeur…), la présence de quelques constantes : un format in-8 (26 x 16 cm), une couverture vert foncé et une périodicité mensuelle.

La première série de la SN s’achève au début de 1897, sans doute en raison de l’état de santé calamiteux de son directeur, alors qu’elle est " de plus en plus florissante (…) au premier rang des périodiques ", après douze ans et trois mois d’activité.

5.1.1 Le fondateur et secrétaire de rédaction

Fernand Brouez

Fernand Louis Maximilien Brouez, benjamin d’une famille de la bourgeoisie hennuyère et fils du notaire Jules Brouez, naquit le 13 août 1861 à Wasmes. La même année meurt l’aventurier de la famille, le grand-père, Prosper, né lui en 1786.

Nous savons peu de choses sur son enfance et son adolescence, si ce n’est qu’il se montre très attaché à Paul-Léon-Alexandre, son aîné d’à peine un an (né le 2 juillet 1859), ce qui n’est pas étonnant chez des frères pratiquement du même âge et qui, ayant été élevés par leur père et par des précepteurs, n’ont sans doute jamais été séparés l’un de l’autre, même pour quelques heures, comme le sont ceux qui vont à l’école. Ainsi vont-ils s’inscrire le même jour, en 1877, à l’ULB. Lui en candidature en philosophie et lettres, et Paul en sciences naturelles.

Détaillons les études du fondateur de La Société Nouvelle pour tenter d’en retirer quelques informations, car ces années de formation compteront particulièrement, en raison de leur durée et de leur diversité, dans la formation intellectuelle de F. Brouez.

Là où Paul se révèle un élève sans problème (dès 1879, il entame un doctorat en sciences, après des candidatures en médecine), Fernand donne a posteriori l’impression de n’avoir pas pu s’accomplir pleinement dans le cadre de ses études, puisque il en change plusieurs fois l’orientation, sans jamais dépasser le stade des candidatures ; mais tout cela peut se justifier partiellement par un malheur familial qui va le frapper de plein fouet. Après deux années en philosophie, survient un événement inattendu qui va le plonger dans un profond accablement, dont il sera long à se remettre : le 30 juillet 1879, son frère, alors en sa troisième année universitaire, meurt de la scarlatine. Évelyne Wilwerth, l’une des biographes de sa future femme Neel Doff, prête à Fernand Brouez ces mots pour exprimer sa douleur en cette occasion : " J’ai cru devenir fou. Pendant des mois, j’ai erré dans les rues, obsédé par cette mort. Je parlais tout seul. Mes copains ont fini par me fuir. Je me suis alors inscrit en médecine ". Ce que cette citation ne dit pas, c’est que pendant ses mois d’errance, il n’est plus seulement inscrit en philosophie, mais aussi en candidature en droit ; comme s’il avait délibérément cherché à augmenter sa charge de travail pour, à défaut de trouver l’oubli, ne pas avoir trop de temps pour songer à son frère mort.

Après une année où l’on imagine que le souvenir lancinant de l’aîné n’a pas dû le quitter, une année de souffrance, mais aussi sans doute de solitude ( il ne voit plus ses amis, et pour la première fois de sa vie, il est privé de la présence de Paul) ; il abandonne la philosophie (où il venait pourtant de réussir en seconde session — avec distinction — sa première candi) et le droit, mais ce changement radical ne suffit sans doute pas à l’apaiser, puisque maintenant il " se destine à la "médecine des pauvres" ", entreprenant à la fois une candidature en sciences et une autre en médecine. Or ce faisant, ne prend-il pas symboliquement (à ses yeux et à ceux de ses parents) la place du frère mort, qui était en sciences naturelles lui aussi ? D’autre part, peut-être cherche-t-il à " expier " la culpabilité qu’il peut ressentir de n’avoir pu sauver son frère en apprenant comment à l’avenir sauver d’autres vies…

Il serait certainement intéressant d’examiner, dans une optique un peu psychanalytique, ce qu’il dit de cet événement dans ce qui nous reste de sa correspondance,. Quelle était exactement sa relation avec son frère ? La proximité de chaque instant dans leur enfance, puis leur adolescence, ne faisait-elle pas d’eux des presque jumeaux ? Quelle incidence la disparition de son quasi-double a-t-elle eu sur Fernand ?

Quoi qu’il en soit, tous les espoirs politiques et humanistes du père étaient désormais reportés sur le cadet.

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On ne saurait dire, à la lecture des Rapports sur les années académiques de 1877 à 1884, qui malheureusement n’incluent que les noms des étudiants qui ont réussi (avec les villes de résidence et grades obtenus), quelles étaient ses matières de prédilection. De plus, comme nous n’avons trouvé aucune trace de ses copies, travaux ou feuilles de notes (les Archives de l’ULB ne semblent pas conserver de tels documents), nous ne saurons sans doute jamais s’il a toujours pris ses études à la légère, s’il ratait la plupart de ses examens ou bien s’il butait toujours sur les mêmes, et si oui lesquels ; ou simplement s’il ne les présentait pas. De tels renseignements nous permettraient de nous faire une idée de son rapport aux études. Cependant, nous savons qu’il était un " élève assidu et même enthousiaste des bons professeurs " , mais que par esprit d’indépendance intellectuelle " il disait son fait à tel ou tel professeur auquel l’opinion reprochait de ne pas s’élever jusqu’à la médiocrité officielle ".

Nous ne pouvons donc, en raison de ce manque d’indices, qu’échafauder des hypothèses plus ou moins gratuites sur cette incapacité à faire aboutir ses études. Peut-être regrettait-il d’avoir modifié l’orientation de ses études ? Surtout qu’il fait cela après avoir réussi, pour la seule et unique fois de ses études, une de ses candidatures ? Ou bien faut-il incriminer le fait qu’avant l’université, il n’a connu que des professeurs particuliers (son père ou un précepteur) et qu’il ait eu d’autant plus de difficultés à s’adapter au fonctionnement des cours ex-cathedra ? Était-il de santé fragile ? Avait-il du mal à vivre loin du foyer parental (selon sa future épouse Neel Doff, sa mère l’avait beaucoup " couvé ") ? Ou encore se peut-il que le poids du frère mort l’ait empêché de se sentir vraiment à l’aise dans une discipline qui était celle de Paul avant de devenir la sienne ? Ce serait compréhensible, vu l’hypersensibilité dont on l’a souvent gratifié. Sans doute aussi était-il depuis longtemps taraudé par le projet de créer une revue, et devait-il consacrer une partie conséquente de son emploi du temps à rechercher des collaborateurs, un imprimeur, des fonds pour le lancement… La vérité est sans doute quelque part à l’intersection de toutes ces hypothèses.

En tout cas, il est peu vraisemblable qu’il ait suivi plus de quelques cours lors de sa

dernière (et huitième !) année de candidature, et encore plus improbable qu’il se soit présenté aux épreuves ; vu qu’il lance La Société Nouvelle le 20 novembre 1884 — ce nom fait référence au titre d’un ouvrage de Colins —, qu’il dirigera pendant douze ans, jusqu’à ce que ses successeurs changent son nom en L’Humanité Nouvelle.

Pendant ses années d’études à l’ULB, il avait vécu comme un fils de famille bourgeoise, très à l’aise financièrement (mais tout aussi généreux vis-à-vis de son entourage), profitant de la vie en se cultivant, fort apprécié de ses condisciples (" d’emblée des camarades le prirent pour chef de file " ). Cette époque aura été pour lui une période privilégiée de sa construction intellectuelle, celle où il pût approfondir ses connaissances en littérature, s’intéresser à l’effervescence culturelle et artistique qui bouillonnait à Bruxelles et se passionner pour les questions sociales qui agitaient son temps ; mais aussi acquérir une réelle maturité au travers de la douloureuse épreuve citée plus haut.

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Au printemps 1882, il rencontre dans un atelier d’artiste bruxellois une jeune immigrée hollandaise de trois ans son aînée, une pauvresse tombée dans la prostitution à seize ans pour nourrir sa famille et qui pour l’instant travaille comme modèle pour des peintres (notamment Georges Lemmen, qui sera témoin à leur mariage) ou des sculpteurs (Paul De Vigne) avec qui il lui arrive d’avoir des aventures. Il s’agit de la future romancière Neel Doff.

D’emblée, il saura la séduire par son physique à la fois frêle et charmant. Voici comment une des dernières biographes en date de Doff décrit : " Quelle chevelure souple et abondante ! Un collier encadre le visage ovale aux traits fins. Le profil est plus acéré. Le nez, plutôt aquilin. Et les yeux…un mélange de vert, d’ocre, de brun très clair. La silhouette est mince, élancée ; paraît un peu fragile. Ce qui intrigue Neel, c’est ce mélange de ferveur et de fragilité qui émane de lui ; cet alliage de concentration nerveuse et de légèreté rêveuse. Car le jeune homme paraît planer, avec ses longues mains voltigeantes ". Selon Georges Eekhoud, il resta toute sa vie durant " d’une beauté quasi apostolique ", même quand la maladie le vaincra quelques années plus tard.

Issus de milieux on ne peut plus opposés, ce sont leurs idées sur le devenir de la société qui les font se rejoindre et se compléter admirablement Fernand et Neel. Il a de la misère une connaissance toute théorique, façonnée par ses lectures mais aussi — très certainement — par ses conversations avec son père sur ses années de privations. Au contraire, Neel (qui à cette époque se prénomme encore Cornéllie-Hubertina, ou plus simplement Cornéllie, forme francisée de Cornelia, son prénom originel) a de l’indigence et du dénuement une expérience on ne peut plus directe. La majeure partie de sa vie s’est déroulée dans les bas-fonds d’Amsterdam, elle en donne d’ailleurs un aperçu frappant dans les deuxième et troisième pans de son œuvre maîtresse, la trilogie romanesque, à caractère fortement autobiographique, constituée par Jours de famine et de détresse (1911) — pour lequel elle obtient trois voix au Prix Goncourt — , Keetje (1919) et Keetje trottin (1921) qui clôt la trilogie mais relate en fait ses années de jeunesse. Dans le second volume, elle transpose sa relation avec Fernand dans l’histoire d’amour d’une prostituée et d’un jeune homme de bonne famille sensible aux idées socialistes (André).

Selon son biographe, Éric Defoort, l’appartenance de Doff à un milieu misérable n’est pas pour rien dans l’attachement que Fernand lui porte : " Brouez’ liefde voor Doff individualiseert en concretiseert mede zijn algemeen maatschappelijke en theoretische liefde voor de lijdende klasse ".

Fernand jouera vis-à-vis d’elle le rôle d’un Pygmalion, corrigeant son orthographe, reprenant sa diction gâtée par un accent populaire, lui faisant découvrir les théoriciens importants de leur époque, affinant ses goûts en arts, lui révélant même les plaisirs de la gastronomie. " Nul doute qu’à cette époque Neel Doff n’ait rencontré en sa compagnie les grands écrivains du moment, Lemonnier, Verhaeren, Eekhoud, qu’on retrouvera tous, quelques mois plus tard, au sommaire de la SN. Des artistes aussi : Georges Minne, Charles De Groux ", et des politiciens.

Grammaire, géographie, histoire : tout est à faire ou à refaire. Il l’incite même à s’inscrire aux cours de déclamation (que Fernand avait suivi en 1879-1880) et de maintien du Conservatoire de Bruxelles. Elle se débrouille plus que bien et ses progrès sont remarquables. Désormais, sa maîtrise du français est suffisante pour qu’elle ose se lancer dans la traduction littéraire, dès 1885, avec une lettre de Multatuli qui paraîtra dans la SN.

On peut se demander quelle " contrepartie " Neel pouvait apporter à Fernand, outre l’orgueilleux plaisir qu’il devait ressentir à l’idée que c’est à lui qu’elle devait d’avoir pu développer aussi pleinement ses talents et dons.

Il est probable que, à l’un ou l’autre moment de leur relation, Neel a du représenter pour Fernand une " porte de sortie " pour se soustraire au puissant ascendant parental (il lui est arrivé au moins une fois de reconnaître devant Neel qu’il ne s’était jamais senti maître de choisir sa propre voie, qu’il n’avait fait que suivre celle défrichée pour lui par son père, et ce notamment sous l’épée de Damoclès d’un chantage financier).

En outre, si on se fie à l'affirmation — certes pas très étayée — de Évelyne Wilwerth qui dit que " Neel fut très probablement la première femme que Fernand connut ", et si on garde présente à l’esprit la vie tourmentée qu’elle connut dans ses jeunes années, on est peu à peu amené à penser qu’elle a pu incarner à ses yeux ces deux continents inconnus qu’il brûlait d’explorer : celui de la gent féminine et celui d’une réalité sociale dont il n’aurait jamais qu’une connaissance indirecte.

Car, contrairement à son père ou à Neel, qui avaient connu la misère et trouvaient dans leurs souffrances passées de quoi motiver leur combat, qui pour son idéal social et politique,

qui pour sa reconnaissance par le monde des lettres ; Fernand nous semble être resté surtout guidé par son éducation.

Cette inaptitude, cette difficulté à saisir la réalité qui l’entoure, est confirmée par ses proches et par ceux de ses collaborateurs qui l’ont le mieux connu. Parmi ces derniers, Hubert Krains nous dresse le portrait d’un être sensible, qui " semblait ne tenir par rien aux choses réelles ", bien que professant des idées socialisantes censées a priori le prédisposer à l’écoute des réalités, des besoins et des attentes des plus miséreux.

Au nombre des qualités que tous lui reconnaissent, certaines sont citées plus souvent : optimisme, grande érudition, puissante capacité de travail, réelle abnégation (n’hésitant pas à négliger son œuvre d’essayiste — que d’aucuns jugent de qualité, quoique peu abondante — pour passer plus de temps à promouvoir les écrits d’autrui à travers La Société Nouvelle ), foi inébranlable en l’avènement d’une société meilleure ; tous traits de caractère qui nous font voir en lui un réel humaniste.

Entre temps, Fernand a lancé ce qui restera aux yeux de tous son principal titre de gloire : le mensuel La Société Nouvelle, mais quand on sait le caractère ferme et dirigiste de son père, Jules, dont nous ferons état plus loin, on peut se demander si l’initiative lui est bien personnelle ou si elle ne lui a pas plutôt été suggérée par celui-ci. Peu importe finalement, ce qui est certain, c’est que c’est bien le fils qui s’investit totalement dans cette revue, pour laquelle il lui faut " se tenir au courant du mouvement scientifiques et littéraire , lire force manuscrits, (…)[assumer] la correspondance et la direction matérielle " ; laissant son père à ses obligations de notaire. Plus important, c’est sans doute en bonne partie à Fernand — et à James — que l’on doit le fameux pluralisme qu’on retiendra comme la " marque de fabrique " de la SN, pluralisme qu’il concevait comme un instrument privilégié de la propagation de son idéal humaniste, qu’il ne pouvait accepter de voir réduit à sa seule forme colinsiste.

D’ailleurs, d’après ce que nous avons retenu de la lecture de ses articles et chroniques, Fernand Brouez n’a jamais cherché à s’octroyer le rôle d’arbitre des élégances intellectuelles et des tendances progressistes : il est tout dévoué à l’émergence et à la confrontation des idées nouvelles. Nous sommes donc d’avis que la SN fut incontestablement de ces revues dont on a pu dire que leur " caractéristique première, fondamentale (…), c’est d’être l’expression d’une passion, parfois la passion d’un seul individu ".

De par son histoire personnelle, Fernand convenait particulièrement au poste de directeur d’une revue ouverte à toutes les disciplines et tendances : ses études prolongées lui avaient laissé beaucoup de temps pour s’intéresser à toutes sortes de choses. Incomplètes et inachevées, elles présentaient toutefois l’avantage de lui avoir donné des rudiments dans des domaines très divers : droit, philosophie et sciences ; ce qui était sans doute peu courant. Cet éclectisme ne fut sans doute pas pour rien dans la sympathie que lui vouèrent nombre de collaborateurs de la SN. Parmi eux, les écrivains Eekhoud, Verhaeren, Maeterlinck, Krains, Demolder ou Maubel devinrent même ses amis.

Mais revenons-en à sa relation sentimentale avec Neel Doff. Pendant les premières années, il n’est pas question pour Fernand de vivre à deux ; s’ils sont tous deux domiciliés à Ixelles, lui l’est au 9 rue d’Italie et elle au 87 rue Braemt. Il cache même à ses parents pendant plusieurs années l’existence de cette liaison, et continue à habiter dans leur maison de Wasmes. Ce n’est qu’en 1891 qu’il accepte de leur présenter Neel, peut-être sur la pressante insistance de cette dernière. Lors de la première rencontre, seule la mère est présente pour la recevoir, Jules ayant préféré s’absenter. Rapidement, l’antipathie naît de part et d’autre, deux clans se forment, une bataille s’engage dont l’enjeu est la possession de Fernand. La misogynie de Jules Brouez, conjuguée à son opposition de principe au mariage (bien qu’il soit lui-même marié), lui avait fait émettre très tôt l’opinion que les affaires de cœur de Fernand pourraient nuire à la plénitude de son engagement social. Cette hostilité sourde, ajoutée à la possessivité de la mère, transforment les parents de Fernand en ennemis plus ou moins déclarés de son union avec Neel. Il faut croire d’ailleurs que leur influence a un poids certain aux yeux de leur fils, car bien qu’il connaisse Neel depuis près de dix ans, qu’elle ne fréquente plus aucun autre homme depuis 1885, il lui faudra encore cinq autres années pour l’épouser.

Mais comment vit-elle tout au long de ces années ? Sans doute est-ce Brouez qui subvient entièrement à ses besoins, à moins qu’elle n’ait continuée ses séances de pose chez des artistes bruxellois, après sa rencontre avec Fernand Brouez ? Ou s’est-elle lancée professionnellement dans la traduction de textes depuis le néerlandais, une fois qu’elle a su maîtriser le français ? Les registres de recensement décennal d’Ixelles, quant à eux, la classent dans la catégorie des rentiers, peut-être parce que " femme entretenue " n’entrait pas dans la classification des professions de l’époque ?

Le 14 février 1893, lors d’une visite à son frère Jean Hubert qui habite Amsterdam, Neel accepte de recueillir — sans pour autant entamer une procédure d’adoption — un de ses nombreux enfants, Johannes Hubertus, âgé de quatre ans. Il lui plaît beaucoup, et Fernand, pas très enthousiaste au début, finit lui aussi par tomber sous le charme du petit garçon. Avec Neel, ils se feront une joie de l’éduquer, lui apprendre le français… Ce bonheur ne durera guère, pourtant. La belle-sœur de Neel lui réclame de l’argent pour lui laisser définitivement la garde de l’enfant, celle-ci cède dans un premier temps puis finit par refuser tout net. Jean Hubert essaiera même de venir reprendre son fils, mais repartira bredouille. Ce conflit trouvera sa conclusion quand, le 19 juin 1895, Johannes part rendre visite à sa famille. Il ne reviendra pas et Neel ne le reverra jamais plus.

C’est au terme d’une liaison atypique de près de quinze ans, pendant laquelle ils n’ont pratiquement jamais vécu ensemble, si ce n’est dans la maison qu’ils loueront chaque été entre 1890 et 1896 — année de leur mariage — sur l’île zélandaise de Walcheren, à Domburg, (où Fernand vient régulièrement retrouver Neel quand la gestion de la Société Nouvelle lui en laisse le loisir, souvent rejoints par les amis du couple : Lugné-Poe, Henry Vandevelde), qu’il l’épousera le mardi 1er décembre 1896, à la maison communale d’Ixelles.

Le mois suivant paraîtra le dernier numéro de la SN, dans lequel aucun article n’est consacré à faire le bilan des douze années, ni à expliquer les raisons de cette cessation de parution. Cette mise à mort du journal était-elle planifiée dès avant leur union, Fernand préférant désormais se consacrer à son foyer et, pour une dernière année, à son cours à l’Université Nouvelle? Ou bien cela correspond-il à l’aggravation de son état de santé qui survenu l’année précédente ? (voir infra)

On ne sait trop non plus qui a choisi de précipiter le mariage. " Ont-ils pris cette décision ensemble ? De commun accord ? (…) Fernand a-t-il poussé Neel au mariage pour qu’elle devienne héritière ? (…) dans ce cas, il aurait tourné le dos à ses parents et aurait pris le risque de se voir déshérité… Ou Neel aurait-elle réussi à le convaincre, malgré l’hostilité de ses parents ? Rêvait-elle d’un mariage bourgeois ? (…) Neel devait redouter de se retrouver seule, sans sécurité financière ". Ou bien auraient-ils eu le projet d’avoir un enfant, ce qui à l’époque ne pouvait se concevoir hors des liens du mariage, pour en quelque sorte " remplacer " le petit Johannes auquel ils s’étaient attachés ?

Bizarrement, le mariage n’a rien changé à leur mode de vie, ils habitent toujours séparément : Neel, rue de Stassart ; et Fernand, rue d’Édimbourg, au 18. Ce n’est qu’à partir du 25 mai 1897 qu’ils emménagent à Wasmes, chez les parents de Fernand. Mais déjà, le 26 juillet — à cause de l’animosité de la mère pour sa bru ? de la misogynie du père ? par besoin d’indépendance et d’intimité du jeune couple ? — ils reviennent habiter l’ancien domicile de Fernand, rue d’Édimbourg. Enfin, le 14 octobre, Fernand part s’installer — seul ? Neel venant le rejoindre occasionnellement ? — au 282 de la chaussée de Vleurgat. Ce qui fait que sur les trois ans et sept mois qu’a duré leur mariage, personne ne peut affirmer qu’ils aient vécu ensemble plus de cinq mois, y compris les deux mois où ils n’étaient d’ailleurs pas réellement chez eux mais occupaient seulement une partie de la demeure familiale des Brouez ; ce à quoi il faut tout de même ajouter les voyages qu’ils ont faits dans le midi et à Paris, mais dont on ne connaît pas avec exactitude la durée totale. Ces données peuvent inciter à se poser des questions sur l’entente qui régnait dans le couple.

C’est durant l’année académique 1897-98 qu’il met un terme à ses fonctions de professeur à l’Université Nouvelle de Bruxelles (35, rue Ernest Allard), où il avait pendant quatre ans — soit depuis la scission avec l’Université Libre — dispensé un cours intitulé " La question sociale ". Cette décision, suivant d’un an celle d’arrêter la revue, est à corréler avec une dégradation pénible de son état de santé déplorable, consécutif à une vieille syphilis dont les premiers signes perceptibles datent de 1891, mais que Ivo Rens fait remonter à l’époque où il cessa ses études, soit près de sept ans plus tôt. La maladie se fait plus virulente à partir de 1896 et le met au supplice, ce qui est une possible raison de son mariage précipité : Fernand sentant sa fin prochaine ne voulait pas que Neel fut démunie lorsqu’il décéderait.

Une des biographes de Neel Doff, Évelyne Wilwerth, émet deux hypothèses sur l’origine de cette maladie. Il s’agirait soit — et c’est la possibilité qu’elle privilégie — d’une transmission par voie sexuelle, probablement via Neel qui comme prostituée avait été à mainte reprises exposée au risque de contracter la syphilis ; soit d’une " piqûre anatomique " (dite aussi " accident anatomique "), expression par laquelle on désignait à l’époque une contamination survenant lorsque dans d’une opération l’épiderme (d’un patient ou d’un clinicien) était accidentellement incisé avec un instrument infecté, ce qui aurait pu arriver à Fernand dans le cadre de ses études en médecine.

Il est à six semaines de son quarantième anniversaire quand la mort le surprend, le 3 juillet 1900 à cinq heures du matin. Il sera enterré au cimetière d’Ixelles " par une matinée ensoleillée comme il les aimait tant ", sans discours (comme il l’avait demandé), à la concession n°128 de l’Avenue n°5, où étaient déjà enterrés son frère et son père.

Nous ne savons pas s’il avait rédigé un testament, et en ce cas qui en étai(en)t le(s) bénéficiaire(s) : son épouse seule, ses parents, eux trois ? Il semblerait en tout cas que Doff ne se soit pas retrouvée (totalement) dans le dénuement : "Brouez stierf in 1900, zijn vrouw achterlatend als rijke ". Or, il ne pouvait guère s’agir d’argent accumulé par le travail de Doff : à l’époque, elle n’a pas encore sorti de livre, et ne peut guère avoir amassé énormément d’argent rien qu’avec ses éventuelles contributions à des revues ou ses traductions pour la Société Nouvelle. Mais d’un autre côté, quand on voit comme elle est pressée de se remarier (dix mois après la mort de Fernand, avec l’avocat anversois Georges Sérigiers), ne peut-on se dire qu’elle n’était peut-être pas financièrement si à l’aise que ça ?

Un mystère subsiste. Le registre des inhumations de l’année 1900 nous apprend que Brouez est décédé au 30 de la rue de l’Abbaye, demeure bordant un parc commun à plusieurs propriétés, au nombre desquelles la maison du 282 chaussée de Vleurgat où habitait Fernand ; or nulle part nous n’avons trouvé de renseignement quant à ce qu’il pouvait faire à une heure aussi matinale dans cette demeure où vivait " J. Vaes de la firme Hulet, A ".

Peut-être, lors d’une promenade nocturne dans le parc, a-t-il été pris d’une crise plus aiguë que les autres qui l’a empêché de rentrer chez lui. On peut alors imaginer qu’il se soit traîné jusqu’à la maison la plus proche et qu’il ait réussi à réveiller les occupants pour qu’ils appellent un médecin. Au cas où cette hypothèse serait vraie, on pourrait au moins en conclure que la syphilis n’avait pas généré de paralysie chez Fernand, ou bien uniquement de manière intermittente. Mais cette maladie est également susceptible d’entraîner la folie, et là on ignore quel était exactement son état mental dans les jours qui précédèrent son décès.

Il est à noter que, parmi les articles nécrologiques que nous avons consultés, personne ne mentionne la nature de la maladie qui a emporté Fernand. À titre d’exemple, Élie Reclus est ou bien très mal informé ou alors pratique la langue de bois, quand il dit qu’" il s’est épuisé à la tâche, il est mort de fatigue, peut-on dire, de fatigue physique, intellectuelle et morale ". Cette remarque vaut pour Hubert Krains, autre fidèle collaborateur de la revue, quand il écrit : " Sa vie fut un modèle d’activité et il fallut la mort brutale pour l’arracher à son travail et à ses espérances ". On sent bien qu’un tel tabou pèse sur cette maladie qu’on n’ose même pas la nommer.

Plusieurs biographes de Neel Doff (Wilwerth, Pierson-Piérard) considèrent que Keetje est une œuvre fortement autobiographique. En fait, le sentiment de véridicité du roman est

soutenu par un ensemble de faits que, sous réserve de menus changements, on sait être une simple transposition de la réalité (la maison de vacance sur l’île de Walcheren — p. 217 —, la présence du neveu recueilli — p. 219 — qui certes dans le roman s’appelle Wimpie, etc.), mais ces éléments suffisent-ils à conclure que ce livre est entièrement autobiographique ?

5.1.2 Les autres secrétaires de rédaction

Arthur James

D’origine anglaise, ce fils d’un professeur d’histoire de littérature (anglaise, grecque, latine et comparée), de langue (latine) et d’histoire (antiquité grecque, histoire moderne) de la Faculté de Philosophie de l’Université de Bruxelles, Edouard James, est né à Bruxelles le 11 mars 1861, soit cinq mois avant Fernand Brouez. Comme pour Brouez, nous ne savons rien de son enfance et les premières traces qui nous restent de lui remontent à ses études universitaires qu’il inaugure en 1878, un an après Fernand, à l’âge de dix-sept ans. Nous pensons néanmoins discerner une similitude dans la vie des deux complices : ils ont eu un père à forte personnalité, socialement au faîte, très admiré par leur entourage et dont le savoir embrassait mainte disciplines.

Edouard James, par exemple, était " écrivain, philosophe, linguiste, critique éclairé, jurisconsulte, historien, géographe, (…) [Il] était une véritable encyclopédie ; son cerveau avait classé les documents d’une bibliothèque et l’on pouvait à tout instant en tirer d’utiles renseignements sur un sujet quelconque " ; il jouissait sans doute aux yeux de sa progéniture d’un prestige écrasant.

À la différence de Jules Brouez (voir infra), on ne sait pas si E. James était politisé (et si oui en quel sens), alors que la question ne se pose pas pour Jules Brouez (voir infra). Une autre dissemblance est que nous sommes sûr que l’éducation de F. Brouez fut le fait de son père et de précepteurs, alors que nous ne savons pas si A. James a fréquenté l’école pendant son enfance et son adolescence.

Si nous ignorons à quel moment de leurs études ils ont pu se rencontrer, on peut en tout cas constater qu’une partie de leur cursus est commun, mais que durant cette période Fernand précède chaque fois d’une année la venue d’Arthur. En effet, en 77-78, Fernand est

inscrit en candidature en philosophie, alors que c’est en 79 qu’Arthur réussit sa première " candi philo " ; en 78-79 Brouez est inscrit en " candi droit ", tandis que c’est en 1880 que James passe sa deuxième année de candidature en droit.

En raison des échecs répétés de Fernand, il se peut qu’ils aient fait connaissance lors de cours qu’ils auraient tous deux suivis (pour lesquels Fernand n’aurait pas eu de dispense et à la condition qu’ils aient été donnés aussi bien à des étudiants de la section de philosophie que de celle de droit); mais cela reste une hypothèse car nous n’avons pas poussé plus loin nos recherches en ce sens. Quoi qu’il en soit, il est peu probable qu’ils se soient connus après le début de 1882, vu qu’Arthur oblique alors vers des études de médecine et que Arthur quitte l’université pour devenir stagiaire au Barreau ; ne perdons toutefois pas de vue l’éventualité d’une rencontre dans un cadre autre que celui des cours (journaux étudiants, cercles, soirées estudiantines, vie associative…).

Il faut encore, par acquis de conscience, mentionner un point commun entre F. Brouez et A. James : le père de celui-ci a dû avoir l’ami de son fils comme élève, puisqu’en 1878, il dispensait des cours de " traduction, à livre ouvert, d’un texte latin " aux étudiants de candidature en philosophie et lettres. Il faut croire qu’ils ont su charmer Fernand, vu l’éloge en tout point dithyrambique qu’il fait de leur auteur, dans la notice nécrologique qu’il lui consacre : " Il appartenait à la race presque disparue des professeurs artistes (…). Une érudition colossale jointe à une verve incomparable (…). Lorsque notre vieux maître entrait, il semblait apporter avec lui de la vie et de la lumière " .

Il serait au plus haut point intéressant de dater et de discerner les tenants et les aboutissants de l’amitié qui les lie. Nul doute qu’elle éclairerait notre connaissance de ces précieux mois de la genèse de la Société Nouvelle, étant entendu que " le principal ferment de l’aventure revuiste, outre des choix esthétiques communs aux fondateurs, est souvent l’amitié (…), un vrai collectivisme des esprits et des cœurs " (…).Dans le même esprit, comme la " dimension collective de la vie des revues ne va évidemment pas sans conflits ni ruptures,

dans lesquels les rapports affectifs prennent parfois une part importante ", il serait très utile de savoir s’il y eut une brouille entre Fernand et James, car ce dernier n’apparaît plus du tout au sommaire de la SN après octobre 1889.

En 1881 et 1882, James obtient successivement ses premier et deuxième examens de doctorat, pour être reçu docteur en droit le 3 août 1882 avec " la plus grande distinction " (selon Léon Vanderkindere). Il s’était toujours montré un élève brillant (distinction pour sa candidature en droit en 79 et pour celle en philosophie et lettres en 80).

Le 16 août, il prête serment et le 28 octobre il est accepté comme avocat stagiaire auprès d’Edmond Picard.On ne sait trop s’ils ont fini par se lier d’amitié ou s’ils n’ont eu que des relations professionnelles. Notons que c’est James qui présentera Eugène Demolder (qui lui succédera à la direction du Palais) à Picard.

À la date du 21 septembre 1885, on trouve mention de l’inscription de James comme avocat au Barreau de Bruxelles. À peu près à la même époque, nous savons qu’on peut le contacter au 10, rue de Luxembourg, à Ixelles, mais nous ignorons s’il s’agit de son domicile ou éventuellement des bureaux où il officie ; mais nous penchons pour la seconde, car nous n’avons pas trouvé sa trace dans les archives de la commune d’Ixelles qui pourtant recense tous les habitants de l’entité.

Dès ses tous débuts, encore assistant d’Edmond Picard, la vie du Palais de Justice de Bruxelles le marque profondément, au point qu’il en fera la relation sous forme de descriptions alertes dans ses Esquisses judiciaires, initialement publiées en revues, d’abord dans le mensuel Le Palais, organe des conférences du Jeune Barreau de Belgique, et puis surtout dans le bihebdomadaire Journal des Tribunaux ; avant d’être recueillies en volume trois ans plus tard sous le titre Toques et robes : Esquisses judiciaires.

Le personnage qui assurément occupe les pensées de James dans ces Esquisses est celui du jeune avocat stagiaire, derrière lequel se cache bien sûr l’auteur lui-même. Sa vie n’est pas toujours des plus agréables : " Dans quelques temps, on retrouve le stagiaire important, désillusionné, morose, pleurant ses errements passés, et voyant enfin combien la pente du succès est lente, lente à gravir ", avec parfois des remarques désabusées et peut-être cyniques : " Perdre son procès ! (…) Pour lui, c’est l’effondrement de ses illusions ! L’infortuné ! Comme si la vie elle-même n’était pas un procès qu’il s’agit de perdre ou gagner, qu’il vaut mieux gagner, il est vrai, mais dont le résultat doit nous laisser froids et presque indifférents ".

Il est aussi beaucoup frappé, semble-t-il, par l’assortiment chatoyant des divers spécimens populaires qui se pressent au Palais, qui pour un litige, qui pour répondre à des accusations, qui pour assister au spectacle judiciaire ; et dont il dresse un tableau haut en couleurs : " Ils sont là, bien une vingtaine, presque toujours les mêmes : Gavroche des Marolles aux souliers éculés, au brûle-gueule culotté ; héros de cabarets borgnes, ou réfractaires de l’atelier. (…) On se pousse, on crie, on gesticule, tandis que la fumée du tabac à deux sous s'élève en colonnes grisâtres au-dessus des casquettes multiformes ". Aucun des acteurs de la vie du palais n’échappe à son observation : le juré, l’avoué, le client…

De manière générale, il se montre plutôt ironique, si ce n’est à l'égard de l’institution judiciaire elle-même, en tout cas vis-à-vis de certains de ses rouages (pour n’en citer qu’un, qui nous a marqué plus que d’autres : ce bourgeois imbu de sa fonction de juré, qui assiste au procès comme s’il s’agissait d’une pièce de théâtre et ne se sent pas plus de responsabilité qu’un simple spectateur ; pour finalement, dans le doute, juger plus prudent de condamner l’inculpé !) ou de ses rituels (assimilant les avocats prêtant serment à des premiers communiants).

Tout comme son beau-père Victor Arnould, avocat bruxellois, homme politique libéral de renom, publiciste et écrivain, Arthur James a lui aussi de multiples activités extra-juridiques : il est homme de presse, officiant à divers postes : journaliste, secrétaire de rédaction…, tout en jouant à l’écrivain (chroniqueur, dramaturge et même poète).

Très tôt attiré par le monde de la presse, il a commencé à publier déjà du temps de ses études : " les dernières réapparitions passagères de l’Étudiant sont dues à MM. Charles de Tombeur, Arthur James, Luc Malpertuis et Fritz Rotiers ".

Entre décembre 1880 et novembre 1881, il réservera une partie de sa production — celle qui a des prétentions artistiques (les nouvelles, une pièce) — à la Jeune Revue Littéraire, et (de 1882 à 1885) à sa continuatrice La Jeune Belgique.

On lui doit aussi quelques articles parus dans L’Art moderne, et au moins deux dans l’hebdomadaire liégeois du samedi, Caprice-Revue (périodique fondé en 1887 par Armand Rassenfosse, Auguste Donnay, Émile Berchmans et Maurice Siville).

Précédemment, il avait déjà manifesté sa présence dans les sommaires de l’éphémère La Basoche, Revue Littéraire Artistique, ce dont il semblera garder un agréable souvenir. Il participa aussi, tout comme F. Brouez, à la Revue Artistique : Beaux-arts, Littérature, Musique, Arts Industriels, entre 1882 et 1884 ; mais aussi au mensuel La Renaissance : Revue Littéraire, Artistique & Scientifique.

Il n’est pas non plus resté étranger à l’univers de la presse quotidienne : c’est ainsi qu’il a été un temps rédacteur à La Nation, journal radical dirigé à l’époque par son beau-père, V. Arnould, qui l’avait fondé en octobre 1885.

Il assumera également la fonction de directeur de revues à caractère juridique, prônant la ""littérature judiciaire "", fort en vogue du vivant de James, et sujette à un engouement auquel certaines œuvres de Picard n’étaient certainement pas étrangères. Citons par exemple Le Journal des Tribunaux, ou Le Palais, " qui traînait depuis des années une vie languissante, reçoit, sous la direction d’avocats-littérateurs comme James, Fuchs, Demolder, Courouble, une impulsion qui va bientôt effrayer et mécontenter des gens de robe, attachés obstinément aux traditions ".

Entre 1884 et 1889 (année de la parution de son second livre), il est secrétaire de rédaction de La Société Nouvelle (mais le lectorat de la revue le connaît surtout pour ses critiques musicales, et surtout théâtrales et littéraires, rubriques dont il s’occupe en alternance avec F. Brouez ; ainsi qu’une autre intitulée " Hommes et choses " qui constitue une sorte de

billet d’humeurs).

Il est généralement admis qu’il est un des deux fondateurs de la SN, car dans le premier numéro de la SN, Brouez et lui sont tous deux gratifiés du titre de secrétaire de rédaction (nous pouvons tout de même supputer une certaine prééminence dans le chef de Fernand, puisque c’est son père qui paie les factures de la revue). La position de co-fondateur de James est en tout cas confirmée par un article de François de Nion, dont la section consacrée à notre revue s’ouvre par ces mots : " La Société Nouvelle, lancée par MM. F. Brouez et A. James ", mais cela implique-t-il qu’il en ait aussi été le co-directeur ? Et à partir de quand ? Raymond Trousson dit qu’il n’est devenu co-directeur qu’après avoir été secrétaire de rédaction.

Qu’apporte-t-il à la SN, en tant que rédacteur ? En cherchant bien, on se rend compte qu’il est plus passionné de littérature que de question sociale (contrairement à Brouez, qui écrit sur les deux matières), et le plus souvent ses articles sont des critiques de livres ou de pièces. Son intérêt pour le domaine des lettres déborde les colonnes de la revue, puisqu’il donne aussi des conférences sur le sujet.

Quant à ses opinions politiques, nous ne savons trop quelles étaient ses convictions : peut-être s’est-il converti au socialisme rationnel de Colins, pour peu que la compagnie de Fernand — et peut-être de Jules ? — Brouez l’ait amené à s’intéresser à cette doctrine. Mais nous sommes peu porté à le croire : en effet, nous n’avons rien trouvé sur lui dans les ouvrages sur le colinsisme ; et par ailleurs, il n’y a pas de lettre de lui dans l’inventaire du " fonds Raffin-Tholiard " (colinsisme) des AGR, qui en compte pourtant d’à peu près tous les colinsistes qui naviguaient dans les eaux de la Société Nouvelle.

Sa fiche d’inscription au Barreau de Bruxelles indique qu’il est parti s’établir à l’étranger à partir du 6 septembre 1893, mais nous ne savons ni où, ni pour combien de temps, ni quelle fut la raison de ce départ (entre parenthèses, la consultation de cette fiche laisse penser que James avait de manière générale peu attiré l’attention de sa hiérarchie au Barreau, que ce soit en bien comme en mal, vu que les sections " Honneurs " et " Peines " sont restées aussi vierges l’une que l’autre), et nous manquons par trop d’éléments pour émettre quelque hypothèse que ce soit à ce sujet. Nous ignorons de même s’il était accompagné dans son exil de son épouse, la fille de Victor Arnould. Ce départ serait-il en quoi que ce soit lié aux plaintes contre James portées sur sa fiche d’inscription au Barreau de Bruxelles ? Voici la mention qui s’y trouve, dans la partie Relevé des affaires soumises au conseil : " Dans les affaires du cabinet du bâtonnier, il y a deux plaintes à M. James. Voir 1893-94 (G et S)".

Comme piètre élément de compréhension de l’énigme de son départ, signalons malgré tout qu’il avait perdu au moins une attache importante qui le liait à la Belgique, en la personne de son père, décédé quelques années plus tôt, au milieu de l’année 1888 (et pour ce qui est de la mère, nous en ignorons tout, tout comme plus généralement nous ignorons tout des relations qu’Arthur entretenait avec ses parents). Quoi qu’il en soit, après cet exil, on n’entendra plus parler de lui. Serait-il mort jeune, comme F. Brouez ?

Revenons plutôt à son activité d’écrivain, qui fut peut-être la plus réduite quantitativement de toutes celles qu’il entreprit, surtout si on exclut de ce registre ses critiques et chroniques journalistiques, dont on ne peut légitimement pas affirmer qu’elles contribuèrent à constituer une véritable œuvre littéraire.

Nous n’avons trouvé trace que de deux livres d’Arthur James. Il s’agit, en 1885 , de

Toques et robes : Esquisses judiciaires, une chronique désillusionnée de la vie du Palais de Justice de Bruxelles, dédiée à Edmond Picard et illustrée par Amédée Lynen (remplaçant au pied levé Fernand Khnopff, initialement prévu), qui lui vaudra un papier élogieux de Fernand Brouez dans la SN n° 8 de juin et une critique positive d’Émile Valentin dans le Journal des Gens de Lettres Belges du 15 juin 1885. Certains estiment néanmoins que cette œuvre doit beaucoup à un livre de Edmond Picard : " M. Arthur James n’évitera sans doute pas le reproche d’avoir fait de ses esquisses une sorte de satellites des Scènes de la Vie judiciaire ".

Ensuite, il y aura À travers la morale. Honnête plus qu’honnête, son premier roman sorti en volume, en août 1889 (après que quatre extraits en furent parus dans la SN entre décembre 1888 et mars 1889), qu’il dédie à son ami F. Brouez. Mais il n’en était pas à sa première tentative dans le domaine romanesque. Près de dix ans auparavant, il s’était déjà essayé à conter le Roman d’un stagiaire, dont un extrait (Le premier client) était paru en mars 1881 — le mois de son vingtième anniversaire — dans La Jeune Revue Littéraire ; et un second morceau (Ab Ovo) un an plus tard, dans la revue qui lui succéda (La Jeune Belgique), où il en publiera encore un troisième et dernier fragment (Homo homini lupus), en janvier 1885.

Est-ce que ce roman est resté inachevé, est-ce qu’il n’a pas pu ou voulu le faire paraître intégralement, en était-il insatisfait ? Tout cela est bien possible, car n’oublions pas qu’il s’agit là d’une œuvre de jeunesse.

Mais d’ailleurs, les (éventuelles) pages inédites de ce Roman n’ont peut-être pas été perdues pour tout le monde Pour son auteur par exemple : ne se pourrait-il pas qu’il les ait réutilisées pour ses Toques et robes : Esquisses judiciaires ? Ces dernières, nous l’avons vu, reposent principalement sur la description des soucis et des états d’âme de l’archétype de l’avocat stagiaire selon Arthur James… Max Waller, sans aller jusque là, perçoit les rapports qui unissent ces deux œuvres : " Ce que je demandais à ton fameux Roman d’un stagiaire, je le retrouve dans ces Toques et robes " .

Profitons de ce que nous nous référons à lui pour exposer le point de vue très louangeur de Waller (développé dans un article en forme de lettre ouverte à Arthur James) sur les qualités littéraires de celui qu’il connaissait depuis La Jeune Revue Littéraire, qu’il avait pris sous son aile et avec qui il avait noué une solide amitié (ne finit-il pas son article en l’appelant " mon vieux camarade " ?) : " Je viens de lire d’un seul trait ton livre, mon cher James, et j’y ai trouvé cette "psychologie en profondeur" que je cherchais (…). Certains chapitres (…) sont d’une adorable modernité (…)… tu seras toujours plus écrivain fantaisiste que grave pandectophile (…)… ton émotion déborde en phrases tristes qui sont comme la plainte de l’âme altérée ".

Waller est persuadé que c’est son labeur d’avocat qui vole à James le temps nécessaire pour construire une œuvre profonde et unique : " le Droit t’a mangé le sang ; sous la férule du diable d’Edmond Picard, (…) tu as dû piocher, sarcler, ensemencer le champ de ton avenir (…) tandis que tu défendais la veuve sans argent et l’orphelin sans gratitude, tu regardais sournoisement ton encrier qui te faisais risette ". L’Art Moderneest sensiblement plus réservé, jugeant que ces Esquisses avaient toutes leur place dans une revue, mais pas dans un livre, ce dont il fait le reproche à l’éditeur (Larcier), mais sans en tenir nulle rigueur à l’auteur ! La revue de Edmond Picard finit sa critique sur un encouragement : " À l’œuvre, maintenant, pour écrire un vrai livre ".

Un autre " Jeune Belgique " qui s’est intéressé à l’œuvre littéraire de A. James est Henry Maubel, mais cette fois-ci avec nettement moins d’enthousiasme que Waller. Honnête plus qu’honnête, surtitré À travers la morale, raconte selon lui " la vie d’un homme moyen d’intelligence et de caractère, sans esprit, sans passions, réfugié à la campagne par dégoût du monde ". Bien qu’il qualifie James de " lettré pur et indépendant ", Maubel juge que " la pensée abstraite le domine, l’éloignant de la matière, de la sensation de vie, de la plastique et décolorant un peu trop son style net ". De plus, il lui reproche de ne pas clairement prendre position par rapport à son sujet : " il est difficile de se résoudre à une affirmation quant au sens de ce livre ".

James fait par ailleurs œuvre de dramaturge avec L’Éclipse, une comédie en un acte et 17 scènes parue dans le n° 5 de La Jeune Revue Littéraire, en avril 1881, ce qui nous indique que sa rédaction a très certainement été, au moins pour une partie, contemporaine de celle du Roman d’un stagiaire. Nos recherches n’ont pu déterminer si elle a jamais été portée à la scène. Elle met en scène un couple de jeunes mariés en voyage de noces à Ostende et qui se soupçonnent mutuellement d’adultère sur base d’un quiproquo, dans la plus pétulante tradition vaudevillesque.

Quid de son œuvre de nouvelliste ? On est obligé, dans l’état actuel de nos connaissances, de la qualifier tout bonnement de quantitativement maigre (Rebecca à la fontaine, Bête de somme). Quant à son travail de poète, dont Gaston Lebrun fait pourtant état dans ses Grandes figures de la Belgique indépendante 1830-1930, nous n’avons pas trouvé d’échantillon. On ne sait donc finalement pas avec exactitude combien de ses œuvres sont restées inédites en volumes ou en revues.

Au final, l’œuvre de James nous laisse assez partagé : si sa pièce est légère et agréable à lire, ce sont surtout ses œuvres en prose qui sortent du lot, remarquables par la qualité de leurs descriptions, prenantes et hautes en couleurs. L’univers judiciaire a de toute évidence été pour lui l’indispensable terreau de son inspiration, et il a su en explorer de manière variée toutes les facettes, se les approprier et en faire un thème de prédilection tout personnel ; mais c’est peut-être ça aussi qui constitue le défaut dominant de son travail d’écrivain : il n’a jamais vraiment su s’extirper de ce " folklore de la justice ", dont son œuvre est finalement restée prisonnière.

Nous ne connaissons pas les date, lieu et circonstances du décès d’Arthur James.

Gustave Kahn (1859-1936)

Après des études de lettres et d’histoire à la Sorbonne et à l’École des Chartes, ce critique d’art et poète, ami de Jules Laforgue et disciple de Mallarmé, effectue son service militaire en Tunisie (l’Orient est récurrent dans son œuvre). " À partir de 1886, il dirige La Vogue, où sont publiés des manifestes et des productions symbolistes. Lui-même, dans la préface de ses Palais nomades (1887), prône la théorie du vers libre dont la double ambition est de permettre des recherches musicales plus complexes et, d’autre part, d’"écrire son rythme propre et individuel au lieu d’endosser un uniforme taillé d’avance et qui [...] réduit à n’être que l’élève de tel glorieux prédécesseur" (…) Son œuvre (Chansons d’amant en 1891, La Pluie et le Beau Temps en 1895, Limbes de lumière en 1895, Le Livre d’images en 1897) témoigne " d’une langue originale au service d’une poésie fluide, ondoyante et coloriée ; termes rares, néologismes, périphrases, alliances de mots, métaphores personnelles juxtaposent concret et abstrait (état d’âme et décor) ".

Dans les années 1880, il participe à la Revue indépendante. Il se marie en février 1890 et quitte aussitôt la France pour la Belgique (car sa femme voulait à tout prix conserver la garde de sa fille Lucienne, issue d’un précédent mariage), d’où il ne reviendra qu’en 1895.

Celui qui fut avec Jean Moréas un des principaux animateurs de l’école symboliste française dans les années 1880 n’assuma des fonctions de secrétaires de rédaction à la SN qu’entre 1895 et 1896 (mais il en était collaborateur depuis 1892). Pour le temps où il occupa ce poste, il mit à profit ses moments perdus pour livrer ses contributions à d’autres périodiques belges, par exemple au Coq Rouge, Revue Littéraire de Demolder pendant ses deux ans d’existence, entre 1895 et 1897.

À partir de 1893, année où il accède au titre de collaborateur du Mercure de France , " il s’oriente vers le journalisme et la critique d’art : il écrit des biographies telles que Boucher (1905), Rodin (1906), Fragonard (1907), Fantin-Latour (1926), faisant la part belle aux hommes de sa propre école avec Symbolistes et Décadents (1902), Silhouettes littéraires (1925), Les Origines du symbolisme (1939). Gustave Kahn a aussi écrit des romans résolument modernistes (L’Adultère sentimental , Les Petites Âmes pressées , etc.) et a cultivé le genre mixte : La Pépinière du Luxembourg (poésie-théâtre), Le Conte de l’or et du silence (poésie-roman).

Les plus originales parmi ses dernières œuvres sont des contes à sujet juif ou oriental : Contes juifs (1926), Vieil Orient , Orient neuf (1928), Terre d’Israël (1933), ayant leur source dans la vague de persécutions antisémites qui affectèrent très péniblement l’écrivain ". Mais toute sa vie durant, il restera un homme de revues. Entre 1900 et 1903, on le retrouve au Sagittaire, à La Critique Indépendante ou à La Revue Dorée. Entre 1908 et 1913, dans Isis, Le Centaure, Le Semeur et La Vie.

5.1.3 Le bailleur de fonds

Jules Brouez

Né dans la province du Hainaut en août 1819, à Mons, Jules Eugène Lucien (selon Jean Puissant) ou Julien (selon Ernest Matthieu) Brouez, fils de Prosper Brouez (directeur industriel et membre du conseil colonial de Saint-Thomas du Guatemala — pays où fît fortune — et descendant d’une ancienne famille espagnole qui s’était tout d’abord fixée aux Pays-Bas) " est une figure importante de la vie intellectuelle belge du siècle passé " .

Enfant, Jules reçoit une bonne éducation ; mais son père s’étant ruiné, il lui faut tôt se placer comme garçon meunier. À notre connaissance, il était enfant unique. Néanmoins, dans l’avant-propos de ses mémoires de voyages, son père écrit qu’il avait " un fils à la Colonie ". S’agit-il de Jules, qu’il aurait emmené avec lui en Amérique ? Ou d’un enfant illégitime né sur place, qui pourrait en ce cas être à l’origine de l’unique branche de descendants de la famille Brouez encore vivante actuellement ? Mais ce ne sont que conjectures.

Quoi qu’il en soit, Jules a pu faire son droit, bien que nous ignorions dans quelle école (nous pensons en tout cas qu’en 1847 il a fini ses études, puisque cette année il écrit, en collaboration avec Henri Carion, un Traité théorique et pratique de notariat, rédigé spécialement pour la Belgique). En 1849, il devient clerc de notaire à Nimy, et en 1852, il accède au poste de premier clerc.

C’est vers 1850 qu’il fait la découverte du colinsisme, à travers un ouvrage de Louis De Potter paru en 1848 (La Réalité déterminée par le raisonnement). Ce fut pour lui une telle révélation qu’il se sentit obligé de répandre la doctrine du socialisme rationnel professée par Colins, ce qui l’amena à constituer le premier groupe colinsiste du Hainaut, à Mons, en 1852 ou 1853 semble-t-il. Celui-ci est vite fort d’une dizaine de jeunes gens, " jeunes bourgeois libres penseurs, pauvres mais travailleurs ", certains francs-maçons, tous de profession libérale : les notaires Albert Mangin et Maximilien Malengreau, l’avocat (et futur bâtonnier de l’Ordre à Mons) J. Bourlard (l’aîné du groupe, et un des derniers arrivés), les ingénieurs Alphonse Cappelle, Maloteau et A. Passelecq, le chimiste Jules Putsage, les médecins Émile Van Hassel et Arsène Loin, le pharmacien V. Artus ; ou encore Albert-Maximilien Toubeau, mais ce dernier se détournera de Colins sous l’emprise des sirènes proudhoniennes et comtiennes.

En 1854, J. Brouez s’installe comme notaire à Wasmes, toujours dans le pays hennuyer. Deux ans plus tard, il part à Paris pour rencontrer Colins et lui faire l’offre d’assumer les frais de la publication de son œuvre colossale, ce qui laisse supposer que son étude était florissante ; mais il a été pris de vitesse par le Suisse A. Hugentobler, qui s’était déjà proposé de faire pareil. Cependant, ce n’est que partie remise, puisque Hugentobler doit déclarer forfait devant l’ampleur de son projet de publier les œuvres complètes de Colins, ruiné par des affaires malheureuses au Brésil. C’est ainsi que Brouez peut éditer les volumes VI et suivants de la Science sociale, aidé par A. De Potter, puis par Mangin. Suivront les trois premiers volumes de L’Économie politique, source des révolutions et des utopies prétendues socialiste. Ils arriveront à faire paraître en tout une vingtaine de volumes du maître.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, dans les années qui suivent, ce n’est pas avec Brouez — en qui on voit généralement la figure de proue du groupe — que Colins correspond le plus, mais avec Cappelle et Maloteau (dès 1854).

En 1856, J. Brouez épouse civilement la Jemappoise Victorine-Léocadie-Thérèse Sapin (9 juillet 1833 — 10 novembre 1909), que par la même occasion il gagne à la cause du socialisme rationnel. De cette union naîtront deux fils : Paul en 1859 et Fernand en 1860.

Voulant faire de ses enfants des humanistes, il s’assura qu’ils reçoivent une éducation ouverte sur le monde et couvrant une grande variété de sujets, à l’instar de ce que Louis De Potter avait réalisé avec son fils Agathon. " Il leur inculqua l’amour de la culture (littérature, peinture, sculpture). Il n’oublia pas non plus la dimension humanitaire en leur apprenant, dès leur enfance, le respect du pauvre " et " s’attacha à éviter autant que faire se peut à ses enfants le contact avec l’environnement matérialiste ". Les disciplines étudiées sont " les classiques, physique et mathématiques, histoire et histoire naturelle " ; mais il serait étonnant, vu ses centres de préoccupation, qu’il n’ait pas également cherché à leur transmettre très tôt des rudiments de politique, de philosophie et d’économie.

Les leçons sont assurées par Jules lui-même, quand ses capacités et son emploi du temps le lui permettent, et sinon par des précepteurs ; mais jamais ses enfants ne fréquentèrent une école, privée ou publique.

Socialement, s’il semble de toute évidence avoir réussi, c’est toutefois sans trop d’ostentation. Sa demeure, par exemple, est bourgeoise mais pas luxueuse : " une terrasse à laquelle on accède des deux côtés par quelques marches en pierre précède une construction large, à un seul étage, d’apparence modeste. On entre : à gauche les bureaux et la salle d’étude ; à droite, le salon orné des portraits à l’huile de Colins et du maître de céans peint par Gérard-Séguin, une bibliothèque, une salle à manger, avec une serre s’ouvrant sur un petit parc planté de quelques grands arbres où gazouillent les oiseaux ".

Jules Brouez, de par les innombrables relations qu’il s’était faites au cours de sa vie, principalement dans les milieux colinsiens, fut à l’origine de la collaboration de certains intellectuels à la revue de son fils, comme par exemple d’Agathon De Potter . C’est sans soute aussi grâce à Brouez père que César De Paepe a participé à la SN, peut-être au début en remerciement de l’aide (financière) que Jules Brouez lui aurait apporté dans la poursuite de ses études à l’Université Libre de Bruxelles.

Il est à noter par ailleurs que, lors de la naissance de la revue de son fils, il sera parfois reproché à Jules Brouez de cesser sa contribution financière au périodique officiel au profit de la SN : " M. Brouez a retiré sa subvention à La Philosophie de l’Avenir sans crier gare, et au risque de faire tomber une publication qui durait depuis dix ans. Il a créé une revue La Société Nouvelle et il emploie son argent à payer des écrivains qui n’ont rien de socialistes, alors que moi, je travaille depuis quinze ans pour la cause humanitaire, j’ai à peine le nécessaire pour vivre ".

Il est, dès 1885, à l’origine des premières sociétés coopératives du Borinage, par ex.

des boulangeries, dont en tant que notaire il reçoit les statuts. Durant la décennie qui suit, il participe activement à La Société Nouvelle.

En 1898, il apparaît très fatigué à Frédéric Borde qui vient lui rendre une dernière visite : " si la tête restait toujours solide, la décrépitude physique montrait visiblement une fin prochaine ". Effectivement, Jules Brouez meurt dans sa demeure de Wasmes, âgé de quatre-vingt ans, le 17 septembre 1899 à cinq heures du soir. Sa veuve lui survivra pendant une dizaine d’années, jusqu’à l’âge de septante-six ans, pour finalement décéder dans sa maison du boulevard Sainteclette à Mons (où elle avait déménagé entre temps) le mercredi 10 novembre 1909, à deux heures trente du matin. Dans ses dernière volontés, elle affirme avoir gardé intactes ses croyances dans la " religion rationnelle ", et demande à être enterrée " sans cérémonie d’aucun culte ". Elle sera inhumée dans la concession familiale du cimetière d’Ixelles, le 13 novembre à l’aube. Le peu que nous savons d’elle tient à son aspect physique et nous vient de la description qu’en donne Évelyne Wilwerth : " une grosse femme aux cheveux gris et au teint rubicond. Avec un accent wallon à tomber par terre ". Elle n’a jamais écrit ni dans la SN, ni dans La Philosophie de l’Avenir, mais c’est à elle que nous devons la publication des deux recueils d’études publiées dans la SN, l’un signé de son mari, l’autre de Fernand.

5.1.4 Les éditeurs

Les noms et coordonnées des éditeurs sont donnés en première page de la Société Nouvelle, ce qui nous permet en général de dater avec précision les changements qui sont intervenus à ce niveau.

Ferdinand Larcier (Bruxelles)

L’éditeur juridique (1852-1889) bien connu ne s’est pas toujours cantonné au domaine du droit. C’est ainsi qu’il a été un compagnon de la première heure de La Société Nouvelle (dès novembre 1884). On pourrait s’interroger sur le choix de la rédaction de faire appel à un éditeur juridique : peut-être Arthur James avait-il fait la connaissance de l’un ou l’autre de ses responsables durant ses études de droit ?

F. Larcier publiera aussi des souvenir de voyages : El Moghreb al Aksa : une mission belge au Maroc d’Edmond Picard (1889), et des livres de " littérature judiciaire " (Les Rêveries d'un stagiaire d’Antonin Claude, alias E. Picard, en 1879).

Après sa mort, c’est la veuve de Ferdinand Larcier qui reprendra la direction de l’imprimerie et de la maison d’édition.

Henry Oriol (Paris)

Henry Oriol et Cie était, en 1885, un " éditeur progressiste et gendre de Maurice Lachâtre " dont les bureaux étaient situés au 11, rue Bertin-Poirée. Il publiait notamment des œuvres d’auteurs socialistes, comme le Pierre Patient de Léon Cladel (qui était d’ailleurs de la SN), en 1883.

On lui doit la parution, la même année, de Un coin de la vie de misère (accompagnée de deux nouvelle) de Henry Georges ; et surtout d’une des toutes premières éditions du mémorable Droit à la paresse : réfutation du Droit au Travail de 1848 de Paul Lafargue, gendre de Marx.

Oriol éditera la première SN jusqu’à sa fin, en 1897.

5.1.5 Les principaux diffuseurs

Au XIXe siècle, la diffusion/distribution n’était pas une profession en soi, mais plutôt une activité annexe au métier de libraire. Il n’est par conséquent pas impossible que certains des éditeurs cités en 5.1.4 aient parfois fait aussi office de diffuseurs, mais nous ne traitons dans cette section que de ceux qui sont explicitement désignés comme diffuseurs sur les pages de garde de la SN.

Nous ne citons ici que les diffuseurs qui apparaissent en couverture de la Société Nouvelle, soit a priori les plus importants, aux yeux mêmes des responsable de notre revues. Les autres ne font pas l’objet d’une notice, mais les listes complètes qu’on retrouve parfois dans les pages intérieures de la revue sont reprises en annexe.

H. Le Soudier (Paris)

Nous ne savons presque rien de ce diffuseur, situé au 174 du Boulevard Saint-Germain.

En tant qu’éditeur, on lui doit une Bibliographie française : recueil des catalogues des éditeurs français, accompagné d’une table alphabétique par noms d’auteurs et d’une table systématique ; ainsi que des ouvrages de tendance socialiste (comme par exemple : Hippolyte Verly, Les Socialistes au pouvoir, simple histoire à la portée de tout le monde, version nouvelle du Triomphe du socialisme), à caractère historique, des plaquettes traitant de géographie ou encore des manuels scolaires.

Albert Savine (Paris)

L’histoire littéraire semble n’avoir retenu d’Albert Savine que ses éditions d’ouvrages

antisémites, mais sait-on qu’il a aussi publié des auteurs anarchistes (avec par exemple, L’Italie telle qu’elle est de Francesco Saverio Merlino en 1890, Anarchie et nihilisme de Jehan-Preval en 1892, Les coulisses de l’anarchie de Flor O’Squarr en 1892 ou encore La douleur universelle, philosophie libertaire de Sébastien Faure, en 1895) et des naturalistes (Dames de volupté de Camille Lemonnier, en 1892) ?

Né à Aigues-Mortes, le 20 avril 1859, Savine est le fils d’un fondé de pouvoir du trésorier-payeur général de Nîmes. Après des études au lycée de Montpellier, il s’inscrit à la faculté de droit avant de monter à Paris, attiré par l’École des Chartes. Mais un mariage avec la riche Marie Coste l’éloigne des études et le propulse à la tête d’une grosse fortune, ce qui lui permettra de jouer un rôle non négligeable dans le monde des lettres et en politique.

C’est en 1887, soit l’année qui suit la parution de La France juive de Drumont, que Savine se lance dans la publication d’ouvrages de propagande : La Russie juive, L’Algérie juive, Les Juifs en Algérie… tant et si bien qu’en 1888, c’est Drumont lui-même qui vient lui confier un manuscrit : La fin d'un monde. Étude psychologique et sociale.

Sa librairie devient alors " le cénacle des aboyeurs de l’antisémitisme (Kalixt de Wolski, Georges Maynié) et des spécialistes de l’antiparlementarisme comme Auguste Chirac ". On pourrait a priori être tenté de croire que si La Société Nouvelle le délaisse en février 1890 pour recommencer à faire affaire avec le libraire H. Le Soudier, c’est pour ne plus se voir associée à un nom aussi dérangeant, mais ce serait faire fi du fait qu’elle avait décidé de faire appel à ses services en janvier 1888, soit plusieurs mois après que l’antisémitisme de Savine fût devenu publique (et en 1887 déjà, elle incluait les ouvrages de Savine dans ses recensions).

La publication d’ouvrages polémiques lui coûte énormément d’argent. " En quelques années la fortune de Savine est écornée par les dommages et intérêts qu’il doit verser à l’occasion de ses multiples condamnations, mais aussi par la gestion chaotique de sa librairie, chancelante à partir de 1893. S’ajoute à cela deux ans plus tard ; la guerre d’indépendance à Cuba qui fait perdre à sa femme les biens qu’elle possédait dans l’île ". En 1896 et 1897, il se voit acculé à négocier le rachat du fonds et des droits de sa Nouvelle Librairie parisienne avec l’éditeur Pierre-Victor Stock.

Nous avons aussi trouvé trace de ses occupations de traducteur, dans lesquelles Savine a su faire montre d’un certain éclectisme, mais c’est dans la traduction d’œuvres espagnoles que cet acharné des littératures ibériques — qui était aussi fort féru de folklore provençal et amoureux du Félibrige — s’illustrera le plus abondamment. En fait, sa " maison d’édition (…), son bel appartement situé à Passy, deviennent des lieux de ralliement pour les écrivains espagnols et catalans de passage à Paris ". Il œuvre à les faire connaître dans les salons parisiens. Par exemple, en mars 1886, il contribue à la rencontre des Espagnols Pardo Bazán, Oller et Yxart avec Goncourt, Maupassant, Zola et Huysmans ? Plus tard, dans L’Humanité Nouvelle, il veillera à la bonne tenue de la chronique des livres et revues espagnoles.

Avant de mourir sans le sou, en 1927, il ne survécut pendant vingt ans qu’en courant les travaux de vulgarisation historique et les traductions.

Feikema et Cie (Amsterdam)

Nous ne connaissons de ce diffuseur que son adresse : le 231, Heerengracht. Il apparaîtra comme diffuseur de la SN du 2ème numéro jusqu’en décembre 1888 (mais le fait qu’il ne soit plus mentionné tel quel par la suite prouve-t-il absolument qu’il n’en est plus le diffuseur au Pays-Bas ?).

H. Stapelmohr (Genève)

Nous ne savons rien de ce diffuseur. Nous avons bien relevé la trace d’un M. Stapelmohr à Genève, mais sont-ils apparentés ?

5.1.6 L’imprimeur

Veuve Monnom

" En 1885, l’imprimerie Delvigne-Callewaert est reprise par Sylvie Descamps (1836-1921), veuve de Célestin Monnom, fonctionnaire aux chemins de fer. Très ouverte aux idées nouvelles, la Veuve Monnom se trouve mêlée aussitôt au renouveau littéraire et artistique, puisque de ses presses ne sortiront rien de moins que L’Art Moderne, La Jeune Belgique, La Société Nouvelle, des catalogues des XX et de la Libre Esthétique, des ouvrages de Jules Destrée, Edmond Picard, Georges Eekhoud, Iwan Gilkin, Albert Giraud, Grégoire Leroy, Émile Verhaeren, ainsi que des affiches de Van Rysselberghe et de Lemmen. La Veuve Monnom travaillera aussi à plus d’une reprise pour l’éditeur Edmond Deman, particulièrement exigeant en matière d’art du livre.

En 1912 Henri Cuypers, directeur dévoué autant qu’homme progressiste sur le plan social sera nommé administrateur délégué de l’entreprise nouvellement constituée en société anonyme. Le conseil d’administration se composera alors de la veuve Monnom, présidente, H. Cuypers, administrateur délégué, Th. Van Rysselberghe, administrateur et E.A. Maréchal, commissaire. En 1914, Théo Van Rysselberghe estimera sa belle-mère par trop diminuée mentalement pour qu’elle puisse encore disposer librement de ses biens. Elle sera mise sous tutelle en 1919 et décédera deux ans plus tard. Au lendemain de la Grande Guerre l’imprimerie aura à franchir une passe financière difficile. Maria Van Rysselberghe saura convaincre Émile Mayrisch (1862-1928), capitaine d’industrie luxembourgeois et collectionneur d’art moderne enthousiaste, de participer à une importante et nécessaire augmentation de capital ".

C’est chez Monnom que la veuve Brouez a fait paraître les livres de son mari (Études de science sociale : chroniques et critiques philosophiques, 1897) et de son fils (Études sociales, critiques philosophiques, chroniques littéraires : 1882-1896, 1901).

Notons que c’est aussi chez la veuve Monnom que Arthur James publia son À travers la morale. Honnête, plus qu’honnête, en 1889.

5.1.7 Liste des collaborateurs

Comme les mémoires de Els Verlinden et de Guido Van Genechten incluaient tous deux un répertoire des collaborateurs (pour les périodes 1884-1897 et 1907-1914), nous avons choisi de ne pas répéter cette opération pour la période 1897-1903 et 1906 . La réalisation d’un répertoire des auteurs de L’Humanité Nouvelle aurait certes permis d’obtenir, par le cumul des trois mémoires, un répertoire complet des auteurs entre 1884 et 1914. Mais il nous fallait faire un choix, et il nous a paru plus intéressant de rester concentré sur un de nos objectifs initiaux : produire une table générales des articles, avec index afférents.

À cela plusieurs raisons : en lisant le mémoire d’Els Verlinden, nous nous sommes avisé que presque un vingtaine de collaborateurs (sur 252) de la première SN ne sont pas repris dans son répertoire. Il découle de ce fait que même en réalisant celui de l’Humanité Nouvelle, l’ensemble n’aurait pas été complet. Par ailleurs, les notices des auteurs repris sont parfois excessivement lacunaires (mentionnant le titre d’un ou deux articles, sans plus).De surcroît, des erreurs apparaissaient dans son classement A/Z des auteurs, sans parler de certaines imprécisions (par exemple, les prénoms de beaucoup d’auteurs étant réduit à leurs initiales, alors même qu’ils étaient parfois mentionnés en entier dans les sommaires ou en tête d’articles). Il faut encore déplorer une certaine absence de rigueur dans les entrées des noms de famille, surtout en ce qui concerne les règles de rejet ou de maintien des particules patronymiques qui sont d’usage dans la réalisation d’un répertoire d’auteurs. Enfin, et nous finirons sur cet argument, le défaut le plus grave de son travail, qui par ailleurs compte bien des aspects positifs (le traitement de données à caractère statistique, par exemple), est qu’il n’était pas même fait allusion aux individus majeurs que sont pour l’histoire de tout périodique ses fondateurs et rédacteurs-en-chef… ; si ce n’est quand ils apparaissent au sommaire en tant qu’auteurs (ou critiques). Ne parlons alors même pas des imprimeurs ou des éditeurs. Nous nous employons dans ce travail à compenser au moins cette lacune-là, ce qui en quelque sorte constitue déjà une manière de mini-répertoire.

La leçon que nous avons tirée de cet ensemble d’approximations, est que la réalisation rigoureuse, normalisée et sans faille d’un répertoire d’auteurs (avec dates et lieux de naissance et de décès — ce qui dans nombre de cas impliquerait des recherches dans des registres paroissiaux, parfois difficiles d’accès pour les auteurs étrangers —, recherche des prénoms complets, repérage systématique des pseudonymes, distinction des homonymes ou quasi-homonymes, renvoi des formes rejetées à celles retenues —, comparaison des auteurs ne signant que de leurs initiales avec les initiales des autres collaborateurs, dans le but de les identifier ; ou encore le traitement des noms dont l’orthographe évolue d’un numéro à l’autre et dont on ne sait quelle est la bonne, l’étude préalable de normes de translittération reconnues et recommandées par des organismes officiels, etc.) demanderait à lui seul autant de temps que nous en a pris ce mémoire ; ne serait-ce que par le nombre et la diversité de documents qui devraient être consultés : nous ne sommes pas du tout sûr en effet que la dizaine de pages de bibliographie d’Els Verlinden ait pu lui permettre d’arriver à un tel résultat.

Nous ne ferons pas subir au mémoire de Guido Van Genechten (sur la période 1907-1914) la même suite critique, en partie parce que Verlinden avait essuyé les plâtres et que ses défauts sont moins présents dans le travail de son successeur, qui avait en outre l’avantage de ne devoir traiter que sept années de la revue, contre treize pour Verlinden.

Par conséquent, nous nous sommes dit qu’il était préférable de nous contenter de donner la liste des collaborateurs de la SN et de l’HN, ce qui en soi est déjà d’un réel intérêt. Dans un esprit d’intelligibilité, nous présentons pour chaque période de la revue la liste des collaborateurs qui y correspondent (voir fin des chapitres 5.1 à 5.4) ; plutôt que de les fusionner dans une seule et unique liste, ce qui nous ferait perdre une information essentielle, à savoir à quelle série ils ont participé (à moins de le préciser entre parenthèses, mais nous croyons que cela alourdirait la présentation).

Nous nous sommes en priorité servi des tables des matières mensuelles (qui présentent l’avantage de parfois spécifier les auteurs des chroniques et pas seulement ceux des articles de fond), et à défaut des tables récapitulatives trimestrielles.

Nous notons les noms tels qu’ils apparaissent dans les sommaires, sans corriger (par exemple, Des Ombiaux est devenu Desombiaux ; le nom de Guillaume De Greef apparaît parfois sous la forme erronée " Degreef "), tout simplement parce que si nous en corrigeons certains, il faut pour rester systématique les corriger tous, et nous n’en avons pas le temps. De plus, il reste la possibilité que certains noms ne soient pas des erreurs mais d’improbables exemples de quasi-homonymie.

Adam, Paul

Agresti, Antoine

Albert, H.

Antéorte, Chavarche

Arnould, Victor

Aubertin, Charles

Baissac, Jules

Bakounine, Michel

Barbusse, Henri

Barrès, Maurice

Bastos, Teixeira

Bazalgette, Léon

Bebel, Auguste

Bernard, Jean

Bertrand, Louis

Borde, Frédéric

Brandes, Georges

Bridel, L.

Brisbane, Redelia

Brissac, Henri

Brocher, G.

Brouez, Fernand

Brouez, Jules

Brunellière, Charles

Büchner, L. (Dr)

Burns, John,

Bury, Henri -J. -A.

Cabanès, Aug. (Dr)

Cabrun

Cammaert(s), Emile

Carpenter, Edward

Case, Jules

Cauderlier, Em.

Chassaing, A.

Charles-Albert

Chirac, Auguste

Cladel, Judith

Cladel, Léon

Claro, Canta

Colajanni, D.- Napoléon (Dr)

Coleridge, Samuel Taylor

Colins de Ham, J.-G. de (Baron) Combes, P.

Coolus, Romain

Cornélissen, Christ.

Cornélissen, Chrétien

Corre, A. (Dr)

Crockaert, A.

D'Axa, Zo (pseud. Galland)

De Braisne, Henry

De Gerando, Antonine

De Greef, Guillaume

De Marès, Roland

De Nimal, H.

De Paepe, César

De Potter, Agathon

De Potter, Louis

De Régnier, H.

De Roberty, Eugène

De Souza, Robert

Degreef, Guillaume

Delattre, Louis

Delgouffre, Ch.

Delombes, Pierre

Demblon, Célestin

Demolder, Eugène

Denis, Hector

Desombiaux, M.

Destrée, Jules

Detiche, Henri

Domela - Nieuwenhuis, Ferdinand

Donsky, A.

Dostoïevsky, Théodore - Marie

Drachmann, Holger

Dubois, Jean

Dwelshauvers, Georges

Mesnil, Jacques

Eekhoud, Georges

Ellis, Wm. Asthon (Dr)

Elskamp, Max

Emerson, Ralph - Waldoo

Filloti, Z.

Fleming, A.

Fleming, G.

Fontainas, André

Fort, Paul

Fournière, A.

Freeman, John

Fuchs, Félix

Gaétane

Garborg, Arne

Geffroy, Gustave

George, Henry

Ghennadieff, Nicolas

Ghislain, Jean

Gille, Valère

Girard, H.

Giraud, Albert

Goffin, Arnold

Gorter, Herman

Gosse, Edmond

Grave, Jean

Hamon, Augustin

Hannot, F.

Hauptmann, Gérard

Heath, Richard

Hennique, Léon

Henry, Charles

Herold, André (-) Ferdinand

Herzen, Alexander Ivanovitch

Heusy, Paul

Hins, Eugène

Hirsch, Charles- Henry

Hixe

Housman, Laurence

Hudry - Menos, J.

Huysmans, Joris - Karl

James, Arthur

Jean - Bernard

Jerrold, Laurence

Kahn, Gustave

Kennan, Georges

Kielland, Alex.- L.

Koerner, A.

Korolenko, Vladimir

Kostuchko, P.

Kovalevska, Sonia

Kovalevsky, M.

Krains, Hubert

Kropotkine, Pierre

Kufferath, Maurice

La Fontaine, Henri

Labarre, F.

Lagrange, E.

Lamour, C.

Lavroff, M.- P.

Lavrot, P.

Le Blanc du Vernet

Lecomte, Georges

Lemonnier, Camille

Leverdays, Emile

Limousin, Ch.- M.

Linet, Ph.

Loin, Arsène (Dr)

Lombard, Jean

Lorand, Georges

Lorrain, Jean

Maeterlinck, Maurice

Maison, Émile

Malato, Charles

Malon, Benoît

Marholm, Laura

Marlowe, Christophe

Massart, Jean

Matchtète, Grégoire

Maubel, Henry

Mauclair, Camille

Maus, Octave

Merlino, F.- Saverio

Merlino, X.

Mesnil, Georges,

Mesnil, Jacques

Metchnikoff, Léon

Métin, Charles

Meunier, Dauphin

Meusy, Georges

Michel, Albert

Mockel, Albert

Monségur

Morel, Eugène

Morris, William

Mullem, Louis

Multatuli

Nautet, Francis

Nicole, D.- O.

Nietzsche, Frédéric

Nikitine, N.

Nys, Ernest

Pater, Walter

Péladan, Joséphin

Pelloutier, Fernand

Pelloutier, Maurice

Picard, Edmond

Pierron, Sander

Pignon, Emmanuel

Pignoy, E.

Pilon, Edmond

Pontoppidan, Henrik

Puck

Putsage, Jules

Rahlenbeck, Gustave

Reclus, Elie

Reclus, Elisée

Regnard, Albert (Dr)

Remy, Léon

Rency, Georges

Rieffel, A.

Rodenbach, Georges

Rose, E.- W.

Rosetti, Mircea C.

Rossetti, William- M.

Royer, Clémence

Sacré - Lorthoir, J. (Dr)

Saint - Pol - Roux

Salias, Eugène

Saurin, Daniel

Scheffer, Robert

Schlaf, Johannes

Schuré, Edouard

Servières, Georges

Séverin, F.

Sketchley, J.

Soury, Jules

Sperber, Otto V.

Spleen, John

Stiernet, Hubert

Stranger, James

Stromberg, Marie

Sulzberger, Max

Sulzberger, Maur.

Swinburne, Algernon Charles

Tarassof, K.

Teste, L.

Thernychevski, N.

Thomas, Gabriel

Tolstoï, Léon

Tourgueneff, Ivan

Trigant, Michel

Tufferd, F.

Tutchev

Tweedie, Alec (Mrs)

Van De Velde, Henry

Van Drunen, James

Van Eeden, Frédéric

Van Keymeulen, L.

Van Lerberghe, Charles

Van Zoolegem

Vandervelde, Em.

Vandrunen, J.

Verhaeren, Émile

Veydt, Max.

Vielé-Griffin, Francis

Vigné d'Octon, P.

Volders, Jean

Von Sperber, Otto

Wallace, A.R.

Waller, Max

Wallner, L.

Wilde, Oscar

Will, I.

Will, J.

Wille, Bruno (Dr)

Willems, C.

Yebel, André

Zangwill, Israêl

5.1.8 Le rayonnement de La Société Nouvelle

" À Fernand Brouez, au persévérant Directeur de " La Société Nouvelle ", la revue qui supplée en quelque sorte, en Belgique, à l’inconcevable inexistence de tous cours de hautes études désintéressées, d’art, de littérature, de sciences philosophiques et de sociologie… ".

" Malgré ce qu’on pourrait appeler l’anarchie de sa rédaction, le groupe étant composé de littérateurs et de savants entièrement libres vis-à-vis les uns des autres, la Société Nouvelle offre un ensemble de travaux harmonieux, où l’on a peine à trouver des disparates. C’est qu’une communauté d’aspiration s’établit d’elle-même chez les générations nées avec la volonté d’une œuvre à accomplir. La Société Nouvelle est la retraite philosophique des jeunes sciences et des arts précurseurs d’on ne sait encore quelle haute expression prochaine et de quel état social réformé. On estime d’autant plus la place qu’elle s’est faite, que ni L’Art Moderne ni la Jeune Belgique ne pouvaient accomplir sa mission généreuse ".

" La Société Nouvelle, lancée par MM. F. Brouez et A. James, est la plus posée, la plus éclectique des revues. Elle a — plus qu’elle n’affecte — certaines allures de jeune Revue des Deux Mondes. Comme son aînée et sa voisine, elle se préoccupe de science, de philosophie, de sociologie, se plaît aux articles de fond un peu compacts, froids et bien combinés. Elle constitue, même en dehors de la Belgique, un des périodiques les plus renseignés et les plus sérieux au point de vue des idées nouvelles, quelles qu’elles soient ".

" Il se publie en Belgique un magazine : La Société Nouvelle, de reproductions internationales en effet, et qui est bien le plus intéressant avec Nietzsche, Kropotkine, Emerson, Whitman, Gustave Kahn, Brouez, etc., de tous les recueils imprimés en langue française ".

" Faut-il donc leur apprendre qu'une quantité de journaux répandent les idées : La Révolte, Le Père Peinard, La Revue anarchiste, La Société Nouvelle, L’Art Social, L'Insurgé, etc…[sic] ".

" La moelle de la pensée humaine durant cette fin de siècle ".

" Un foyer de pensées comme La Jeune Belgique était un foyer d’imaginations ".

" Cette publication eut son heure d’éclat. Il est tel numéro dont parlèrent dix-huit journaux français ".

Ce petit florilège de citations contemporaines de la SN première mouture rend compte, mieux que nous ne saurions le faire, de la réputation qu’elle avait de son vivant, en France et en Belgique. Mais sa renommée ne s’arrêtait pas là, il suffit pour s’en convaincre de voir le nombre de pays où on retrouve des collections de notre revue.

Outre les pays où elle était diffusée (au moins quatre, d’après ce qui était indiqué sur la couverture ; à savoir la Belgique, la France, la Suisse et les Pays-Bas) : en Italie (à la Biblioteca Universitaria Alessandrina de Rome, dans les bibliothèques de l’Université de Bologne et du Dipartimento di Scienze Giuridiche dell’Università de Modène), au Canada (à la bibliothèque de l’université de Waterloo, à la Bibliothèque Morisset de l’Université

d'Ottawa), ainsi qu’aux États-Unis (des exemplaires sur microfilms à la Bobst Library de l’Université de NewYork). L’énumération pourrait être longue : la seule base de données Worldcat de FirsSearch répertorie trente-six bibliothèques qui en possèdent des exemplaires. Observons toutefois que les collections complètes, ou proches de l’être, sont assez majoritairement situées en Belgique (ULB, RUG et surtout SBA…) et en France.

5.1.9 Le souvenir de La Société Nouvelle

Après avoir traité de son rayonnement sur ses contemporains, nous voudrions maintenant jeter un coup d’œil sur ce qui a été écrit à son sujet postérieurement à sa disparition (en 1914), d’une manière que nous espérons représentative du souvenir qu’elle à laissé dans les mémoires. N’ayant pas eu le temps de trouver et d’explorer les mémoires et autres autobiographies de ceux qui en ont animé les colonnes, nous avons de préférence examiné essentiellement quelques unes des plus connues histoires des lettres belges, des courants littéraires et politiques.

Max Nettlau, dans son Histoire de l’anarchie, cite la SN et F. Brouez (p. 215). Si Eugène De Seyn ne dit rien de nos revues, ni d’ailleurs de James, Piérard, Legavre, Noël ou Brouez, ce dernier et La Société Nouvelle sont mentionnés dans l’ouvrage de Kenneth Cornell, The Symbolist movement et dans celui de Herman Braet. Il est fait mention de la SN dans La Belgique fin de siècle et Fin de siècle et symbolisme en Belgique, œuvres poétiques… de Paul Gorceix. F. Brouez, James, Dumont-Wilden et L. Piérard sont cités dans L’Université Libre de Bruxelles et les écrivains français de Belgique.

On reprend aussi le nom de La Société Nouvelle dans l’Histoire du livre et de l’imprimerie en Belgique des origines à nos jours, dans les Grandes figures de la Belgique indépendante 1830-1930, dans Les Écrivains belges contemporains de langue française, 1800-1946 de Camille Hanlet, dans le Cours de littérature française de Belgique de Maurice Gauchez, dans l’Histoire illustrée des Lettres française de Belgique de G. Charlier et J. Hanse, dans Les Avant-gardes littéraires en Belgique : au confluent des arts et des langues (1880-1950) de Weisgerber, Vervliet et Klinkenberg, dans l’Histoire de la littérature libertaire en France de Thierry Maricourt ; ainsi que dans différents catalogues d’exposition (sur le symbolisme, la littérature belge, les revues littéraires…).

Jacques Julliard dit d’elle qu’elle fut " (…) une revue singulièrement plus importante, même si elle est aujourd’hui bien oubliée. Il s’agit de la Société Nouvelle, revue internationale publiée en français à Bruxelles depuis 1884 et qui avec divers avatars, et notamment des changements de titres, parviendra à vivre jusqu’en 1914. Elle rassemble les plus grands noms de l’anarchisme (…), des socialistes à tendances libertaires comme William Morris, Vigné d’Octon, des indépendants comme Colojanni. Les collaborations littéraires sont particulièrement brillantes, avec les noms de J.K. Huysmans, Léon Hennique, Paul Fort, Émile Verhaeren, Viélé Griffin [sic], Saint-Pol Roux, Oscar Wilde et même Nietzsche ".

J. Destrée et Émile Vandervelde, s’ils reprennent La Philosophie de l’Avenir dans la bibliographie de leur Socialisme en Belgique, ne citent par contre pas une fois la SN ou l’HN , bien qu’ils mentionnent des articles de Jules et Fernand Brouez. Mais peut-être que ces revues n’étaient pas assez " militantes ", trop peu " dans la ligne du parti ", trop libres et pluralistes pour pouvoir être cataloguées de purement socialistes ?

On se souvient de La Société Nouvelle aussi bien pour son éclectisme littéraire (elle " publia les œuvres de nombreux écrivains belges de cette époque "), pour son indépendance politique (" cette revue fut pendant douze ans la seule en Belgique à s’intéresser aux problèmes sociaux de manière absolument indépendante "), mais le plus souvent c’est le nom de son fondateur qui reste dans les mémoires ("Fernand Brouez, l’animateur de ce mensuel très répandu ").

Lors de nos recherches, nous nous sommes rendu compte du nombre d’erreurs qui émaillaient beaucoup de passages sur la SN et l’HN, ce qui à notre sens est révélateur de la méconnaissance de ces revues.

Par exemple, on dit parfois de la Société Nouvelle qu’elle est morte en 1895 ou 1896 pour sa première formule (au lieu de 97), que le frère de Fernand Brouez s’appelait Jules ; quelquefois, le nom du fondateur devient " Brouwez ", La Société Nouvelle est qualifiée d’" apolitique ", ce qui est mal rendre hommage à son pluralisme…

Il va de soi que la Société Nouvelle est souvent citée dans les articles et travaux consacrés aux auteurs qu’elle mit en avant, par exemple, Nietzsche dans le "Nietzsche, Decadence, and Regeneration in France, 1891-95 " de Christopher E. Forth ; ou encore dans les éditions de correspondances.

5.2 L’Humanité Nouvelle : Revue internationale Sciences, Lettres et Arts

(mai 1897 — février 1901, octobre — novembre 1902,

mai — décembre 1903, octobre 1906)

En mai 1897, soit quatre mois après la fin de la 1ère série de la Société Nouvelle, L’Humanité Nouvelle reprend le flambeau de la revue de Fernand Brouez " avec la collaboration de presque tous les écrivains de La Société Nouvelle, qui entendaient (…) continuer l’œuvre collective qu’est toute revue. Ils avaient estimé qu’une revue aussi belle, aussi importante que La Société Nouvelle ne devait pas mourir et qu’il était nécessaire qu’elle reparût fut-ce [sic] sous un nom nouveau ".

D’abord, demandons-nous qui est à l’origine de cette résurrection. Bien sûr A. Hamon, vieux collaborateur de la Société Nouvelle, qui devient directeur du nouvel avatar. Mais encore ? Charles-Albert, qui co-dirigeait l’HN, si l’on en croit Jacques Julliard ; et puis les acolytes de toujours : Élisée Reclus et son frère Élie, Fernand Pelloutier.

On peut s’interroger à juste raison sur la décision de changer le titre de la revue. Puisque les successeurs voulaient à ce point continuer l’" œuvre collective " et marquer clairement leur filiation avec la SN, pourquoi ne pas garder le même titre ? Le " fut-ce sous un nom nouveau " nous autorise à penser que des contraintes ont pu être exercées à cet égard sur les nouveaux dirigeants. Mais est-il pensable que ce soit Fernand, peut-être rendu influençable par la maladie, qui ait interdit qu’on reprenne le titre ? Éventuellement sous l’emprise de son père, pressentant que la revue n’allait, sous l’impulsion de Augustin Hamon, que s’éloigner encore davantage de l’idéal colinsiste originel vers un pluralisme encore plus varié et moins empêtré des rigueurs du dogme du baron de Colins ? D’ailleurs, nous ne savons pas exactement à qui revenait la propriété juridique du nom " La Société Nouvelle " : à Fernand ou à Jules ?

Ce dont nous sommes certain néanmoins est que, après leurs morts, c’est à la mère de famille, Victorine, qu’il reviendra. Et c’est d’ailleurs avec sa bénédiction que Jules Noël le reprendra quand il voudra redonner aux colinsistes belges une grande revue belge pour s’exprimer, en 1907.

La seule remarque qu’on puisse émettre — au demeurant sans en tirer de conclusion — est que cette appellation reste de part en part liée au colinsisme : d’abord titre d’un ouvrage de Colins, puis titre de revue entre 1884 et 1897, et enfin (nous le verrons plus loin) titre de la seconde et troisième mouture de la SN, entre 1907 et 1914, période où c’est justement le colinsien Jules Noël qui reprend les rênes de la publication.

Mais il est tout aussi imaginable que ce soit Hamon lui-même qui ait voulu prendre ses

distances. Dans un bilan qu’il fait après cinq années de L’Humanité Nouvelle, il le fait sentir à mots couverts : " Déjà La Société Nouvelle, dont L’Humanité Nouvelle fut en réalité la continuation, avait partiellement réalisé ce programme libertaire. En cette revue, cette tradition a été suivie et améliorée. Plus grande encore est la liberté dont chaque écrivain jouit à L’Humanité Nouvelle. Elle n’est l’organe d’aucune secte, d’aucun clan, d’aucune coterie, d’aucune école… ".

Il est à noter que le glissement idéologique entre les deux revues, au profit de l’anarchisme et au détriment du colinsisme, était peut-être moins évident pour les collaborateurs eux-mêmes. Frédéric Borde par exemple, ardent partisan de Colins, ne s’illusionne-t-il pas en pensant que " le drapeau n’est pas tombé ; il n’a fait que changer de main et les doctrines [de Colins] qu’il représente sont les mêmes : elles sont soutenues par L’Humanité Nouvelle " ? Cependant, il faut reconnaître que Hamon n’a cessé de clamer sa détermination que son journal soit le lieu d’une liberté d’expression absolue (" la plus grande somme des vérités connues ne peut être acquise qu’en laissant exposer les idées les plus diverses, les plus variées, les plus contradictoires "), ce qui le conduira par ailleurs à laisser paraître des articles antisémites, tout comme La Société Nouvelle auparavant ; en ayant soin toutefois de n’engager qu’au minimum la Rédaction qui, en laissant à chacun la responsabilité de ses propos, s’en dissocie du même coup : " Chaque auteur ayant sa pleine liberté de pensée, n’engage que lui-même. La revue par suite est ouverte à la controverse ".

Un élément qui tend à prouver la sincérité de Hamon est le très grand nombre de personnes publiées dans L’Humanité Nouvelle : sur seulement six ans, sa revue connaîtra beaucoup plus de signatures différentes (surtout si on compte les auteurs n’ayant officié que dans le cadre d’une rubrique) que la première SN sur deux fois plus de temps, ou que la seconde et la troisième SN en sept ans.

Nous ne connaissons pas la genèse du nouveau titre de la revue — qui conserve toutefois l’adjectif " nouvelle ", signe d’une prétention au progressisme — , mais peut-être y a-t-il là une discrète allusion à une revue anarchiste française, La Nouvelle Humanité (organe naturien), créée par Henry Zisly en 1895 et que Hamon pouvait connaître ; mais le sens de cette possible allusion ne nous apparaît alors pas clairement. S’il fallait vraiment chercher une filiation, ce serait plus vraisemblablement du côté de L’Humanité qu’il faudrait aller. Ce bi-hebdomadaire, lancé en 1842 par le Républicain (et chef du gouvernement transitoire belge après la Révolution) Louis De Potter — dont il était à peu près le seul rédacteur —, passe pour avoir été le premier périodique socialiste belge. La possible allusion en question reposerait alors sur le caractère progressiste de cet organe, et peut-être ? sur le fait que les théories du baron de Colins aient pu y être exposée à l’un ou l’autre moment de ses trois mois d’existence (De Potter avait été fort impressionné par sa rencontre avec lui quelques années plus tôt).

Remarquons, pour en finir avec le titre, que le complément de celui-ci a également été modifié : exit la mention " sociologie ", tandis que les " Sciences " passent avant les arts et les lettres (cette dernière mention étant parfois absente).

Dans la présentation de L’HN , peu de choses changent par rapport à La Société Nouvelle : elle garde le même format in-8 et la pagination est de 128 pages, soit deux volumes de 750 p. par an avec index par auteurs et par matières. Le prix de vente au numéro, pour la France et la Belgique, est toujours de 1.25 frs., mais il sera successivement augmenté à 1.50 puis à 2 frs.

*

Il est indiqué sur la couverture du n° 1 de mai 1897, que la rédaction du journal est au 120, Rue Lafayette ; et l’administration au 5, Impasse de Béarn, aussi à Paris. Sur la page de couverture du n° 3, la librairie bruxelloise Spineux (86, Rue Montagne de la Cour) est mentionnée. Dès le n° 4 d’août, le 5, Impasse du Béarn porte le nom de " Librairie de l’"Art Social" ".

Au n° 7, les bureaux parisiens s’étendent, puisque la Librairie C. Reinwald vient de faire son apparition à côté des mentions susmentionnées. Et enfin, il y a une indication d’éditeur : Schleicher frères, situé au 15, rue des Saints-Pères à Paris. Dès mars 1898 (n° 9), on apprend que les bureaux de Spineux sont désormais au 62, Rue Montagne de la Cour ; et que la rédaction et l’administration de la revue sont rassemblées au siège de la Librairie de l’Art Social (5, Impasse de Béarn).

Ces mentions ne varieront plus jusqu’au n° 44 de février 1901. C’est le moment de la rupture avec l’éditeur Schleicher (voir plus loin) et le numéro suivant ne paraît que presque deux ans plus tard (octobre 1902). Un supplément de 80 pages relatif au procès qui l’oppose à Hamon et rédigé par ce dernier est adjoint à ce numéro. Le procès a coûté cher et le prix de l’exemplaire a augmenté de 25 centimes. La contrepartie est que désormais, la rédaction est accessible par téléphone (3688), ce qui indique peut-être une volonté de modernité, de faire comme la " grande presse " quotidienne.

L’adresse du journal est toujours au 62, Rue Montagne de la Cour pour la Belgique, mais celle pour la France devient pour deux numéros le 3bis, Cour de Rohan, Rue du Jardinet, dans le sixième arrondissement de Paris. À partir de mai 1903 (n° 47), les bureaux parisiens se trouvent au 16, Rue de Condé, et ceux de Bruxelles au 92, Avenue du Solbosch ; et ce jusqu’au terme final de L’Humanité Nouvelle, en décembre 1903 (n° 54).

*

En ce qui concerne les collaborateurs, on constate que beaucoup sont des nouveaux venus. Cela n’est guère étonnant : Hamon, comme Brouez père avant lui, est un homme aux multiples relations. Cette pléthore d’auteurs-maisons permettra à l’HN d’assurer à ses lecteurs qu’elle " ne publie rien que de l’inédit " (la SN elle aussi avait dans les mêmes termes revendiqué ne jamais reproduire des articles déjà parus — sauf bien sûr des extraits de livres venant de sortir —, mais d’après nos recherches seulement à partir de 1896). Les collaborateurs de L’Humanité Nouvelle n’étaient pas rémunérés (c’est en tout cas ce qu’affirme J. Julliard), et en tout bien moins souvent que du temps de La Société Nouvelle.

C’est peut-être ce qui fait que l’on avait tant d’auteurs différents publiés : on imagine mal qu’il y ait une grosse équipe d’auteur-maisons s’il n’y a pas de rétribution à la clé, alors que des " amateurs " sont toujours heureux qu’on publie un papier d’eux, même s’ils ne sont pas payés. Il suffit pour les gestionnaires de la revue d’appeler les lecteurs à envoyer leurs textes au journal, il se peut même qu’ils n’aient pas eu à le faire et qu’on leur ait spontanément expédié des articles. Mais la corollaire probable d’une telle pratique est un abaissement de la qualité rédactionnelle. D’ailleurs, une telle pratique peut être la raison des variations de pagination que nous avons notées, les " arrivages " ne se faisant pas toujours de façon régulière, contrairement à ce qui arrive quand les auteurs sont rémunérés et tenus à un délai.

Mais ça pourrait aussi expliquer que la rédaction ait parfois pu annoncer avec précision le sommaire des prochains numéros, avec parfois plusieurs mois d’avance (lorsque donc elle avait accumulé de la copie en suffisance). Parmi les rédacteurs récurrents, outre ceux auxquels nous consacrons une notice dans les pages suivantes, relevons les noms de Georges Polti (rubrique " théâtres "), du peintre Jeanès et de Jean Dolent pour la chroniques des arts.

*

Nous pouvons encore relever un autre aspect de la capacité de gestionnaire d’Hamon, ne concernant plus cette fois l’intendance rédactionnelle, mais la gestion des abonnements. Il n’hésite pas, tout comme F. Brouez et A. James avant lui, à sortir des sentiers battus. Là où ces derniers avaient récupéré le fichier des abonnés d’une revue moribonde, La Basoche (voir supra), lui a l’idée de proposer des abonnements couplés, à prix avantageux, avec L’Ouvrier des Deux Mondes. Plus tard, juste avant la fin de l’HN, il aura une idée qui fait de lui un précurseur des publicitaires modernes : celle d’imprimer des " numéros spécimen réduits ", qu’il envoie gratuitement à toute personne qui en fait la demande, ne contenant que la partie bibliographique.

Notons qu’il ne rate pas une occasion d’avoir de nouveaux abonnés : il semble même être parvenu à convaincre George Bernard Shaw de faire la promotion de L’Humanité Nouvelle !

*

L’Humanité Nouvelle est-elle aussi internationaliste que l’était la SN ? Sans doute. Et par la diversité des origines des rédacteurs, et encore bien plus par la profusion de villes, de tous pays, où elle est diffusée.

*

Signalons pour finir une étrangeté. Nous avons découvert dans les dossiers de police

des Archives de la Ville de Bruxelles le n° 1 (mars 1906) d’une plaquette intitulée La Société Nouvelle : Anticléricale, Républicaine, Socialiste. L’éditeur en est Marc Floirac (49, rue de Flandre à Bruxelles), l’administration et la rédaction sont logées au 29-31 rue de la Digue à Bruxelles, et le secrétaire est un certain Émile Ehlers. Alors que six mois plus tard, reparaîtra très provisoirement L’Humanité Nouvelle (peut-être un seul numéro), après presque trois ans d’absence, s’agirait-il de l’œuvre — sans doute éphémère — de nostalgiques de la SN ? Ou d’une prémisse de la résurrection de la revue qu’opérera Jules Noël quelques 16 mois plus tard ? Ou alors d’une totale coïncidence ? C’est assez peu probable : la pratique de faire suivre le titre de la revue d’une suite d’adjectifs fait fort penser à La Société Nouvelle de F. Brouez.

Le Répertoire de la presse bruxelloise nous apprend en plus que l’imprimeur est

installé à la même adresse que la rédaction, que cette revue n’a eu qu’une brève existence, puisqu’elle s’est éteinte l’année même de sa création et que des exemplaires sont conservés dans le Fonds Mertens de la Royale et au Musée International de la Presse (MIP) du Mundaneum.

*

Contrairement à ce que nous avons fait pour la Société Nouvelle, nous ne consacrerons pas un chapitre à énumérer des citations de contemporains relatives à L’Humanité Nouvelle, car nous nous sommes rendus compte que, même si elle était distribuée dans plus de pays, cette dernière avait peu suscité de réactions de la part de ses contemporains. En fait, le seul écho que nous ayons récolté est une demi-colonne dans le quotidien Le Soir où l’auteur discoure sur le concept de vérité, en réaction à des idées défendues dans L’Humanité Nouvelle.

5.2.1 Les directeurs

Augustin Hamon

Fils de Henri Hamon et de Henriette Duval, né à Nantes le 20 janvier 1862, Augustin Henri Frédéric Adolphe Hamon est issu par son père d’une lignée d’au moins trois générations de ferblantiers, plombiers-zingueurs et couvreurs ; sa mère est quant à elle fille de chapelier .

Augustin quittera Nantes à l’âge de six ans, moment où sa famille déménage à Paris pour y suivre le pater familias parti un an plus tôt afin d’y créer une usine pour exploiter un brevet de son invention (les tuyaux en plomb doublés d’étain), une affaire qui finira par devenir rentable. Durant les troubles de la Commune, Augustin vit avec sa mère dans le Maine-et-Loire, à Montjean-sur-Loire. Ensuite, il étudiera au lycée Condorcet où il obtient son baccalauréat, après quoi il se spécialisera dans les questions d’hygiène (il publie dès 1881 des études dans nombre de revues spécialisées). Rapidement, il juge que cette problématique ne peut aboutir sans une réforme en profondeur de la société. Toujours en liaison avec ses idées d’hygiéniste, il exigera par ailleurs l’interdiction du travail des enfants, l’obligation de déclarer les maladies infectieuses et l’amélioration des conditions de travail des femmes.

Ses travaux de sociologie reposent sur des pratiques d’investigation inédites pour l’époque. Il utilise par exemple des enquêtes par questionnaires, comme quand, en 1895, il publie une enquête sur les anarchistes de l'époque (Psychologie de l’anarchiste-socialiste), sujet qui l’intéresse au point de le traiter plusieurs fois au cours de la décennie (" Les hommes et les théories du l'anarchie " en 1893, " Un Anarchisme, fraction du socialisme " en 1896). Il fréquente les libertaires depuis les années 80, après un passage de quatre ou cinq ans chez les " socialistes autoritaires " et les boulangistes.

Il s’attaquera dans le même esprit à une étude de la psychologie du militaire français, puis désire continuer sa série de types sociaux avec des recherches sur les artistes, mais celles-ci ne seront pas publiées.

Pourquoi l’histoire de la sociologie n’a-t-elle pas retenu son nom ? " Tout d’abord, (…) il faut rappeler qu’A. Hamon est toujours demeuré un marginal, à l’écart des voies officielles de diffusion du savoir, dans l’impossibilité de se créer des disciples (…). Par ailleurs, ses méthodes de travail — malgré une volonté affichée de toujours procéder scientifiquement — étonnent aujourd’hui par leur naïveté : comment est-il possible, en effet, de bâtir des ouvrages " scientifiques " sur la seule base des articles de presse ? ".

En 1893, c’est lui qui fait découvrir l'anarchisme à Fernand Pelloutier (futur créateur des Bourses du Travail), avec qui Brunellière l’avait mis en relation. Il fait aussi partie, à partir de la fin de cette année, du " Groupe de l’idée nouvelle ", avec entre autres Barrucand et Paul Adam. Puis il participe aux revues les Temps Nouveaux et France Politique et Sociale. En juillet 1894, après l’assassinat du président Carnot, point culminant des attentats anarchistes qui balaient le sol français, il décide de s’exiler en Angleterre, puis en Écosse, jusqu’en février de l’an suivant.

Le 27 juillet 1896, il participe, en tant que délégué de la Bourse du Travail de Nantes, au " Congrès international des travailleurs et chambres syndicales ouvrières de Londres ", accompagné de deux représentants du groupe " L’Art social ", qui s’achève six jours plus tard sur l'exclusion des anarchistes (à savoir notamment lui-même, Malatesta, Grave, Pouget, Tortelier, Pelloutier…) par les marxistes. Il s’y était fait remarquer pour ses penchants réformistes, car il cherchait à tout prix à maintenir des passerelles avec les socialistes de tout bord.

C’est à peu près dans le temps même où il fréquente les anarchistes qu’il décide d’entrer dans la franc-maçonnerie. À peine âgé de vingt ans, il est initié à la Loge

Bienfaisance et Progrès de Boulogne, amorce d’un parcours qui le mènera à adhérer à bien d’autres loges, dont celle de Tréguier où il sera Vénérable.

Lors de l’affaire Dreyfus, il restera sur la réserve, suspectant les partisans du procès en révision d’être des " représentants de la Haute Banque ". Les notices biographiques sur Hamon que nous avons consultées omettent systématiquement de mentionner son antisémitisme latent, si ce n’est celle de Jean Raymond, qui est toutefois très allusive.

Ce mépris de la figure du " Juif " lui causera à l’une ou l’autre occasion quelques désagréments, puisque c’est à cause de lui, ou plus précisément en raison d’un article antisémite de trop, signé Colleville, qu’il a laissé passer dans L’Humanité Nouvelle, que le libertaire français Jean Grave quittera avec fracas la revue en septembre 1898. Mais Hamon n’était déjà plus en odeur de sainteté depuis sa neutralité face à la condamnation du capitaine Dreyfus, aussi bien chez les anarchistes que chez certains socialistes.

C’est en 1897 qu’Hamon avait fondé et pris la direction de cette revue, suite et prolongation de La Société Nouvelle, à laquelle il collaborait déjà. Il assure la critique des ouvrages de philosophie et de psychologie. En 1903, l’HN succombe, après une grosse cinquantaine de livraisons.

Hamon est usé par les ennuis de toutes sortes, au nombre desquels il faut pointer la rupture avec Grave et Élisée Reclus, qui " n’acceptent pas son trop grand éclectisme " (socialisme, spiritisme, boulangisme, antisémitisme…) ; mais surtout le procès avec Schleicher frères.

Situons brièvement ce dernier. Après plus de trois années de parution de l’HN, l’éditeur Schleicher frères décide unilatéralement de mettre un terme au contrat du 16 juillet 1898, portant sur une durée de cinq ans, qui le liait à A. Hamon et à L’Humanité Nouvelle. Ce dernier intente un procès en assignation. La revue est suspendue, dans l’attente du jugement.

En octobre 1902 (n° 45), la revue reparaît. Ce numéro (avec un supplément de 80 pages consacré à l’" affaire ") et les suivants reprennent les détails circonstanciés des faits, pièces justificatives et prononcé du jugement.

Selon Hamon, Schleicher les racines du conflit remontaient à 1899, quand il voulut publier un numéro spécial sur la guerre, où certains interviewés prononçaient des propos par trop antimilitaristes, ce qui avait été quelque peu effrayé les éditeurs. Par courtoisie, il accepta d’atténuer certaines des interventions prévues, mais le ver était dans le fruit de ses relations avec Schleicher frères.

En novembre 1900, Hamon et Schleicher créent malgré tout une maison d’édition, du même nom que la revue. Mais rapidement surgissent des histoires d’argent, des échanges de billets à échéance. Hamon finit par demander des comptes, mais ceux-ci ne le satisfont pas. Aussi tout ce petit monde se retrouve-t-il bientôt devant le tribunal de commerce. Tout se gâte, et se complique, quand Hamon décide — toujours son obsession de tout dire, sans recul — de publier des pièces du procès dans l’HN n° 46 novembre 1902. Schleicher l’attaque en diffamation. Puis survient une imputation pour un article pornographique, " Bradacier ". À ce stade-là, plus personne ne s’y retrouve, et nous n’irons pas plus loin, de peur de nous envaser dans cet embrouillamini judiciaire.

Constatons juste que pendant des dizaines de mois, Hamon passe presque autant de temps dans les prétoires que dans les salles de rédaction. L’échec de ces cessations de parution à répétition aura sur son quotidien de néfastes effets, " la disparition de la revue L’Humanité Nouvelle l’a laissé fortement endetté et dans l’obligation de vivre plus économiquement (et donc de quitter Paris pour la Bretagne) à un moment où, de surcroît, il doit faire face à de lourdes obligations familiales [, à savoir une épouse et trois filles]".

*

Hamon sera encore présent dans la seconde Société Nouvelle (et dans l’autre journal

belge du colinsisme, La Terre, qui est créé deux ans après la disparition de son Humanité Nouvelle par Noël et Legavre), avec des articles sur la situation politique en France et des critiques de livres.

Le portrait ne serait pas complet si l’on omettait de signaler ses activités professorales : il a enseigné à l’Université Nouvelle de Bruxelles, à la Faculté des lettres de Paris, au Collège libre des sciences sociales de Paris. Parfait bilingue, il a aussi été " lecturer at the London School of Economic and Political Sciences ", pendant la Première Guerre.

Quelques années plus tard, il se fera membre de l’Association nationale des libres-penseurs de France, dont il sera le délégué au congrès international de la libre-pensée de Paris, en septembre 1905.

Au fil du temps, il s'était éloigné des conceptions libertaires de sa jeunesse, mais sans jamais rompre totalement avec elles ; se reconnaissant mieux dans le socialisme, peut-être incité en cela par les opinions de Georges Bernard Shaw, dont il traduit les œuvres pour l’éditeur Figuière à partir de 1904 (souvent en collaboration avec sa femme Henriette-Marie-Hortense Rynenbroeck, qu’il avait épousée en mars 1901), et avec qui il aura de prolifiques échanges épistolaires. Peut-être aussi influencé pour une part par son environnement maçonnique : depuis 1894, il appartient aux Chevaliers du Travail, loge justement d’obédience socialiste.

Hamon devient en 1907 premier secrétaire fédéral des Côtes-du-Nord de la toute jeune S.F.I.O. récemment unifiée. Même alors qu’il siège à une fonction importante, il ne délaisse pas les bonnes vieilles méthodes de prosélytisme et continue à se servir de brochures pour répandre sa propagande socialiste, tout comme il en usait quand il faisait celle de l’anarchisme. Mais il innove aussi : " sous son instigation, la fédération de Bretagne créa une œuvre de propagande inspirée des méthodes du Parti Ouvrier Belge", méthodes dont il avait pu avoir connaissance lorsqu’il résidait en Belgique et dispensait ses cours de criminologie à l’Université Nouvelle.

Sa vie durant la Première Guerre Mondiale nous est peu connue. On sait qu’il en passe une partie à Londres et l’autre, moins longue sans doute, en Bretagne. Le peu qu’on sait de cette deuxième nous vient du témoignage qu’en donne le tout jeune et futur romancier Louis Guilloux (qui devient son secrétaire et le précepteur de ses filles à partir d’août 1917) dans un chapitre de ses mémoires, L’Herbe d’oubli. Hamon héberge son secrétaire, qui est entré en fonction en août 1917 (il ne dit pas depuis combien de temps Hamon était revenu de Londres, mais c’est tout au plus quelques mois), dans la maison qu’il s’était fait construire près de la station balnéaire de Port-Blanc-en-Penvénan.

Guilloux nous trace le portrait d’un homme méticuleux à l’excès, qui par exemple garde copie de chacun de ses nombreux courriers, et qui est très absorbé par l’écriture de ses Leçons de la guerre mondiale. Il n’a rien perdu de ses réflexes d’hygiéniste : le tabac est bien sûr prohibé, et en matière alimentaire le végétarisme règne en maître incontesté dans son foyer (il cultive lui-même ses légumes tôt le matin). Guilloux va devoir se plier aux habitudes de la maison, et Hamon en profite pour étudier sur lui les effets d’un passage sans transition d’un régime carné à une alimentation sans viande. " La raison, la logique, la méthode, ces mots-là revenaient sans cesse sur ses lèvres ". Sans qu’il la cite jamais nommément, Guilloux fait une fois référence à l’HN : " Augustin Hamon avait dirigé un temps une revue. Pour cette revue, il avait demandé leur collaboration à de grands écrivains d’Europe. Il avait connu beaucoup de monde ".

Dans l’entre-deux-guerres, il contribuera à la propagation des idées communistes en Bretagne, bien qu’encore membre du Parti Socialiste. En 1943 et 1944, il participera à la Résistance, sera inquiété par la police et perquisitionné. Il meurt le 3 décembre 1945, dans sa bourgade d’adoption de Port-Blanc, peu après avoir adhéré au Parti Communiste, juste à la Libération. Ses ouvrages ont été traduits en espagnol, en italien, en portugais, en tchèque, en russe et même en arabe.

Charles-Albert

Né à Carpentras (Vaucluse), le 23 novembre 1869, Charles-Albert (alias Charles Daudet) est issu d’une famille d’universitaires. Après la fusillade de Fourmies (1er mai 1891), il aurait brièvement adhéré au guesdisme, avant de rapidement se tourner vers l’anarchisme.

En 1892, il est correcteur d’imprimerie à Lyon. Ensuite, il se met à collaborer à la presse libertaire (La Révolte, les Entretiens Politiques et Littéraires). L’année suivante, il fonde L’Insurgé (organe communiste-anarchiste de la région du Sud-Est). En 1895, il s’installe à Paris et œuvre au renouveau libertaire, après les années de " terreur anarchiste ".

Il se risque à fonder une imprimerie rue Lafayette, où il composera certains numéros du Libertaire de Sébastien Faure et, selon le Maitron, de la Société Nouvelle — dont il devient une sorte de co-directeur. C’est vers la même époque qu’il collabore à L’Art Social, journal qui n’est pas sans rapport avec L’Humanité Nouvelle, puisque Hamon, ainsi l’administrateur de la revue, G. De La Salle, en ont aussi fait partie.

1899 sera pour Charles-Albert une année faste, puisqu’il fait paraître son Amour libre, largement diffusé en France et à l’étranger, et qu’il débute sa collaboration du quotidien pro-dreyfusard de S. Faure : Le Journal du Peuple.

Vers 1912, il délaisse progressivement les thèses anarchistes et envisage une entente avec les socialistes ; pour finalement en 1914 fustiger les pacifistes et se rallier à l’union sacrée.

Dans l’entre-deux guerres, reniant sa jeunesse, il se fait le champion d’un état fort (notamment dans son livre de 1929, L’État Moderne, ses principes et ses institutions ). Pendant la Seconde Guerre, Charles-Albert collabore à La Gerbe, hebdomadaire pro-allemand. Arrêté à la Libération, on le libère peu après.

M. Heyman

On ne sait presque rien de cette personne. Heyman participa au 11ème congrès national corporatif (5ème de la CGT) tenu à la Bourse du Travail de Paris en septembre 1900 et fut le directeur de la très éphémère Humanité Nouvelle, seconde série (1906), dont nous n’avons retrouvé qu’un premier numéro (octobre 1906) — y en a-t-il eu plus, et combien ? On peut en tout cas en dire que la " rédaction-administration " est localisée à Gand (79, boulevard Lousbergs), et que Heyman a voulu s’entourer d’un " comité conseil " pléthorique (18 membres), composé de gens d’horizons divers : " Ernest Crosby, Charles Debierre, Guillaume De Greef, Patrick Geddes, Augustin Hamon, Georges D. Herron, Charles A. Laisant, Enrico Leone, Robert Michels, F. Domela-Nieuwenhuis, Edmond Picard, Georges Renard, John M. Robertson, Eugène de Roberty, Georges Sergi, A.-M. Simons, Torrida Del Marmol, E. Van Der Velde [sic] ".

Cette renaissance du périodique pluraliste sera aussi l’occasion de réactiver les Éditions de L’Humanité Nouvelle, en remettant en vente les anciennes plaquettes et brochures de la 1ère série (en fait, le plus souvent de simples tirés à part de la revue), et même d’en proposer de nouvelles (Deux tsars, de M. Stromberg, L’Internationalisme de Raoul de la Grasserie, Situation politique de la France en 1906 de A. Hamon).

5.2.2 Le secrétaire de rédaction pour la Belgique :

Paul Deutscher

P. Deutscher est né à Bruxelles le 19 août 1872. Au tournant du siècle, aidé en cela de Lalla Vandervelde (épouse du leader socialiste), il s’occupe de la Section d’Art de la Maison du Peuple. Vers 1906, il est nommé secrétaire du Syndicat des Musiciens, poste qu’il occupait encore en 1931. Il est un des fondateurs de la section d’art et d’enseignement populaire de la Maison du Peuple, dont il deviendra le secrétaire.

Dans l’Humanité Nouvelle, en plus d’assurer la charge de secrétaire de rédaction (pour la Belgique), il s’occupe de la chronique des revues belges et hollandaises.

S’il collabora à de nombreuses revues belges et étrangères, peu de ses écrits ont à notre connaissance fait l’objet d’une publication sous forme de livre.

Il veilla également aux destinées du journal corporatif L’Artiste Musicien, dans lequel il continue à défendre les droits des artistes, et entre 1914 et 1918 son effort de guerre le portera à s’occuper du Secours Théâtral.

5.2.3 Les secrétaires de rédaction pour la France

Victor-Émile Michelet (1861-1938)

V.-É. Michelet, cet ancien de la Jeune France, de la Revue de Paris et de Saint Pétersbourg et de Psyché, est l’auteur d’un ouvrage majeur pour l’histoire de l’occultisme et de l’hermétisme en France dans les dernières années du XIXe siècle, Les Compagnons de la Hiérophanie, dans lequel une partie du mouvement occultiste de la Belle Époque s’est reconnue.

On lui doit des portraits de Paul Sédir et de Nicolas Flamel, et il a aussi écrit un Le Secret de la Chevalerie. Michelet fut par ailleurs l’un des premiers martinistes de renom (il a été Grand Maître de l'Ordre Martiniste entre 1932 et 1938, année de son décès), titre qu’il partage avec Barrès, Paul Adam ou Péladan ; il est également considéré comme un disciple d’Eliphas Levi.

Tout cela explique peut-être que des articles sur le spiritisme soient parus dans L’Humanité Nouvelle, car il assumait dans cette revue la fonction de secrétaire de rédaction. En fait, il était tout bonnement directeur de la partie littéraire du journal (à partir de 1899), tout comme Hamon l’était pour les matières scientifique, sociologique et politique. On retiendra de lui qu’il a été un des tout premiers à faire découvrir aux francophones les œuvres de Tchekhov et de Gorki traduites en français.

Louis Dumont-Wilden

Louis-Constantin-Henri Dumont-Wilden, alias Jean Brézal, est né le 15 septembre 1875 à Gand, d’un père avocat général de souche française et d’une mère flamande. Peu de temps après sa naissance, son père étant nommé conseiller à la Cour de Cassation, ils déménagent à Bruxelles.

Pendant ses études de philosophie et lettres à l’Université libre de Bruxelles (à partir de 1893), il fréquente des condisciples acquis aux idées de gauche (Louis de Brouckère, Paul-Emile Janson, Emile Vandervelde…) ; mais sa famille étant tenaillée par des besoins d’argent depuis la mort du père en 1892, il se tourne vers le journalisme et entre à L’Indépendance Belge.

Il fut directeur de l’hebdomadaire Pourquoi pas ? — qu’il avait fondé avec Georges Garnier et Léon Souguenet — et œuvra , en compagnie de Grégoire Le Roy et de Georges Marlow, dans la revue Le Masque, ainsi que dans au moins une dizaine d’autres périodiques. Mais il entreprend dans le même temps une carrière dans le monde des lettres, c’est un conteur et nouvelliste émérite (Visages de décadence, Le coffre aux souvenirs : contes et nouvelles, Coins de Bruxelles, L’esprit européen, Les soucis des derniers soirs).

Il " occupe une place à part dans la littérature contemporaine. Ses essais dénotent infiniment de tact, de doigté et d’intelligente érudition ". Ceux-ci couvrent des domaines variés : la Belgique et les villes d’art : La Belgique illustrée(préfacé par Verhaeren), Ville d' art de la Belgique, Cités d'art, Bruxelles et Louvain, Amsterdam et Harlem ; mais également les artistes (divers articles et monographies sur Fernand Khnopff et André Cluysenaar), la littérature, les relations belgo-hollandaises (L'Entente hollando-belge), la Guerre Mondiale (L’Occupation allemande à Bruxelles racontée par les documents allemands : avis et proclamations, affichés à Bruxelles, du 20 août 1914 au 25 janvier 1915) et, sur la fin de sa vie, les grands monarques.

Dans L’Humanité Nouvelle, il est chargé (en plus de ses activités de secrétaire rédactionnel) de la critique des livres, tâche dans laquelle il est aidé par Louis Ernault.

En 1914, il vient s’installer à Paris où il continue sa carrière de journaliste. À partir de là, il se met à collectionner les honneurs et les titres : de 1925 à 1963, il occupe le 5ème fauteuil (littérature) à l’Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises, puis il sera membre associé de la Section des Sciences Morales et Politiques de L’Institut de France à Paris. Il a aussi été Officier de l’Ordre de Léopold et Commandeur de la Légion d’Honneur.

Avec Charles Plisnier et Alexandre André, il fonde en 1939 l'hebdomadaire Alerte, afin de susciter dans l'opinion belge un mouvement anti-neutraliste.

Il meurt le 11 décembre 1963, à Rueil-Malmaison.

5.2.4 Le secrétaire de rédaction pour l’Italie

Dr Mario Pilo

Cette personne, dont nous ne savons presque rien, est l’auteur de Estetica (réédité en 1998), de Le mie camene : Versi, de Paesagi con figure, de Tra i due poli della vita ou encore d’une Psicologia musicale : appunti, pensieri .

Nous avons bien trouvé trace d’un Dr Marius Pilo, docteur en sciences naturelles né en 1859, tout aussi intéressé que son quasi homonyme semble-t-il par le sujet de l’esthétique (Il problema estetico chez Dumolard à Milan) et poète comme lui. Pourrait-il s’agir d’une seule et même personne ? Nos recherches n’ont pu le déterminer.

Notons encore que cette stratégie organisationnelle qui consiste à disposer d’un secrétaire de rédaction (et donc surtout d’un destinataire pour le courrier) dans un pays de diffusion est un atout internationaliste : c’est ainsi que tant de textes si divers, venant d’un peu partout, peuvent finalement être réunis dans une même revue ; et dans le même temps, cela ne peut que plaire aux lecteurs de ces pays, qui ont ainsi le plaisir de retrouver un compatriote assumant une fonction au sein de leur revue.

5.2.5 L’administrateur

Gabriel De La Salle

Gabriel De La Salle dédia sa vie aux arts et aux lettres. C’est ainsi qu’après s’être égaré quelques temps dans un emploi de comptable, ce fils de gendarme devient libraire (à Paris), puis homme de revues ; nous citerons pour cet aspect de sa vie sa participation à la revue Coup de Feu d’Eugène Châtelain, car une particularité de cette dernière se retrouvera dans celle que De La Salle fondera plus tard (voir infra): elles sont toutes deux parallèlement une revue et un groupe.

Augustin Hamon sut se souvenir de G. De La Salle lorsqu’il chercha à qui il pourrait confier la place d’administrateur de L’Humanité Nouvelle, mais comment se connaissaient-ils ?

D’abord, ils étaient proches l’un de l’autre par leur commune origine nantaise. Ensuite, ils ont appartenu à la même loge maçonnique (la Chevalerie du Travail), où ils prendront des positions communes sur des problématiques maçonnes. Enfin, Hamon s’était impliqué à une époque dans un mensuel du nom de L'Art Social, émanation d’un groupe éponyme, que De La Salle avait fondé et dirigeait.

Ce périodique aux accointances anarchistes — bien qu’hétéroclite sur le plan idéologique (on y repère des références socialistes) — connût 26 numéros de novembre 1991 à février 1994. Par la faute des attentats anarchistes, De La Salle est arrêté en mars, ce qui cause l’arrêt de la revue, qui ressuscitera pour encore six numéros entre juillet et décembre 1896, et assumera avec d’autant plus de vigueur son option anarchiste que De La

Salle devait encore garder rancœur de son emprisonnement, même s’il fut de courte durée. C’est d’ailleurs cette même année qu’il représente la Bourse du Travail de Rennes au comité fédéral de la fédération, ce qui dénote une volonté d’engagement social.

Il a aussi milité, vers 1888, avec les possibilistes de la F.T.S.F. (Fédération des Travailleurs Socialistes de France) ; puis s’est marié et a eu trois enfants. Il est mort le 23 avril 1914.

Pour approfondir et préciser les relations entre De La Salle et Hamon, il faudrait consulter les archives Hamon déposées à l'IISG d'Amsterdam, dans lesquelles on trouve de nombreuses missives de De La Salle à Hamon.

5.2.6 L’éditeur

Schleicher Frères (Paris)

Il a publié certains anarchistes, par exemple trois volumes de la correspondance d’Elisée Reclus (où il n’est pas fait mention de la Société Nouvelle) et un livre sur Fernand Pelloutier ; mais aussi des œuvres de K. Marx, de la poésie (les Poèmes pernicieux de Paul Bay, co-édité avec l’Imprimerie générale de Mons en 1911). G. De Greef, collaborateur de la SN et professeur à l’Université Nouvelle, y a fait paraître son Inconnaissance dans les problèmes de philosophie positive, en 1900. On trouve 618 ouvrages de cet éditeur sur le CCFr.

Signalons l’important un conflit qui a surgi entre Hamon et l’éditeur de l’Humanité Nouvelle, et qui est sans doute une raison majeure de l’arrêt anticipé de la revue, après seulement six ans de parution. Pour une brève mise en perspective du procès qui s’ensuivit, reportez-vous au chapitre 5.2.1 consacré à A. Hamon, p. 116.

5.2.7 Les principaux diffuseurs

C. Reinwald (Paris)

En-dehors des références de quelques ouvrages que ce libraire a édité, nous ne savons pour ainsi dire rien de Reinwald. Citons Histoire des monstres depuis l'antiquité jusqu'à nos jours du Dr Ernest Martin (1880), les Poems and essays d’E. A. Poe (coédité par Bernhard Tauchnitz de Leipzig et The Galignani Library) en 1884 et, en collaboration avec l’éditeur Schleicher, La Commune de Paris au jour le jour, 1871, 19 mars - 28 mai (1908), journal qu’Élie Reclus a tenu durant les événements insurrectionnels qui affectèrent la capitale française.

Spineux (Bruxelles)

Nous n’avons rien trouvé sur la librairie Spineux. Retenons que La Bibliographie de Belgique : Journal Officiel de la Librairie indique que Spineux et Cie était éditeur de la série suivante (seconde SN), mais les couvertures de cette période ne reprennent que Albert Harvengt, Schleicher et Marcel Rivière comme éditeurs.

5.2.8 L’imprimeur

Imprimerie Deslis Frères (Tours)

Cet imprimeur est situé au 6, rue Gambetta, à Tours, dans l’Indre-et-Loire. Nous ne savons pas pourquoi il fut choisi pour imprimer l’HN. Peut-être Hamon le connaissait-il pour l’une ou l’autre raison. Après tout, il n’était séparé du pays nantais cher à Augustin que par le département du Maine-et-Loire.

Deslis Frères ont imprimé des ouvrages pour le compte d’ éditeurs parisiens : le Mercure de France (Connaissance de l'Est de Paul Claudel ; Lettres à Angèle, 1898-1899, André Gide, 1900 ; Le Roman du lièvre de Francis Jammes, 1903), la Librairie académique Didier Perrin et Cie (Vers et Prose : morceaux choisis et La Musique et les Lettres : Oxford, Cambridge, 1895 ; tous deux de Mallarmé).

5.2.9 Liste des collaborateurs

Les * signalent les personnes ayant écrit dans le numéro unique de L’Humanité Nouvelle de 1906. Nous avons, pour obtenir cette liste, uniquement consulté les tables mensuelles de la revue, car les tables semestrielles (et non plus trimestrielles, comme pour la SN) sont confuses : elles reprennent aussi bien, sans faire la distinction, les auteurs d’articles que ceux des ouvrages critiqués ! À ce titre, elles sont néanmoins utiles, pour qui voudrait faire une recherche " en texte intégral " sur toute la série de l’HN. Notons que ces tables sont accompagnées de tables par sujets.

Abrami, Léon

Agresti, Antonio

Albert, Charles, voir Charles-Albert

Allen, Grant

Ameline, (Dr)

Americus

Andrews, J. A.

Aranoff, Ch.

Armand, E. *

Austruy, Henri

Bailly, Edmond

Baissac, Jules

Bajer, Frédéric

Ballaguy, P.

Bancel, A. D.

Bang, Herman

Barbier, Ch.

Barnavol, E

Baroja, Pio

Baronian, J. -J.

Bazalgette, Léon

Beesly, E. S.

Benjamin-Constany, André

Bérenger, Henry

Bloch, J.

Block, Maurice

Boborykine, P.

Bonomeli, M.

Borchardt, Julian

Borde, Frédéric

Borghèse, Scipione (Prince)

Bourgault du Coudray, Ch.

Briat, E.

Brunellière, Charles

Bull, John

Bureau, Paul

C. de P.

Cammaerts, E

Cantone, M. -A.

Catellani, E.

Charles-Albert

Charlier, Gustave

Carpenter, R.

Charnay, Maurice

Cheliga, Marya

Chirac, Auguste

Chwatowa, S.

Cladel, Judith

Calajanni, N.

Colins de Ham, J.-G. de (Baron)

Corday, Michel

Corn, Marie

Cornelissen, Christian

Cornelissen-Rupertus, L.

Corsi, Carlo

Corvus, Mathias

Cosentini, Francesco (Pr)

Cossa, P.

Cotar, M.

Coucke, Jules

Couraud, Valentin

Couturier

Crane, Walter

Crosby, Ernest

Cuvillier, Alb.

D’Alméras, H.

D’Annunzio, Gabriele

D’Araujo, Oscar

D’Arry, Nelly

D’Ewreinoff, Anna

D’Outremer, Jean

Dagan, Henri

Danish, Hussein

Dallemagne, Jules (Dr)

Darrow, Clarence —S.

Dave, Victor

Dayot, Armand

De Beaurepaire-Froment

De Braisne, H.

De Carvalho, Xavier

De Colleville (Vte)

De Gamond, I. Gatti

De Gérando,Antonine

De Gerlach, H.

De Gourmont, Remy

De Greef, Guillaume

De La Grasserie, Raoul

De La Salle, Gabriel

De Marès, Roland

De Mathuisieulx, H. M.

De Potter, Agathon

De Poupourville, A.

De Rampan, Adolphe

De Roberty, Eugène

De Rosny, Léon

De Royaumont, Louis

De Rudder, A.

De Seilhac, L.

De Souza, Raoul

De Valcombe, M.

De Zepelin, Fritz

Debski, A.

Delbos, Léon

Delesalle, Paul

Delsol, Pierre

Demblon, Célestin

Deniker, J.

Denis, Hector

Denis, Léon

Des Ombiaux, Maurice

Descamps, Désiré

Descaves, Lucien

Deslinières, Lucien

Destrée, Jules

Détré, Ch.

Deutscher, Paul

Diplomaticus

Dolent, Jean

Dolléans, Édouard

Domela Nieuwenhuis, Ferdinand

Dorado, P.

Dorian, Tola *

Doubinsky, Maxime

Drachmann, Holger

Dubois, Jeanne *

Dubois-Sesaulle

Dufresne, A.

Dumont, Hermann

Dumont, Louis

Dumont-Wilden, Louis

Durand de Gros, (Dr)

Durkheim, Èmile

Dwelshauvers, Georges

Eekhoud, Georges

Eff, J. M.

Ellis, Havelock (Dr)

Emilio

Eminescou, Mihail

Ernault, Louis

E. S.

Esse, Elehard

(Les) Ètudiants Socialistes

Internationalistes

(Les) Ètudiants Socialistes

Internationalistes Révolutionnaires

Fages, C.

Ferri, Enrico

Fèvre, Henri

Folkmar, Daniel (Pr)

Folkmar, Elnora —C.

Fontainas, André

Fort, Paul

Fouillée, Alfred

Franck, F.

Freistein, (Mme)

Fua, A.

Fuss, G.

Gaboriau, A. (Dr)

Gaboriau, Hélina

Garreau, L.

Geddes, P.

Geffroy, Gustave

Gener, Pompeyo

Gheude, Charles

Gilkin, Iwan

Girod, Paul (Dr)

Glasse, John

Goaziou, Louis

Godefroy, E. *

Gorki, Maxime

Grandjean, Valentin *

Grave, Jean

Gressent, G.

Griffuelhes, V.

Grün, Anastasius

Guetant, Louis

Gumplowicz, Ladislas

Guyot, Yves

Haber, Vekoslav

Halm, F.

Hamon, Augustin

Hamon-Rynenbroeck, Henriette

Heiberg, Gunnar

Henckell, Karl

Hennebicq, José

Hennebicq, Léon

Henry, A.

Hérold, A.-F.

Hirsch, Paul-Armand

Horta, Victor

Hudry Menos, J.

Hugues, Clovis

Hyde, Douglas

Ingegnieros, José

Intérim

Jacobowski, Ludwig

Jacobsen, J. -P.

Jean, Lucien

Jerrold, A.

Jerrold, A. —L.

Jerrold, Laurence

J. K.

Karmor, Iann

Katayama, Sen Joseph

Katzenstein, Simon

Keir Hardie, J.

Kernic, Ivan

Khnopff, G.

K. N. G.

Kobold

Korolenko, W.

Kozlowski, W. -M.

Kropotkine, Pierre

Krysinska, Marie

Lande, Georges

Lantoine, Albert

Lasserre, P.

Lauby, B. -H.

Laupts, (Dr)

Laurent, Camille

Lavroff, Pierre

Le Foyer, Lucien

Leakey, James

Lebesgue, Philéas

Leblond, Marius-Ary

Leconte, Sébastien-Charles

Lejeal, Gustave

Lemonnier, Camille

Lencou, Hippolyte

Lestelle, Louis

Letourneau, Charles

Letuvis, A.

Levengard, Pol

Lima, Magalhaes

Lindley, Ch.

Loëvy, Edward

Lombroso, Cesare

Loock, A. -N.

Loria, A.

Loyson, Paul-Hyacinthe

Luguet, Marcel

Lum, Dyer D.

L. W.

Macleod, Fiona

Mac Pherson, F.

Mac Pherson, M.

Magura, Ion

Maillet, G.

Maître, Léonce

Mali, Marie

Mangé, N.

Mann, Tom

Maragall, Joann

Marazzi, Fortunate (Comte)

Marculescu, Gh.

Mardrus, G. C. (Dr)

Mariel

Mario, J.

Martel, Tancrède

Marx, Karl

Maschtet

Matthews, Washington

Mayer, Gustav (Pr)

Mazzini, P.

M. D.

Meddor, Dina C. P.

Mella, Ricardo

Merlino, Saverio

Mertens, Bertha

Mesnil, Jacques

M. G.

Michelet, Victor-Émile

Michels, Robert (Dr)*

Moeller, Tyge

Monseur

Montefore, Dora -B.

Morant, Amy -C.

Morel, Eugène

Morice, Charles

Muffang, H.

Mullem, Louis

Nadar

Nadson, S.

Naquet, Alfred

Nasadowski, Fr.

N. G.

Nikitine, N.

Novicow, J.

Nys, E.

Ohanessian, Zabel

Payen, Louis

Pelloutier, Fernand

Pelloutier, M.

Perez Jorba, J.

Petchersky, André

Petrascu, N.

Picard, Edmond

Picard, Robert

Pilo, Mario

Pinardi, A.-G.

Pinardi, G.

Pioch, Georges

Platt, William

Pletti, Alphonse

Politikos

Polti, Georges

Potier, Edmond

Pourot, Paul

Prochazska, A.

Quiñones, Ubaldo R.

Rakovsky, K. (Dr)

Ramaekers, G.

Rambosson, Yvanhoe

Randon, Gabriel

Rapisardi, Mario

Raymond-Duval

Reclus, Élie

Reclus, Élisée

Reclus, Maurice

Régamey, Félix

Reibrach, Jean

Reinick, Rob.

Réja, Marcel

Remy, L.

Renard, Georges

Renaud, Elizabeth

Rethel, Jean

Retté, A.

Ribert, Léonce

Richard, L. -R.

Richet, Charles

Rius, M.

Riza, Ahmed

Rizal, José (Dr)

Robin, Paul

Rodenbach, Georges

Roels, Edgard

Roinard, P. N.

Roorda Van Eysinga, H.

Royer, Clémence

Russel Wallace, A.

Ruz, Albert

Ryner, Han

Sabin, Mony

Samaja, Nino

Sand, René

Sand, Robert

Saurin, Daniel

Savine, Albert

Schalk de la Faverie, A.

Scheffer, Robert

Schmitt, E.-H.

Schmitt, Jean E.

Schreiner, Olive

Segard, E. (Dr)

Sellen, Francisco

Sempau, Ramon

Shaw, Georges Bernard

Sibiriak

Sighele, Scipio

S. L.

Snow, G. H. U.

Sorel, Georges

Sorgue

Spectator

Stackelberg, Frédéric

Starcke, C. N.

Stein, Robert

Stromberg, Marie

Tchekhov, Anton

Tchelovek

Thébault, Eugène

Thompson, A.

Tolstoï, Léon

Totomiantz, V. (Dr)

Trarieux, G.

Trève, Jacques

Treves, Angelo

Tschedrine

Ugarte, Manuel

Uhland, Ludwig

Ursin, N. R. af

U. Z.

Vailland, Edouard

VandePutte, H.

Van Den Boren, Ch.

Van Der Voo, B.

Van Eeden, Frédéric

Van Kol

Van Ornum, William-Henry

Vandervelde, Èmile

Vandervoo, G.

Vérecque, Charles

Verhaeren, Èmile

Verheyden, P.

Vernes, Maurice (Dr)

Vierset, Aug.

Vinck, E.

Virrès, Georges

Von Der Traum, J.

Von Egidy, M.

Walczewski, Z. R.

Wallace, Russel A.

Walter-Jourde, J.

Wedar, S.

Winiarski, L.

Winter, Léon (Dr)

Xavier de Ricard, L.

Yeats, William Butler

5.3 La Société Nouvelle : Revue internationale, seconde série

(juillet 1907 — décembre 1913)

Cette seconde série est le fruit d’une collaboration franco-belge (une partie des bureaux se trouvant à Mons, au 11 rue Chisaire ; et l’autre, dont s’occupera le secrétaire de rédaction pour la France, Henri Bonnet, au 28 rue Vauquelin, à Paris). Si nous n’avons pas eu le temps d’en examiner la genèse en détails, nous savons néanmoins que c’est à Jules Noël, colinsiste " pur et dur " et donc très apprécié de la dernière survivante du clan Brouez (Victorine, la mère de Fernand), qu’on doit la résurrection de la Société Nouvelle et qui la dirige, aidé par Léon Legavre et Louis Piérard.

Selon Rens et Ossipow, son but était de reprendre " à son compte le désenclavement du colinsisme " , ce qui chez lui passe plus par une certaine vulgarisation du dogme que, comme ç’avait été le cas avec Fernand Brouez ou A. Hamon, par une ouverture à tout crin à la multiplicité des tendances dites progressistes, qui pour autant ne sont pas écartées des colonnes de la revue : il s’avère en effet que les signatures récurrentes (y compris non colinsistes) qu’on y trouve étaient pour une bonne part déjà présentes à l’époque de L’Humanité Nouvelle. D’ailleurs, cette nouvelle série se place sous le patronage de penseurs ou de théologiens aussi différents que Lamennais et Bonald, Proudhon et Leroux, Aristote et De Maistre.

Il semblerait que Jules Noël soit parvenu à récupérer un fichier de lecteurs (de l’HN via Hamon ? de la première SN par l’entremise de Victorine Brouez ?), car nous avons trouvé, glissé dans l’un des n° 1 de la deuxième SN (juillet 1907) que nous avons eus entre les mains, un carton où il est écrit " Nous prions instamment les personnes qui ne désirent pas s’abonner à La Société Nouvelle et qui reçoivent le présent numéro de bien vouloir nous le renvoyer ". Cette mention prouve que la rédaction du nouveau journal cherchait à manifester son existence auprès d’anciens lecteurs de l’une ou des deux revues qui l’ont précédée, sous la forme d’un envoi promotionnel, ce qui est un moyen parmi d’autres de se constituer un lectorat.

En outre, cela pourrait laisser penser que les moyens financiers du nouveau journal étaient plus réduits que par le passé, puisque la rédaction demande à ce qu’on lui réexpédie le numéro offert si l’on ne s’abonne pas. C’est sans doute Victorine Brouez qui finance la revue (en tout cas, c’est elle qui paie J. Noël), mais peut-être est-elle moins à l’aise financièrement que du vivant de Jules Brouez ?

J. Noël et ses amis usaient-ils d’un autre moyen pour s’attirer des lecteurs ? Parfois, les collaborateurs eux-mêmes se proposent de trouver un nouveau lectorat.

*

Sur la couverture du n°1 de juillet 1907, il est écrit que la SN est dans sa " 13ème année — 2ème série ", ce qui révèle d’emblée que c’est bien à la 1ère SN (qui ne vécu douze années et trois mois) qu’on veut faire suite. Sans cette mention, il aurait pu y avoir confusion : si le but affiché de L’Humanité Nouvelle était bien de succéder à la Société Nouvelle, celui de la seconde Société Nouvelle n’est pas de continuer L’Humanité Nouvelle, même si (outre les collaborateurs qui restent en dépit de toutes les évolutions) certains détails montrent une volonté de filiation. Comme par exemple, la vignette qui de juillet 1910 à octobre 1913 orne le bas de la couverture de la SN et qui, du temps de L’Humanité Nouvelle, se trouvait au centre de la quatrième de couverture. Mais incontestablement, le seul choix du titre " La Société Nouvelle " pour la nouvelle revue ne peut tromper. D’ailleurs, l’article liminaire du premier numéro parle pendant deux pages entières de la première SN, citant les écrivains qui ont fait son renom et jurant de se " conformer au plan qu’il [Fernand Brouez] a suivi " ; et accorde seulement huit lignes à Hamon et à L’Humanité Nouvelle, et aucune pour la tentative de M. Heyman de refaire paraître L’Humanité Nouvelle en 1906 !

C’est aussi à partir de juillet 1910 que les bureaux montois de la rue Chisaire adoptent la dénomination d’" Imprimerie Générale " (est-ce à dire que la revue est imprimée sur place ?). La Bibliographie de Belgique : Journal Officiel de la Librairie nous dit que c’est à cette adresse que siégeaient les services de la direction et de la rédaction.

" Marcel Rivière, 31 rue Jacob à Paris ", est quant à lui désigné sur les couvertures comme éditeur de la SN ; mais ce dernier sera remplacé un an plus tard (en juillet 1911) par Schleicher Frères, éditeurs sis au 8 de la rue Monsieur-Le-Prince, dans le VIe arrondissement.

En novembre 1912, ce sont H. Bonnet (Chaussée d’Ivry par Ivry-la-Bataille, dans l’Eure) et Jules Heyne (49 rue Bargue, Paris, XVe) qui viennent occuper la charge de secrétaires de rédaction de la SN pour la France. Le directeur en est Jules Noël (133 Boulevard Saintelette, Mons), par ailleurs directeur de l’hebdomadaire montois La Terre (apparemment distribué moins largement que la SN, peut-être uniquement dans le Borinage ?), dont le groupe " a déjà plus de contacts avec le Parti Ouvrier " (ce qui peut se concrétiser par une double appartenance) que la rédaction de la Société Nouvelle, journal qui n’est même pas cité par J. Puissant, ce qui laisse entendre qu’il ne considère pas que la SN ait joué un rôle dans le mouvement ouvrier borain.

La mention d’éditeur concerne Albert Harvengt (13 rue Chisaire, Mons), qui est aussi l’imprimeur de la SN, par l’entremise de l’Imprimerie Générale dont il assume la direction).

Cette série de La Société Nouvelle est diffusée dans les pays suivants : France, Pays-Bas, Suisse, Angleterre, Espagne, Italie (voir annexe 9.8).

5.3.1 Le directeur

Jules Noël

À ne pas confondre avec le peintre français homonyme (1815-1881), cet instituteur montois et fervent colinsiste, de son vrai nom est Jehan Maillart, est l’auteur de quelques livres théoriques (La Liberté de la pensée en 1905, Pourquoi nous sommes socialistes en 1906 et L’Athéisme, base rationnelle de l’ordre en 1910) et surtout de maint articles, qui traitent en général de religion, de politique, et bien sûr du socialisme rationnel (une monographie sur Colins). Ses écrits de sociologie on un " style nerveux et mordant ".

On lui également des Contes chimériques et des pièces de théâtre, comme Les gardiens du feu ou Yolaine. Cette dernière, selon Gauchez, est une " œuvre étrange, bizarrement contournée, excessivement significative des influences scandinaves et symboliques, mais belle de cette particulière distinction de mystère et d’étrangeté qu’ont certaines fleurs exotiques et troublantes " et l’œuvre préférée de son auteur.

On ne sait trop comment il est venu au colinsisme, mais il est attesté par une lettre de F. Borde à H. Bonnet qu’à partir de 1901 il démissionne de ses fonctions à l’éducation nationale pour se faire propagandiste à plein temps du socialisme rationnel, grâce à une pension que lui alloue à cet effet la veuve Brouez.

Il a deux frères, à savoir le poète et peintre Abel Noël, qu’il a conquis au socialisme rationnel et qui écrira dans la SN entre 1907 et 1914 ; et Gustave, militaire puis pharmacien.

Le fonds Hamon du Centre d’Histoire du Travail (CHT) de Nantes compte une vingtaine de lettres de lui pour la période 1906-1913.

5.3.2 Le secrétaire de rédaction pour la Belgique

Léon Legavre

Hennuyer d’origine et aîné d’une famille de six enfants, né à Nimy en 1874 de l’union de Jean Charles Legavre avec Andrée Adolphine Huart, il meurt en 1949.

Entré à la seconde SN pratiquement dès qu’elle se crée, il la quitte entre juin et juillet 1910, semble-t-il en bons termes avec le reste de la rédaction : " Notre ami Léon Legavre quitte La Société Nouvelle. Nous nous souvenons avec émotion des luttes soutenues en commun à La Terre et cette revue qu’il nous a aidée à faire revivre. Nous lui témoignons ici toute notre reconnaissance ". Le moment de cette séparation est à mettre en corrélation avec certains changements éditoriaux (Marcel Rivière en devient l’éditeur, la couverture change légèrement). Nous ne savons pas la raison de ce départ. Quoiqu’il en soit, elle ne semble pas être d’ordre idéologique, car il devient le porte-parole belge du mouvement, au moins jusqu’à la Première Guerre.

Plus tard, il sera à la tête des éd. de l’Églantine à Bruxelles et deviendra critique littéraire au Peuple. Si Legavre est l’auteur d’un pamphlet relatif à la mort de l’anarchiste espagnol F. Ferrer et d’un texte offrant un point de vue colinsien sur La Femme dans la société, il est généralement évoqué pour son travail de poète (Les Deux routes en 1904, Poèmes de la vie rustique en 1926, Poèmes en Brabant en 1935). M. Gauchez parle d’ailleurs avec éloge de sa production lyrique (dans sa rubrique " Masques littéraires belges " de L’Humanité Nouvelle), où il perçoit des influences verhaeriennes.

Une seconde raison de se souvenir de lui est à trouver dans ses nombreuses participation à des journaux et revues (plus d’une trentaine). Citons celles qu’il a fondées : La Verveine (avec Louis Goffint), en 1898, dont il a été secrétaire de rédaction ; le mensuel L’Idée Libre (avec Paul Germain).

Victor Dave

Né à Jambes, près de Namur, le 25 novembre 1845, V. Dave est le fils d’un président de la Cour des Comptes. Il fit ses études à la Faculté des Lettres de Liège, puis à l’Université Libre de Bruxelles. Très jeune, il manifeste un engouement durable pour les théories anarchistes et les libres-penseurs. En 1865, il participe au Congrès International des Étudiants Socialistes de Liège. Deux ans plus tard, il devient adhérent de l’AIT (Association Internationale des Travailleurs — Première Internationale) pour rapidement être accepté dans la conseil général de la fédération.

Il collabore à divers journaux, francophones (Le Peuple de Bruxelles) ou néerlandophones (De Vrijheid de La Haye).

Il participera aux congrès de l’Internationales des Travailleurs en 1872 de La Haye (où avec les partisans de Bakounine il s‘opposera aux marxistes) et 1873 de Genève. La même année, il sera de l’insurrection cantonaliste de juin-juillet. En 1978, il se fixe à Paris, avec une demoiselle Archambault qu’il a épousée entre temps. En 1880, il est expulsé et trouve refuge à Londres. Après quelques années d’exil, assez agitées dans l’ensemble (il purge deux ans de travaux forcés en Allemagne après avoir été condamné pour trahison), il peut enfin revenir en France.

C’est alors qu’il trouve à s’employer auprès de la maison Schleicher frères, où il s’occupera de traductions de l’allemand, et par l’entremise de qui il devient secrétaire de rédaction de L’Humanité Nouvelle, après y avoir placé un important article sur " Marx et Bakounine ".

En 1903-1904, il s’occupera avec Alfred Costes de la publication de la Revue Générale de Bibliographie Française. En 1914, il se rallie au camp des anarchistes kropotkiniens, et sera en février 1916 un des signataires du Manifeste des Seize, par lequel certains libertaires exprimèrent leur choix de se ranger dans la camp des Alliés, nonobstant leur anti-étatisme de principe.

Après la mort de sa femme en 1909, il entre comme correcteur à l’imprimerie de la Chambre des députés, puis chez l’éditeur Letouzey et Ané. En 1911, il se fait membre du syndicat des correcteurs et teneurs de copie.

En comparaison d’autres personnes qui ont assumé des fonctions au sein de la SN ou de l’HN, on voit qu’il a peu écrit (relevons des préfaces et une notice biographique de Fernand Pelloutier) ou traduit (notons celle de Comment s’est déclenchée la guerre mondiale de Kautsky, en 1921, pour les éditions Costes).

Il est mort le 31 octobre 1922 à Paris et a été incinéré au Père-Lachaise.

5.3.3 Les secrétaires de rédaction pour la France

Henri Bonnet

Le parisien H. Bonnet, officier dans l’armée française, (suivant en cela la carrière Colins, mais pas au même grade : capitaine, alors que son mentor avait été colonel dans l’armée napoléonienne), vint au socialisme rationnel par l’entremise de son ami Frédéric Borde. C’est pourquoi il écrivait depuis longtemps déjà dans la Philosophie de l’Avenir quand il rentre à La Société Nouvelle, deuxième mouture, où il œuvrera dès le premier numéro, en juillet 1907. Il s’y occupera notamment, quoi que sporadiquement, de la " Chronique sociale ".

Au vu de ce parcours, on est tenté de se dire qu’en le recrutant Jules Noël cherchait à accentuer encore la teinte colinsiste " pure et dure " qu’il voulait pour sa revue.

H. Bonnet est l’auteur de Le Progrès spirituel dans l’œuvre de Marcel Proust.

Jules Heyne

Cet écrivain français, ancien collaborateur de Manuel Devaldès et de Francis Norgelet à la Revue Rouge, entre à la SN en 1910. Il y tient la rubrique " Chronique de Paris ", en collaboration avec un certain docteur Audax, et en est un des secrétaires de rédaction.

5.3.4 L’administrateur

Louis Piérard

Né à Frameries le 6 février 1886, mort à Paris le 3 novembre 1851, cet hennuyer, comme tant d’autres responsables de La Société Nouvelle avant lui, est aussi passé par l’Université de Bruxelles (sciences sociales en 1903-1904).

Entré dès dix-neuf ans dans le monde du journalisme, il est l’auteur de maint ouvrages consacrés à des peintres (Van Gogh, Manet, Félicien Rops), des écrivains (Max Elskamp et Romain Rolland), des compositeurs (Verdi) ; mais plus que tout à son cher Borinage natal. Ses contemporains voyaient en lui " l’une des personnalités les plus agissantes du parti socialiste au sein duquel il défend, notamment, les artistes et les œuvres de relèvement. À la Chambre, ses interventions sont nombreuses. (…) Il intervient surtout dans la politique extérieure, l’éducation populaire, les questions littéraires et artistiques, la défense des sites et le problème linguistique ".

Il cumule à plaisir les charges honorifiques : " président du Conseil supérieur de l’éducation populaire, (…) du Club des écrivains belges, de la section d’art du P.O.B., de la Fédération nationale des universités populaires, vice-président de la Ligue pour la défense des droits de l’homme et de la Ligue de l’enseignement ". Il est aussi fondateur du Pen Club et reçu le Prix Quinquennal du Hainaut. En outre, il jouera à plusieurs reprises le rôle d’orateur aux conférences de la Section d’Art de la Maison du Peuple.

Il sera administrateur de la SN entre 1907 et 1911 (et écrira encore dans la dernière version de la revue, en 1913-1914). Il œuvrera également dans bien d’autres revues, comme L’Antée (qu’il fonde), Le Passant (qu’il dirige en collaboration avec André Blandin), L’Universitaire Socialiste ou le mensuel L’Avenir Social, mais sans laisser un grand souvenir pour ce dernier : " dans la première période, les articles littéraires sont confiés à Louis Piérard. Ce sont des chroniques sans originalité ni prise de parti ".

Ces quelques titres ne représentent qu’une infime parcelle de son implication dans les revues et journaux de son temps, car ce fervent homme de presse collabora à près de cent-cinquante périodiques, belges, français et même américains.

Sur le plan littéraire, il sera tour à tour poète et conteur, mais on retiendra aussi les reportages de voyages qu’il retirera de ses pérégrinations de globe-trotter : dans toute l’Europe, en Amérique, du Sud et du Nord, en Afrique, au Moyen-Orient. Pendant la Grande Guerre, ses écrits prendront une teinte patriotique.

Notons enfin qu’il a eu pour correspondants plusieurs sommités françaises et belges (Guillaume Apollinaire, Maurice Barrès, Léon Bazalgette), ainsi que le montre la partie de sa correspondance qui a fait l’objet d’une publication.

Avec Noël et Legavre, il est de l’équipe qui ressuscite la SN en 1907. Sa fille juge que c’est en s’occupant de cette revue (et de l’Antée) qu’il " est entré en relations et en amitié avec un si grand nombre de correspondants français ".

5.3.5 Les éditeurs

Albert Harvengt (Mons)

Bien qu’ayant consulté plus d’un ouvrage de référence (la Biographie du Hainaut d’Ernest Matthieu, Les Imprimeurs montois de Poncelet et Matthieu…), nous n’avons rien appris sur cet éditeur. Nous savons juste qu’il a été gérant de l’Imprimerie Générale de Mons (voir chap. 5.3.6) à partir du 18 mars 1906, succédant à Jules Noël, le précédent gérant.

L’Inventaire de la presse du Hainaut nous apprend qu’il a aussi imprimé d’autres périodiques hennuyers, que ce soit de la presse professionnelle et publicitaire — le Journal des Artisans du Bois (à partir de 1914) — ou estudiantine — le Mercure Déchaîné et Mons Mines (tous les deux dès 1925).

Schleicher Frères (Paris)

Des contacts relativement soutenus ont semble-t-il existé entre cet éditeur et l‘Imprimerie Générale montoise : en sont témoins les ouvrages issus de leur collaboration (par exemple, Vers l'éducation humaine : la Laïque contre l'enfant de Stephen Mac Say en 1911ou Baudelaire en Belgique par Maurice Kunel en 1912) ; mais l’histoire de leur rencontre ne nous est pas connue.

Marcel Rivière (Paris)

La Librairie et maison d'édition Marcel Rivière & Cie, créée en 1902 à Paris, jouissait d'une réputation solide dans les disciplines scientifique et historique, en philosophie et en psychologie, et dans les sciences économiques, politiques et sociales. Le fondateur de la librairie, Marcel Rivière, était aussi à l’origine du Bouquiniste Français, une organisation de défense des intérêts des libraires. Il mourut en 1948 à l'âge de 76 ans.

On peut dire de cet éditeur, au vu de son catalogue, qu’il s’inscrit dans une mouvance progressiste, puisque non content d’avoir fait paraître La Société Nouvelle, il a par ailleurs édité nombre d’œuvres de Proudhon, ou encore le livre de David Owen Evans, Le socialisme romantique : Pierre Leroux et ses contemporains (1948).

Ses liens avec la SN ne se limitaient pas à en assurer l’édition, il a également publié, en 1909, une brochure de 72 p. de Léon Legavre (secrétaire de rédaction pour la Belgique de

la SN) co-éditée avec La Société Nouvelle, écrite en réaction à l’exécution d’un anarchiste espagnol bien connu : Un crime social : l’assassinat de Francisco Ferrer ; et en 1910, une plaquette de 32 pages tiré à part de la revue (Henri Gustave Guyot, Flaubert : du rôle que l'intelligence a joué dans sa vie et dans son œuvre). Nous n’avons plus trouvé trace d’ouvrages de collaborateurs de la revue paraissant chez Rivière après 1911, année de l’ultime métamorphose de La Société Nouvelle au cours de laquelle Schleicher Frères prendra la place de Marcel Rivière comme éditeur de notre mensuel colinsien.

La SN n’était pas la seule revue que Rivière éditait, celle qui est restée la plus célèbre est peut-être la Revue d'Histoire Économique et Sociale (RHES), dont de nombreuses archives se trouvent aussi dans le fonds de l’IISG.

Nous n’avons pas poussé plus loin l’exploration de cette piste, mais nous savons que les archives de la maison Rivière (8 mètres 15 courants) ont été acquises depuis 1995 par l’IISG d’Amsterdam, et que leur consultation ne connaît pas de restriction extraordinaire.

Nous n’avons pu tirer que de maigres informations de son inventaire sommaire en ligne. Bien sûr, il faut se rendre sur place si on veut en extraire un maximum de données utiles. On y trouve beaucoup de dossiers d’auteurs, mais aussi d’autres qui " peuvent contenir : de la correspondance entre auteur et éditeur, entre la maison Marcel Rivière et d'autres maisons d'édition, de la correspondance avec les héritiers d'auteurs, avec des traducteurs, des pièces concernant les droits de traduction et d'auteur, des contrats, des honoraires, des manuscrits ou des textes dactylographiés, des notes, des tirages, des commandes, des comptes-rendus, de la documentation sur les auteurs, etc. ". Tous documents potentiellement instructifs, mais pointons plus précisément ceux qui datent de la période où Rivière éditait la SN.

5.3.6 L’imprimeur

Imprimerie Générale (Mons)

Nous n’avons rien trouvé sur cet imprimeur dans Les Imprimeurs montois de Poncelet et Matthieu. L’Annuaire général de la presse belge, des principaux journaux étrangers et des industries qui s’y rapportentde Georges Gardet ne fait que nous donner son adresse : 34, rue Malplaquet.

Voir aussi chap. 5.3.5 sur Schleicher Frères.

5.3.7 Liste des collaborateurs

Nous reprendrons dans ce chapitre la liste des collaborateurs de la deuxième et de la troisième Société Nouvelle, car cette dernière n’ayant duré que six mois, et comme sur cette période il n’y a que très peu de nouveaux collaborateurs ; il nous semble peu approprié de

présenter ceux-ci à part.

Abel, Gustave

André, Paul

Andréief, Leonid

Ariel

Armand, Émile

Audax (dr.)

Baekelmans, Lode

Bare, Jean

Barnavol, Auguste

Barrau, Auguste

Bay, Paul

Bazalgette, Léon

Bazile, Georges

Beaubourg, Maurice

Beck, Christian

Belot, Georges

Benedictus, Willy

Beneletty, W. -J.

Berger, Octave

Bern, Paul

Bernard, Jean-Marc

Bernard, Serge

Bernstam, L. G.

Bertrand, Max

Bertrand-Mertens, Bertha

Bertrand-Mertens, Max

Besseleers, Clément

Bock, Jules

Bocq, Jules

Bocquet, Léon

Bogdanow, A.

Bogdanow, G.

Bohas, J.

Boissy, Gabriël

Bokhanowski, T.

Bonnerot, Jean

Bonnet, Henri

Boumy, Adolphe

Briand, Charles

Brieu, Jacques

Broodcoorens, Pierre

Bruneteaux, Léon

Buscher, Gustav

Buysse, Cyriel

Cantillon, Arthur

Canudo, Ricciotto

Carrere, M.

Chandler, Stéphanie

Chapelier, Émile

Chaleville, Jacques-L.

Chassé, Charles

Chenevier, Albert

Chennevière, Georges

Cheunevière, G.

Chervet, A.

Chignac, Alexandre

Chot, Joseph

Clary, Jean

Claux de Nuy

Colin, Paul

Colins de Ham, J.-G. de (Baron)

Collin, B.

Conrardy, Charles

Cornelissen, Christiaan

Cornez, Georges

Cornez, Paul

Couprive

Courouble, Léopold

Couture, J.

Dagan, Henri

David, Alexandra

De Bersaucourt, Albert

De Bouhélier, Saint-Georges

De Bray, Dominique

De Brouckère, Gertrude

De Brouckère, Louis

De Castro, Guillen

De Gaultier, Jules

De Geynst, Joseph

De Gourmont, Jean

De Grave, Élie

De Greef, Guillaume

De La Grasserie, Raoul

De Lamennais, Félicité

De Marmande, René

De Miomandre, Francis

De Mont-Saint-Jean, Maurice

De Roberty, Eugène

De Saegher, Gabrielle

De Souza, Robert

De Spengler, F.

De Villeneuve, René

Delattre, Louis

Delaunay, Berthe

Delaunoy, Georges

Deloyers, Henri

Del Palacio, Eduardo-L.

Delville, Jean

Deman, René

Demolder, Eugène

Denis, Frédéric

Denis, Hector

Dervaux, Adolphe

Des Ombiaux, Maurice

Desmarets, Louis

Deroxe, Myriam

Desroches, Paul

Destrée, Jules

Deuxailles

Devaldès, Manuel

Deverin, Edouard

Devaldès, Manuel

Devos, Prosper-Henri

Dietrich, Charles

Domela Nieuwenhuis, Ferdinand

Dominique, Jean

Drouot, Paul

Dufranne, Henri

Dulac, Albert

Dumas, Léon

Dumur, Louis

Dupierreux, Richard

Dupin, Louis

Duterme, Marguerite

Dutry, Jean

Duvernois, Jacques

Dwelshauvers, Georges

Eekhoud, Georges

Eggermont, Armand, voir Ulric

Elskamp, Max

Elslander, Jules-François

Espe De Metz, J.

Evans, Serge

F.E.

Federn, Karl

Fénestrier, Charles

Fernet, Jean

Ferrand-Mosany, José

F.J.

Fleischman, Hector

Fontainas, André

Fram

Franck, Louis

Frère, Hubert

Fuss-Amorré, Henri

Gadon, Henri

Gaillard, Franz

Gauchez, Maurice

Gaymard, Berthe

Gazanion, Edouard

Gensse, Adolphe

Gilbert, Eugène

Gille, Valère

Giraud, Albert

Goffin, Arnold

Golstein, René

Grave, Jean

Guérin, Georges

Guilbeaux, Henri

Guyot, H.

Haber, A.-V.

Hache, Francis

Hamon, Augustin

Haraldson, Olaf

Harry, Gérard

Hellens, Franz

Heller, Frank

Henderson, Archibald

Henri-Martin

Herbert, Marcel

Herbrandt, Paul

Herenien

Herold, André Ferdinand

Herwig, Gustave

Heyne, Jules

Hirsch, Pierre

Hubens, Arthur

Huysmans, Camille

Jacquemin, Albert

Jaloux, Edmond

Jauniaux

Jean, Lucien

Karmin, Otto

Kemperheyde, René

Kragins, M.

Krains, Hubert

Kunel, Maurice

L.

Lagye, Paul

Laillet, H.

Laisant, Charles-Ange

Lalli, Roger

Lambotte, Léopold

Landret, Louis

Larroussinie

Le Roy, Grégoire

Lebesgue, Philéas

Legavre, Léon

Lemonnier, Camille

Lenskiy, Vladimir

Léonard, François

Leparc, François

Lermusiaux, Georges

Leroy, Maxime

Le Senne, Camille

Letty, Junia

Levy, Jacques

Liebrecht, Henri

Littlebird, John

Llona, V.-M.

Lonay, Alexandre

Lorand, Georges

Loyson, Paul-Hyacinthe

L. P.

Lyr, René

Mac Cabe, Joseph

Mac Cready, T.-L.

Mac Say, Stephen

Magne, Émile

Malatesta, Errico

Malato, Charles

Malet, Lucas

Mandin, Louis

Maran, René

Mareuil, Gustave

Marguerite, Charles

Mari, Gassy

Marlow, Georges

Marsan, Eugène

Martinet, Marcel

Mary, Albert

Mary, Alexandre

Masay, Fernand (Dr.)

Mathy, Camille

Maubel, Henry

Mauclair, Camille

Mauroy, Ludovic

Max, Paul

Mazade, Fernand

Melchine, L.

Merle, Eugène

Merril, Stuart

Michel, A.

Michels, Robert

Milet, Claude

Monseur, Eugène

Moreau, Lambert

Mosany, Georges

N., (abbé)

Naquet, Alfred

Naud, Jean

Nicolas, Pierre

Noël, Abel

Noël, Jules

Norgelet, Francis

Outrebon Jacques

P.

Papens, Georges

Pataud, Émile

Peltier, Jacques

Pergament, Charles

Périer, Gaston-Denys

Picard, Edmond

Piérard, Louis

Pierredon, Georges

Pierron, Sander

Pilon, Edmond

Plan, Pierre-Paul

Poinsot, M. C.

Poinsot Maffés, Charles

Polderman, Fabrice

Pontet, Léon

Potron, Gustave

P.P.

Pratelle, Aristide

Prist, Paul

Przybysrewski, Stanislaw

Pulings, Gaston

Quénéhen, Léon

Quiñones, Ubaldo-Romero

Rachilde (pseud. Madame Alfred

Valette)

Ramaekers, Georges

Raymond-Duval, Pierre-Henri

Raynaud, Ernest

Reclus, Élie

Rémois, Abel

Rency, Georges

Rens, Georges

Rictus, Jehan

Rizzardi, Luca

Robin, Paul

Rodo-Niederhausern

Rodrigue, G.-M.

Roidot, Prosper

Rolmer, Lucien

Romains, Jules

Roorda Van Eysinga, Henri

Rosny Aîné, Joseph-Henri

Rousseau, Blanche

Ruinet

Ruty, Franz

Ryner, Han (pseud. Henri Ner)

Sakellarides, Emma

Sauvebois, Gaston

Schlosberg, D.-E.

Schmickrath, René

Sebenicow, Franz

Simon, Maurice

Smedley, Constance

Solvay, Lucien

Sonnenfeld, Nandor

Sosset, Paul

Soubeyran, Élie

Spire, André

Stackelberg, Frédéric

Stefanoff, St.

Stiernet, Hubert

Strivay, Renaud

Swictochowsky, Alexandre

Symons, Arthur

Tarrida Del Marmol, Fernando

Thomas, Louis

Torcy, Abel

Torton, Léon

Touny-Lerys

Ulric, pseud. d’Armand Eggermont

Valensi, Alfred

Valliée, Charles

Van De Woestijne, Karel

Van Den Borren, Charles

Van Offel, Horace

Van Puymbrouck, Herman

Vandeputte, Henri

Vandervelde, Émile

Vandervelde, Lalla

Vandervoo, B.-P.

Varlet, Théo

Verhaeren, Émile

Vessélovsky, M.

Veuchet, Edmond

Wauthy, Léon

Weil, Bruno

Whitman, Walt

Willy (pseud. Henry Gauthier-

Villars)

X.

Zeka

Ziegler, Georges

Zisly, Henri

5.4 La Société Nouvelle : Revue internationale, 3ème série

(février 1914 - juillet 1914)

Le n°1 de février 1914 marque le début de la troisième et dernière formule de la Société Nouvelle (la quatrième si on tient compte de l’Humanité Nouvelle).

Elle se démarque des précédentes par une nouvelle maquette (cela faisait trois mois qu’étaient essayées différentes présentations), qui ne reprend plus ni la traditionnelle vignette, ni la devise " Adsit mens populis ".

Le directeur en est toujours Jules Noël, et le rédacteur-en-chef reste René de Marmande. Jusqu’en juillet 1914, mois où s’arrête cette aventure éditoriale et intellectuelle pour motif d’entrée en guerre, le lieu d’édition reste le 13 rue Chisaire à Mons. Mais pour les numéros de mai et juin, l’adresse indiquée est "3, rue des Grands-Augustins, Paris ".

Mentionnons que lors de nos recherches, nous avons parfois trouvé des documents où il était dit que la SN ne serait morte que en 1915. Pour ce qui nous concerne, nous n’avons trouvé aucun numéro ultérieur à juillet 1914, mais peut-être que quelques-uns sont encore sortis sporadiquement pour tenter de relancer la revue ?

5.4.1 Le directeur

Jules Noël

Voir chap. 5.3.1.

5.4.2 Le rédacteur en chef

René de Marmande

Né à Vannes, dans le Morbihan, de son vrai nom (vicomte) Constant Emmanuel Gilbert de Rorthays de Saint-Hilaire Marie, ce journaliste anarchiste usa alternativement de deux pseudonymes : Civis et René de Marmande. Collaborateur des Temps Nouveaux de Jean Grave et de La Guerre Sociale (1906-1911) de Gustave Hervé, Marmande œuvra aussi, quoi que très occasionnellement, au Mercure de France.

Il fut remarquablement actif dans le mouvement libertaire français de l’avant-Première Guerre Mondiale : en août 1906, il est (avec Benoît Broutchoux et Pierre Monatte et cinq autres délégués) l’un des principaux Français au Congrès anarchiste international d’Amsterdam. En 1909, il tenta la création d’une Fédération révolutionnaire antiparlementaire (il fait partie de son comité directeur), en cela aidé par Almereyda et Durupt, mais celle-ci périclita rapidement.

Vient la guerre, il est mobilisé (en 1916) au 13ème régiment d’artillerie, auquel il échappera en raison de sa myopie. En mai 1917, il reprend ses activités de militants en fondant un hebdomadaire pacifiste, Les Nations. En 1921, il adhère à une section (dans la Seine) de Parti Communiste. En 1922, il devient secrétaire de rédaction de l’hebdo de la CGT, L’Atelier. Il fit également partie de la Ligue des Droits de l’Homme. Il publie en 1922 L’Intrigue florentine aux Éditions de la Sirène à Paris.

5.4.3 L’administrateur

Henri Bonnet

La seule remarque à faire au sujet de Henri Bonnet est qu’il passe du titre de secrétaire de rédaction pour la France (dans la précédente SN) à celui d’administrateur (voir aussi chap. 5.3.3).

5.5 Encarts publicitaires

Dans ce mince chapitre, nous désirerions toucher un mot de la publicité, qui si l’on s’y attardait plus longuement, montrerait la diversité des structures — de toutes tendances politiques — avec lesquelles la SN et l’HN étaient en relation ; ce qui constitue un élément de plus pour nous convaincre de son pluralisme. Pour ne pas lasser le lecteur, nous ne citerons que quelques-uns des journaux où on la mentionnait (via des encarts traditionnels, ou dans le cadre de recensions), et laisserons de côté les périodiques — beaucoup trop nombreux pour les citer — pour lesquels elle faisait de la publicité.

Nous avons remarqué que le nom de la Société Nouvelle était cité dans des organes de presse aussi variés que les périodiques colinsistes (au premier rang desquels La Philosophie de l’Avenir), anarchistes (La Mistoufle…), socialistes… Mais elle est aussi quelquefois mentionnée dans les recensions du Mercure de France, ce qui nous montre que l’œuvre de F. Brouez a su attirer sur elle l’attention de la plus célèbre revue de l’époque. Peut-être est-ce dû en partie à G. Eekhoud, qui y publiait ses " Chronique de Bruxelles " ?

Pour ce qui concerne les publicités, nous avons retrouvé des encarts pour la SN dans La Débâcle (journal anarchiste) et dans le bimensuel Lutte pour l’Art (périodique artistique). Dans le même temps, la Société Nouvelle fait paraître des publicités pour des organes de tous acabits : quotidiens, revues, cercles, université (l’Université Nouvelle), certains livres d’auteurs qui ont trouvé refuge dans ses colonnes…et, ce à quoi nous nous attendions moins, pour ses propres éditeurs et imprimeurs.

Ces dernières publicités occupent parfois une large surface : c’est ainsi que le catalogue d’un éditeur peut à lui seul monopoliser une petite dizaine de pages. Du temps de F. Brouez, la publicité n’est pas encore trop volumineuse, mais elle le deviendra avec Hamon, puis avec Jules Noël.

5.6 Les éditions de La Société Nouvelle et de L’Humanité Nouvelle

Sans être de ces revues qui sont devenues des structures éditoriales à part entière (Nouvelle Revue française, Mercure de France), La Société Nouvelle fit occasionnellement, et la plupart du temps pour ses seuls collaborateurs, office de maison d’édition (que ce soit pour des livres, des plaquettes, des brochures ou des tirés à part d’articles de la revue). Les volumes qu’elle publiait reprenaient soit des articles parus dans La Société Nouvelle, soit des inédits.

Citons pour mémoire, et sans prétention à l’exhaustivité, Les deux routes de Léon Legavre, Socialisme libertaire et socialisme autoritaire de Ferdinand Domela Nieuwenhuis, Pourquoi nous sommes socialistes de Jules Noël, La doctrine de Luther d’Elie Reclus, La Matière de C. Royer, Marie Bashkirtseff de Charles Van Lerberghe (1895), Le Communisme révolutionnaire. Projet pour une entente et pour l'action commune de socialistes révolutionnaires et communistes anarchistes de Christian Cornelissen (1896).

Mais bien sûr, la Société Nouvelle n’était pas le seul éditeur à publier des œuvres originellement parues dans la SN, intégralement ou sous forme d’extraits. Certaines se voyaient faire l’objet d’un livre chez d’autres éditeurs (ce qui se comprend fort bien, pour peu que leurs auteurs aient signé un contrat d’exclusivité ailleurs) : Une nouvelle université à Bruxelles d’Edmond Picard (1894), édité par l’Imprimerie Veuve Monnom ; ou encore Le socialisme en danger de Ferdinand Domela Nieuwenhuis, recueil de trois articles initialement écrits pour La Société Nouvelle et repris par P.-V. Stock comme n°15 de sa collection Bibliothèque sociologique. Parfois, l’auteur d’un article reprenait celui-ci pour l’étirer et aboutir à une monographie (par exemple, Le Mouvement anarchiste de Jacques Mesnil est à l’origine un article paru en mars et avril 1895 dans la SN ; et Jules Noël étire un article à la taille d’une mince monographie, portant le même titre, de 80 p.).

Nous avons également retrouvé la trace de textes publiés aux Éditions de L’Humanité Nouvelle(Paris), mais en quantité assez minime. Relevons un supplément littéraire à un numéro des Temps Nouveaux en 1900, Antisémitisme et sionisme, signé par des Étudiants Socialistes Révolutionnaires Internationalistes. La mention de ce texte nous est l’occasion d’un aparté : si plusieurs auteurs ont déjà souligné les liens existant entre la revue de l’anarchiste Jean Grave et La Société Nouvelle (première version), nous découvrons avec ce supplément — ce qui à notre sens n’avait pas encore été relevé — que ces relations se sont poursuivies du temps de l’Humanité Nouvelle. Il nous fait par ailleurs imaginer que la brouille entre Grave — qui avait quitté la revue deux ans plus tôt — et Hamon, pour cause d’antisémitisme de ce dernier, n’a peut-être pas été totale, puisqu’on retrouve les noms de leurs revues respectives liées pour la production de cette brochure, qui plus est relative à l’antisémitisme !

Les seconde et troisième Société Nouvelle disposant elles aussi d’une structure vouée à la publication de monographies, paraîtront successivement Le Mariage tel qu'il fut et tel qu'il est d’Élie Reclus (avec une allocution d'Élisée Reclus) en 1906, Les derniers jours de l'État du Congo : journal de voyage, juillet-octobre 1908 d’Émile Vandervelde (1909), Le livre des masques belges de Maurice Gauchez (3 tomes, 1909, 1910, 1911)...

*

À part ça, nous n’avons guère trouvé que des tirés à part. Voici à titre d’exemple ceux du fonds Reclus de la Réserve Précieuse de l’ULB.

ALLEN (Grant) — " L’inégalité naturelle ", juillet 1898.

Anonyme — " Répartition des socialistes en France ", juillet 1898.

DAVE (Victor) — " Michel Bakounine et Karl Marx ", [s.d.].

DENIS (Hector) — " La philosophie du XVIIIe et Malthus "

DÈTRÉ — (Ch.) — " Les apologistes du crime ", [s.d.].

FUA (Albert) — " Paganisme juif ", juillet 1898.

KEIR HARDIE (J.) — " Une guerre de capitalistes ", janvier 1900.

LEJEAC (Gustave) — " Celse et Jésus ", février 1898.

LEJEAC (Gustave) — " Histoire naturelle de Jésus ", janvier 1899.

MERLINO (F.S.) — " Une page de l’histoire du libre-échange ", novembre 1889.

NOVICOW (J.) — " La mort des sociétés ", juillet 1898.

WILL (E.) — " Le trust ", 1903.