colinsdeham.ch: Piet Tommissen, La veine polémologique dans la pensée de Colins et de l'Ecole colinsienne
La veine polémologique dans la pensée de Colins et de l'Ecole colinsienne



par Piet Tommissen
Professeur à la Economische Hogeschool Sint-Aloysius, Bruxelles

L'article qui suit reproduit une conférence prononcée dans le cadre du Colloque organisé à l'Université de Mons-Hainaut (Belgique) le 9 décembre 1983 pour commémorer le bicentenaire de la naissance du philosophe Colins de Ham, dont les Actes sont publiés dans la
Revue Philosophie, XI, 1985, Université de Toulouse le Mirail, publiée avec le concours du Centre National de la Recherche Scientifique

Résumé

La philosophie colinsienne del'histoire est typique des eschatologies du XIXe siècle. Elle comporte trois phases, la première théocratique, la seconde démocratique et la troisième logocratique. L'atavisme militaire de Colins semble avoir conduit ce dernier à s'en remettre à l'armée non seulement pour imposer son utopie mais encore pour la maintenir. Contrairement à Proudhon qui s'efforça de dégager un droit de la force qui mettrait fin au phénomène guerre, Colins ne voit d'échappatoire aux conflits que dans l'avènement d'une souveraineté universelle, c'est-à-dire dans l'archétype du mondialisme.

Summary

The polemological dimension in thethought of Colins and his school.

Colins' philosophy of history istypical of 19th century eschatologies. It contains three phases : first, a theocratic, then a democratic, and finally a logocratic phase. Colins seems to have been induced by his military atavism torely on the army not only to impose but also to maintain his utopia. Unlike Proudhon, who sought to make room for a legitimate rule which would put an end to war altogether, Colins sees no escape from conflicts except by the arrival of a universal sovereignty, i.e. in the archetype of universalism.

Resumen

Elementos polemológicos en el pensamiento de Colins y de la escuela colinsiense.

El pensamiento filosófico de Colins en cuanto a la historia se refiere procede típicamente de las escatologías deI siglo 19. En esta filosofía, son tres las fases de la historia: la primera es teocrática, la segunda democrática y la tercera logocrática. Según parece, el atavismo militar de Colins 1o ha llevado a confiar en elejército, no solo para instaurar su utopía, sinotambién para mantenerla. Al contrario de Proudhon quién intentó establecer un derecho de la fuerza capaz de acabar conel fenómeno de la guerra, Colins no vió mas remedio para resolver los conflictos que el advenimiento de una soberanía universal, o sea el arquetipo del mundialismo.

Parmi ceux qui s'occupent des doctrines économiques et sociales ainsi que de l'histoire des idées, j'appartiens à cette minorité de chercheurs qui s'aventurent de temps à autre en dehors des chemins battus et, en conséquence, s'intéressent à ces rari nantes qui, surpassés par des contemporains nés coiffés ou pouvant profiter d'une conjoncture favorable, sont injustement tombés en oubli. C'est à dessein que je pense ici à pas mal d'auteurs qui se sont distingués dans le cadre du grand débat séculaire sur la collectivisation du sol auquel Edouard ESCARRA consacrait dès 1904 une thèse de doctorat méritoire (XIII), e.a. à Otto EFFERTZ (1856-1921), le père de la ponophysiocratie XXXVII, à Theodor HERTZKA (1845-1924), le prophète du fameux "Freiland" XVIII, au baron COLINS DE HAM. Le sort de ce dernier est particulièrement déplorable; bien'qu'il se soit efforcé à élaborer une doctrine sociale cohérente, seules ses idées sur la réforme de la propriété foncière lui ont valu une certaine notoriété passagère dans des milieux autres que le cercle restreint de ses disciples et fidèles. En dépit des efforts du prof. RENS, on a pu dépeindre récemment le système collectiviste de Constantin PECQUEUR (1801-1887) comme antérieur et préférable à celui de Karl MARX (1818-1883), tout en passant sous silence que l'ouvrage du baron Du Pacte social... (1835) devance le livre sur L'Economie sociale (1836) de PECQUEUR, et sans se référer à la discussion qu'a suscitée ce problème de paternité à l'époque (XX; aussi XXIX, p. 11 note 12) (1).

Que M. RENS organise lui-même ce colloque prouve déjà qu'il est parfaitement conscient du fait que ni sa trilogie colinsienne (XXIX + XXX + XXXIII ni ses écrits épars (o.a. XXXI et XXXII) n'ont épuisé son sujet favori. D'ailleurs, est-ce que le médecin vétérinaire M. MAMMERICKX n'a pas réussi entre-temps à combler une lacune dans nos connaissances de la vie du baron, à savoir l'impact de son séjour à l'école d'Alfort (XXII) ? Petit à petit, j’ai détecté d'autres thèmes qui attendent leur RENS. Par exemple, nous ignorons à peu près tout des relations entre COLINS et Félicité DE LAMENNAIS (1782-1854) ; espérons donc que le prof. Louis LE GUILLOU et la "Société des Amis de Lamennais" qu'il anime nous permettent d'y voir clair en publiant des documents nouveaux. Un autre problème à élucider est celui de l'influence exercée par l'évangile de l'Ecole colinsienne en Allemagne et en Hollande. En ce qui concerne l'Allemagne, il n'y a pas seulement plusieurs paragraphes sur les idées collectivistes de l'Ecole dans un livre fort répandu du très in- fluent Adolf DAMASCHKE (1865-1935) (V) (2)., mais déjà en 1880 César DE PAEPE (1842-1890) lui-même a discouru à fond sur le socialisme rationnel (IX). Et en Hollande, vingt ans avant la parution des pages copieuses de H.P.G. QUACK (1834-1917) (XXXIII, pp. 453-472) (3)., fêté en temps opportun comme le révélateur du baron dans ce pays (XIV), Ferdinand DOMELA NIEUWENHUIS (1846-1919) cataloguait l'Ecole colinsienne dans la rubrique des socialismes semi-étataires, ce qui n'est pas dénué d'intérêt (XII, pp. 315-323). Par contre, je ne suis pas sûr que l'écrivain MULTATULI (ps. d'Eduard Douwes DEKKER ; 1820-1887) ait eu des accointances avec des colinsiens (cf. XXXIII p. 75).

* * *

Devant faire face à une série d'aspects inexplorés du colinsisme qualitate qua, j'ai pesé le pour et le contre de quelques sujets à la fois valables et intéressants. Faute de documentation suffisante, j'ai dû renoncer à une vérification de l'originalité de la pensée du baron à la lumière des rumeurs d'après lesquelles il aurait été inspiré par des idées du futur premier président argentin Bernardino RIVADAVIA (1780-1845). (XXXIII p. 455 note). Un autre projet séducteur, notamment une étude comparative de la théorie de la langue du vicomte L.G.A. DE BONALD (1754-1840) (VI) et celle du baron a aussi dû être abandonné, cette fois-ci faute de temps (cf. XXIII pp. 45-48). Comme COLINS a été durant de longues années un militaire de carrière, versé dans l'art de la guerre et familiarisé avec la réalité du champ de bataille, en outre témoin (parfois oculaire) d'insurrections et de révolutions avortées, l'idée m'est venue de glaner des indices qui reflètent les opinions polémologiques de l'Ecole colinsienne et de son fondateur, dont le nom ne figure nulle part dans le livre de base du prof. israélien Edouard SILBERNER né en 1915 (XXXIV).

Je prends pour point de départ la conception de l'histoire que COLINS a élaborée. Conformément à l'esprit du temps et à la façon d'Henri DE SAINT-SIMON (1760-1825) et d'Auguste COMTE (1798- 1857) (4)., il a formulé sa propre loi des trois états. Elle est dérivée du postulat, ou plutôt du dogme, de l'immatérialité de l'âme (celle-ci répondant à la circonlocution colinsienne) qui sert de soubassement à son système entier (cf. GLOSE A) et, typique pour les eschatologies du XIXème siècle, elle présuppose l'axiome du progrès linéaire bien que limité dans le temps. Dans la terminologie d'Emile DE LAVELEYE (1822-1892), il s'agit de l'évolution de l'humanité du régime théocratique à travers le régime démocratique vers le régime logocratique (XX, p. 293). Autrement dit, l'humanité a d'abord vécu dans une longue ère d'ignorance sociale, reposant sur des règles soi-disant révélées et caractérisées par l'ordre que le despotisme a su imposer à l'aide de moyens sociaux (esclavage et expropriation du sol), culturels (monopole du savoir et inquisition) et économico-politiques (mesures prohibitives et fanatisme nationaliste). Grâce à la découverte de l'imprimerie trois formes de réaction se sont manifestées - le protestantisme religieux, le protestantisme politique, le protestantisme social - et ont balayé cette ère maudite. Simultanément a commencé une période transitoire basée sur des opinions, mais hélas génératrice de troubles permanents qui culmineront dans l'anarchie morale, politique et économique la plus complète, d'où surgira enfin tôt ou tard la souveraineté de la Raison, voire de la science réelle, et de l'éternelle harmonie autour de la justice sociale (cf. IX, pp. 43-49 et 57-58).

Sauf erreur de ma part, vers la fin de sa vie mouvementée COLINS est devenu ou bien impatient ou bien sceptique. Sinon comment apprécier à sa juste valeur sa proclamation en 65 articles à l'attention d'un autocrate qui est sensé conduire les citoyens de son Etat vers le stade du bonheur intégral, en attendant que d'autres suivront son exemple ? Indépendamment du fait que ce recours à un messie de cette trempe (cf. art. 14), dont la fonction est héréditaire (art. 16) en dépit de l'abolition des droits héréditaires traditionnels (art. 16 et 17), surprend sous la plume de quelqu'un qui s'acharne à faire triompher la révélation scientifique, le document est précieux, ne fût-ce qu'en vertu du rôle de l'armée dans l'utopie colinsienne. Car nous apprenons que le service militaire est obligatoire ; la jeunesse masculine majeure servira pendant cinq années consécutives dans l'armée de guerre aussi longtemps que le paradis ne sera pas encore de ce monde, ou cinq années consécutives dans l'armée de paix après la consolidation de ce paradis terrestre (art. 11). Les effectifs de l'armée de guerre resteront constamment sous les drapeaux jusqu'à la disparition des dernières nationalités (art. 56). Cette armée de guerre déteste a priori l'esprit de conquête (art. 61) et l'agression (art. 62) ; elle exécutera en temps de paix des travaux publics d'envergure (art. 58). S'il arrive qu'un autre Etat déclenche une guerre, elle ripostera sans merci, inconditionnellement, et en cas de victoire respectera le droit à l'auto-détermination de l'Etat vaincu, après avoir éliminé au préalable les obstacles à une paix durable (art. 63).

Cette proclamation est assez vague et, de surcroît, un tantinet énigmatique. Voici cinq problèmes ou plutôt points d'interrogation concrets. Primo, le but et le fonctionnement de l'armée de paix m'échappent. Secundo, je ne comprends pas pourquoi le commerce international serait confié à la marine de guerre (art. 49). Tertio, je cherche en vain le deus ex machina grâce auquel les nationalités disparaîtront. Quarto, je me demande par quel miracle les autocrates s'effaceront après avoir rempli leur tâche et établi sur terre la justice sociale. Quinto, j'ai bien peur que le baron n'ait pas réalisé qu'il préconisait l'Etat fort, le socialisme national et sans doute un totalitarisme de bonne facture (cf. GLOSE B). A mon humble avis, l'explication de ces faiblesses doit être cherchée dans le caractère utopique du prophétisme et du millénarisme colinsiens, analysés de main de maître par le prof. RENS dans une mise en parallèle des solutions du baron et de Charles FOURIER (1772-1837) (XXXII). Mais quoi qu'il en soit, le document figure dans le troisième volume d'un ouvrage intitulé De la justice dans la science, hors l'Eglise et hors la révolution, écrit par COLINS en réponse à l'ouvrage De la justice dans la révolution et dans l'Eglise (1858) de Pierre-Joseph PROUDHON (1809-1865), "l'enfant terrible de la prétendue science actuelle" (XXX, p. 353), et publié posthumément par ses apôtres (1861). Maintes fois PROUDHON a été le point de mire de la critique colinsienne, non sur le plan personnel, uniquement à cause de divergences de vue doctrinales. Il n'a pas daigné riposter sérieusement, que je sache; tout au plus y a-t-il eu l'une ou l'autre réaction sans lendemain par personne interposée, e.a. celle du demi-transfuge espagnol Ramón DE LA SAGRA (1798-1871) (XXIX, p. 142). Néanmoins, des disciples du baron se sont crus "fondés à dire que, peu de temps avant sa mort, PROUDHON a entrevu le principe supérieur, la vérité morale par excellence, l'idée comme il l'appelle, servant de base au droit réel, telle qu'il a pu la lire dans les œuvres de COLINS" (XVII, p. 385) ; ils renvoient, bien entendu, au liber posthumum de PROUDHON De la capacité politique des classes ouvrières"(1873), considéré par QUACK comme son testament (XXVIII, p. 463; XXVI, p. 13).

L'irascibilité des colinsiens à l'égard de PROUDHON eut principalement rapport au paupérisme. J'y reviens dans quelques instants, mais je préfère d'abord faire quelques remarques à propos d'Emile DE GIRARDIN (1806-1881), l'introducteur du volume en question. Ce célèbre journaliste dirigea La Presse, qui devint un des journaux les mieux informés et les plus littéraires du siècle. Il fut du reste un des premiers à saisir l'importance de la réclame pour la presse écrite. Intime du baron sans succomber à la tentation de son zèle ensorceleur, il fut en quelque sorte la conscience vivante du réformateur COLINS. Il existe, par exemple, une lettre dans laquelle DE GIRARDIN est invité, ou plutôt incité, à émettre des observations: "Lisez-moi, réfutez-moi. J'ai besoin de critiques" (XV, p. 3). Au demeurant les deux amis ne se sont ménagés ni l'un ni l'autre. La preuve en est leur polémique sur nombre de points brûlants, e.a. sur l'armée. Le deuxième tome du livre Qu'est-ce que la science sociale ? (1853), le plus systématique des ouvrages du baron à ce qu'en dit QUACK (XXVIII, p. 621), contient une réfutation en règle des thèses girardiniennes, y comprises les deux qui concernent directement le différend sur l'armée: liberté et armée sont incompatibles, et la paix doit être organisée sans tarder. La réponse de COLINS est nette et sans équivoque: la première thèse est exacte, c'est-à-dire que jamais aucune liberté n'a existé. La deuxième thèse est erronée, la fin des nationalités étant la condition sine qua non de la paix. Lorsque DE GIRARDIN publia en 1859 un livre sur le désarmement, plein d'invectives contre les armées, le baron a rétorqué que "la science et l'expérience de tous les siècles prouvent... qu'il est aussi impossible d'anéantir les armées avant les nationalités, qu'il le serait d'anéantir les effets avant d'anéantir les causes" (XXIX, p. 160).

Quel contraste entre le réalisme du baron lorsqu'il importe d'évaluer les chances du moment en fonction des leçons du passé et son utopisme dès qu'il se mue en futurologue et discourt en fonction d'une éthique sociale de son propre cru (5).. Quoi d'étonnant dans ces conditions à ce que l'anti-proudhonisme de l'Ecole colinsienne soit également marqué par ce cercle vicieux. La question du paupérisme a été traitée partiellement sous forme d'un dialogue entre PROUDHON et COLINS par Adolphe HUGENTOBLER (1810-1890) (XVII, pp. 231-382), mais le mécène suisse du baron n'échappe pas à ce manichéisme économico-social, bien que ce dualisme sous-jacent n'exclue nullement une suite logique dans l'enchaînement des idées. Son livre possède d'ailleurs les qualités d'un abrégé bien fait et résume à merveille les convictions du maître vénéré. Prenons le cas des nations ou des nationalités ou encore des peuples, car HUGENTOBLER emploie ces termes pêle-mêle, comme des synonymes. Tant qu'il y en aura, "il n'y a de juge possible entre elles, comme au sein de chacune d'elles, que la force" (XVII, p. 216). Etant donné qu'il est quasi impossible de les isoler, d'éviter donc la force brutale, "les guerres et les révolutions avec leur inséparable cortège de misères, de spoliations, d'atrocités et de ruines, deviennent pour ainsi dire l'état normal des nationalités en contact" (XVII, p. 217). D'où la chose impérieuse à faire, "c'est de fusionner tous les peuples en un seul, c'est de remplacer les nationalités par l'unification sociale du genre humain tout entier sous un seul et même toit" (XVII, p. 218), bref la réalisation de l'Etat universel. On fait ainsi d'une pierre deux coups: la fraternité universelle entre les hommes ira de pair avec l'élimination de "la hideuse et horrible plaie sociale du paupérisme" (XVII, p. 218). Soit dit en passant, le rêve de l'Etat universel est apparemment une espèce d'archétype, car il réapparaît régulièrement à la surface, e.a. après la Deuxième Guerre mondiale même dans un écrit assez curieux d'Ernst JUNGER, né en 1895, un écrivain allemand renommé peu imbu de sentimentalisme humanitariste (XIX).

Ce résumé des idées colinsiennes en matière de militarisme et de guerre me permet d'aborder les vues de PROUDHON se rapportant aux mêmes sujets. Pendant son exil en Belgique, criblé de dettes mais escomptant l'avenir, PROUDHON a mis sur papier la quintessence de ses réflexions polémologiques. Trois ou quatre brouillons insatisfaisants ont rapporté enfin les deux tomes qui, après d'étranges périples, ont paru en 1861 sous le titre La Guerre et la Paix (XXV). Leur contenu a effrayé pas mal de ses admirateurs, à tel point que PROUDHON s'est exclamé amèrement: "Suis-je devenu fou, ou si le monde se crétinise ?" (XXVI/, p. 177). Vous savez que le prof. RENS a schématisé en sept points la démonstration que COLINS a faite de l'existence de réalités non phénoménales, immatérielles, des sensibilités ou des âmes, qui font de l'homme un être tout à fait différent des autres animaux, démonstration couronnée bien entendu d'un fier quod erat demonstrandum euclidien (XXXIII, col. 180-182). Or, dans sa lettre très importante du 3 juin 1861 au citoyen ROLLAND, PROUDHON donne une énumération en sept propositions qui emboîte le pas à la démonstration colinsienne : 1/ la guerre est un fait surtout d'ordre psychologique; 2/ ce fait est resté mystérieux à cause de l'élément moral qu'il renferme; 3/ cet élément moral méconnu est le droit à la force; 4/ de la compétence de ce droit à la force se déduisent les lois de la guerre; 5/ ces lois de la guerre sont constamment violées ; 6/ la guerre étant irréformable, cette violation des lois de la guerre ne peut être empêchée; 7/ puisqu'elle n'est pas susceptible de réforme, la guerre prendra fin sous peu (XXVII, pp. 177-178 ; cf. aussi pp. 186-187). Et PROUDHON de recourir à l'autodéfense face à ses lecteurs outragés ou désillusionnés: "Je démolis le militarisme en expliquant le phénomène de la guerre, en montrant sa fin prochaine; - je donne une base au droit des gens, en prouvant contre tous les légistes qu'il y a une juridiction de la guerre, un droit de la force; en montrant que dans cette juridiction guerrière est la sanction première de tout droit humain, et l'on me chante que je glorifie la force..." (XXVII, p. 179).

PROUDHON récidive: aussi peu qu'il a prouvé et seulement affirmé la disparition prochaine de la religion (XXIV, pp. 26-36), aussi peu a-t-il démontré et seulement prophétisé la fin prochaine de la guerre (6).. Lui aussi a donné dans le panneau du dogmatisme en prenant ses vœux pour argent comptant sous la couverture d'un raisonnement rigoureux, qui, en dernière analyse, est réductible aux bienfaits de son moyen habituel : l'automatisme. Du reste, abstraction faite de leur penchant commun pour le wishful thinking, le vœu pieux, les paragraphes précédents prouvent que COLINS et PROUDHON n'ont rien de commun en matière du couple antithétique guerre et paix. Le baron interprète la guerre comme un mal en soi qu'il s'agit de remplacer au plus tôt par la paix définitive, en abolissant évidemment les nationalités. PROUDHON proclame la guerre inhérente à l'humanité et enseigne que la paix s'établira par la reconnaissance du droit de la force, sans que la suppression des nationalités soit chose de rigueur, mais en poussant l'idée fédéraliste (cf. XXVI). Tous deux rattachent la guerre au paupérisme, mais PROUDHON ne fait pas la distinction entre paupérisme matériel et paupérisme moral, chère aux colinsiens (cf. XVII). Quoi qu'il en soit, l'ouvrage de PROUDHON étant sorti deux ans après le décès du baron, il incomba à Agathon DE POTTER (1827-1906), qui deviendrait par la suite le chef spirituel de l'Ecole, de battre en brèche les hérésies proudhoniennes du point de vue de l'orthodoxie colinsienne. A cet effet, DE POTTER a essayé de renverser la théorie incriminée de deux manières: par voie directe, c'est-à-dire en la réduisant à l'absurde, et par voie indirecte, c'est-à-dire en montrant des contradictions internes. Cette dissection, parue en 1862, fut destinée expressis verbis à une large audience (X, p. III), ce qui implique, à mon sens, une forte dose prosélytique de la part de DE POTTER.

Il serait fastidieux de répéter les griefs avancés contre l'adversaire, d'autant plus que deux exemples suffisent pour se rendre compte des limites de sa logique d'airain engagée. Le médecin hardi et colinsien attitré reproche e.a. à PROUDHON l'indétermination du vocable "guerre". Cela est-il vrai? Vérification faite, je m'aperçois qu'il méconnaît - sciemment? - une donnée mise en relief par Georges GURVITCH (1894-1965) dans sa dernière communication scientifique, à savoir "qu'en bon socio- logue, il (PROUDHON) visait à montrer que la guerre pouvait changer de sens, qu'il y a d'ailleurs plusieurs sortes de guerres (guerres entre les Etats, bien sûr, mais aussi guerres entre les classes sociales), et qu'il existe également des guerres qui, au fond, ne sont rien d'autre que des compétitions, qu'il s'agisse de la libre concurrence, ou des compétitions entre groupes économiques placés dans des situations plus ou moins équivalentes" (XVI, pp. 7-8). Regardé de près, DE POTTER n'a pas fait justice non plus de la notion du droit des gens. A ses yeux, ce droit des gens, "ou la règle d'après laquelle les rapports entre nations doivent avoir lieu", "ne peut être exclusivement que la force brutale" (X, p. 52). En guise de preuve il pose des questions embarrassantes: "qui fera observer la prescription de suspendre les hostilités" ? - "s'il est de l'intérêt des nations les plus fortes de ne pas cesser les hostilités, qui pourra les y contraindre?" (X, p. 54). Questions que son maître à penser a escamotées dans sa proclamation précitée mais qui ne touchent guère la préoccupation centrale de l'adversaire. Je souscris volontiers à l'avis de QUACK, selon lequel la théorie proudhonienne du droit des gens était l'anticipation de la doctrine du Prince de BISMARCK (1815-1898), et n'a été comprise qu'après un laps de temps considérable (XXVIII, p. 611).

Pour autant que je puisse en juger, c'est dans une perspective philosophique que la signification véritable de l'effort de DE POTTER se découvre. N'oublions pas qu'il a existé, dès le début, un désaccord épistémologique profond entre COLINS et PROUDHON. Je pense e.a. au syllogisme, poussé en avant par le baron et les siens comme le "seul moyen, en définitive, de parvenir à la connaissance" (X, p. 16) et désavoué par PROUDHON comme une curiosité philosophique qui "lors même qu'elle rencontre juste, ses conclusions sont toujours illégitimes" (XXIV, p. 50). Il serait tentant d'insérer ce désaccord dans la discussion savante du XIXe siècle à propos de la validité des procédés d'investigation connus sous les dénominations déduction et induction (cf. II et XXI). D'ordre épistémologique est également le principe de contradiction utilisé par PROUDHON avec prédilection et combattu par les colinsiens avec acharnement. DE POTTER ne rate pas l'occasion de rappeler que PROUDHON a été jusqu'à ériger ce principe en fondement de la logique, en prétendant que "Chaque proposition est vraie mais à condition que le contraire le soit aussi" (X, p. 19) et que la guerre et la paix sont une seule et même chose (X, p. 71). Il aurait pu encore s'esclaffer à propos de l'adage proudhonien Destruam et aedificabo (je détruirai et je construirai) (XXVI, p. 27). Cet aspect du désaccord épistémologique s'inscrit dans le cadre d'une recherche sur la fortune de l'hégélianisme en France.

* * *

Mon sujet mérite d'être approfondi et élargi. Approfondi grâce au dépouillement minutieux et systématique de la production du baron. Elargi en ce sens qu'une étude comparative des idées polémologiques des Erostrates de la plume et des Erostrates de l'action du siècle précédent, celles du baron et de PROUDHON incluses, serait souhaitable. En marge de ces travaux, il faudrait creuser un problème subsidiaire: pourquoi tant de novateurs sociaux du XIXe siècle ont si facilement percé le mur du silence, tandis que COLINS reste au purgatoire des incompris? Récemment, le surréaliste Sarane ALEXANDRIAN a voulu démontrer qu'à peu près toute la philosophie sociale moderne dérive des innovations des socialistes romantiques. C'est ainsi qu'il appelle un certain nombre d'économistes et de philosophes de nationalité française à ne pas confondre avec les utopistes également français. Car ces socialistes romantiques "annoncent des réalités sous forme de prédictions, de paraboles, afin de captiver l'attention du lecteur" (I, pp. 24-25) et, malgré leurs extravagances, "se refusent à un bouleversement violent de la société" (I, p. 26). ALEXANDRIAN exclut de ce cortège de réformateurs PROUDHON qui se serait imposé au dos de ces personnages en pillant leurs livres. Il frappe d'étonnement que son diagnostic de l'homme PROUDHON recoupe celui de DE POTTER : pour lui c'était un orgueilleux (I, p. 30), selon DE POTTER un vaniteux (X, p. 21)... Inversement COLINS manque au palmarès d'ALEXANDRIAN, bien que, en dépit de sa position spiritualiste (cf. infra GLOSE A), sa place soit parmi les socialistes romantiques qu'il met sur un piédestal.

Quelles sont alors les raisons de ce manque de succès du vivant du baron et pourquoi les performances de l'Ecole qui s'est réclamée de ses idées et de ses intuitions se sont-elles soldées par un échec? Comment se fait-il que PROUDHON survit dans notre siècle, comme le montrent aussi bien la lecture de certains livres d'un Bertrand DE JOUVENEL, né en 1903, (VII) par exemple que les recherches récentes culminant dans le déterrement d'une idéologie fasciste en France par Zeev STERNHEL, né en 1935, (XXXVI, e.a. p. 24 à propos du Cercle Proudhon) ? La graphomanie de COLINS a certainement joué un rôle et elle continue à l'heure présente à décourager le chercheur bien intentionné: une quarantaine de tomes publiés et des inédits qui auraient encore donné 44 volumes de 400 pages chacun (XXIII, p. 77). Pire, c'est un véritable tour de force d'isoler dans cet amas de logomachies, de citations, de prises de position et d'énoncés de tout ordre les grains d'or de la gangue. Peut-être y a-t-il, cependant, un autre facteur important à envisager. Je veux dire l'absence aussi bien d'un slogan mobilisateur, comme le fameux dicton de PROUDHON "La propriété, c'est le vol", que d'un apologue percutant, comme la parabole de SAINT-SIMON (cf. XXXVIII, pp. 152-154).

Piet Tomissen

GLOSE A. - Sur ce point, je ne suis pas d'accord avec le prof. RENS. Le baron fut le héraut d'un spiritualisme athéiste dont la métaphysique tient en quelques énoncés: 1/ la pensée humaine est conditionnée par la présence simultanée de deux choses, à savoir un principe immatériel nommé "sensibilité" ou "âme" et un cerveau hautement organisé et intimement lié à un corps matériel; 2/ en dehors de l'homme, il n'y a que la nature purement matérielle qui obéit à des lois immuables; 3/ il n'y a pas eu création, d'où - ex nihilo nihil- la superfluité d'un Dieu créateur et l'éternité totale (donc dans le passé comme dans le futur) de la matière. Ce dernier énoncé a été pour beaucoup de contemporains de COLINS une véritable pierre d'achoppement: est-ce que l'affirmation d'une âme immortelle en niant le divin ne semble pas une contradictio in terminis ? Par exemple pour un César DE PAEPE, mais surtout pour Louis DE POTTER auquel il a fallu toute une décennie avant de se résigner à la méta- physique colinsienne (IX, p. 39 note). De celle-là découlent d'ailleurs des conclusions originales sur l'automatisme des animaux, l'origine du langage, la question religieuse, l'amour charnel, le problème de la souffrance. Or, le prof. RENS estime que le baron a démontré l'immatérialité de l'âme, bien qu'elle repose sur l'axiome de la sensibilité réelle de l'homme p. 309). Or, je n'admets pas qu'on puisse démontrer quoi que ce soit sans en avoir eu, au préalable, ne fût-ce qu'une intuition. De surcroît, l'immatérialité de l'âme n'est pas falsifiable dans le sens de Karl Raimund POPPER né en 1902 et, en conséquence, elle est non-scientifique. A noter que notre différend est indissociable de deux problèmes: la fonction du raisonnement déductif dans la quête colinsienne et la genèse des idées du baron (les sources écrites et autres).

GLOSE B. - Certes, cette autocratie diffère de la dictature du type classique. Mais elle est tout de même fondamentalement antidémocratique et égalisatrice par vocation. Il faut se rappeler que les expériences de notre siècle qu'on appelle à tort et à travers totalitarismes, ont été au départ des réactions anticapitalistes et se sont efforcées, dès la prise du pouvoir, d'uniformiser les cerveaux en remplaçant la culture par l'idéologie. Il va de soi que les colinsiens se sont préoccupés de l'Etat le plus apte à instaurer en premier une autocratie. Du reste pas mal de suggestions du baron s'expliquent à la lumière de son propre passé; ainsi ses idées en matière d'éducation et de punition ont été influencées par sa carrière militaire. On aurait tort de négliger ses connaissances de la doctrine catholique et son éducation (sciences physiques) dans l'élaboration de son système dont le caractère est passablement totalitaire.


Notes:

[1]. Je ne prétends nullement que les efforts du prof. RENS auraient été faits en vain. Le baron revient de nouveau à la surface, dans l'un ou l'autre livre; cf. IV pp. 53-55. Le sociologue Julien FREUND, né en 1921; m’écrit ceci: "Figurez-vous qu'il m'est arrivé à plusieurs reprises de consacrer, du temps que j'étais professeur, des passages de mes cours à COLINS. C'est vous dire que je l'ai lu, et que pour moi il est autre chose qu'un inconnu. D'ailleurs on trouve également dans ma bibliothèque l'ouvrage annoté d'Ivo RENS" (lettre du 18 déc. 1983).

[2]. Ce livre contient d'ailleurs quelques coquilles amusantes: Albert au lieu d'Agathon DE POTTER et César au lieu d'Hippolyte DE COLINS.

[3]. L'ouvrage magistral de ce compilateur au sens critique aigu, soit six tomes, ainsi que les deux volumes supplémentaires dus à Willen RAVESTEYN (1876-1971), viennent d'être réédités. A noter que QUACK fait l'objet d'une étude récente (XI).

[4]. COLINS a consacré un ouvrage à la pensée comtienne. Malheureusement il n'est pas seulement resté inédit, le manuscrit semble perdu (XXIII, p.77).

[5]. Le livre de M. GUIZART (XV) est un condensé pratique de l'éthique colinsienne.

[6]. Pour un résumé des thèses proudhoniennes, cf. xxxv.


SIGLES BIBLIOGRAPHIQUES:

I. S. ALEXANDRIAN, Le socialisme romantique, Paris, Ed. du Seuil, 1979, 461 p.

II. Alexandre BAIN (1818-1903), Logique déductive et inductive (trad. Gabriel Compayré), Paris, Germer Baillière, 1881, 2 tomes, XLIV-420 et 665 p.

III. H. (DE) COLINS, Qu'est-ce que la science sociale ?, Paris, 1853, tome 2, 507 p.

IV. Paul-Victor COLLIN, Abrégé de l'histoire des doctrines économiques et sociales, Bruxelles, Ed. des Cahiers du Service social du Ministère de la Santé Publique et de la famille, s.d. (1973 ?), V-138 p. (il existe une traduction néerlandaise).

V. A. DAMASCHKE, Geschichte der Nationalökonomie. Eine erste Einführung, Jena, Fischer, 13e éd. revue, 1922, tome 2, IV-442 p.

VI. L.G.A. DE BONALD, Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, Bruxelles, De Mat, 4e éd. revue, 1845,477 p.

VII. B. DE JOUVENEL, Le Réveil de l'Europe, Paris, Gallimard, 1938, 286 p.

VIII. E. DE LAVELEYE, Le Socialisme contemporain, Paris, Germer Baillière, 2e éd., 1883, III-XLIV-335 p.

IX. C. DE PAEPE, "Die soziale Wissenschaft nach Colins und De Potter", in Jahrbücher für Sozialwissenschaft, vol. 1 n° 1, 1880, pp. 26-58.

X. L. DE POTTER, Qu'est-ce que la guerre et la paix? - Examen de l'ouvrage de M. Proudhon sur la guerre et la paix, Bruxelles, s.n., 1862, 111-128 p.

XI. R. DE RUIG, "Mr. H.P.G. Quack : de ongebroken kracht van de illusie", in Bijdragen en Mededelingen betreffende de geschiedenis der Nederlanden, vol. 98 no 2, 1983, pp. 191-211.

XII. F. DOMELA NIEUWENHUIS, De geschiedenis van het socialisme. Amsterdam, Van Looy 1902, deel 2, 11-368 p.

XIII. E. ESCARRA, Nationalisation du sol et socialisme. Etude d'histoire des doctrines économiques, Paris, Jouve, 1904, 332 p.

XIV. Félix GUILLEAUME, "M. Quack, révélateur de Colins en Hollande", in Revue du socialisme rationnel, vol. 1904-05.

XV. Maurice GUIZART, Science sociale, selon la pensée de Hippolyte Colins, La Guilde, s.d., 75 p.

XVI. G. GURVITCH, "Proudhon et Marx", in Cahiers internationaux de Sociologie vol. 40 n° 1, janv.-juin 1966, pp. 7-16.

XVII. A. HUGENTOBLER, Extinction du paupérisme, Paris, Gougy, 1871, II, 412p.

XVIII. Paul JACKSON, "'Freiland', Theodor Hertzka's Liberal-Socialist Utopia", in German Life and Letters, vol. 33 no 4,juillet 1980, pp. 269-275.

XIX. E. JÜNGER, L'Etat universel. - Organisme et organisation (trad. Henri Plard), Paris, Gallimard, 1962, 123 p.

XX. Bernard LA VERGNE, "Le système collectiviste de Constantin Pecqueur antérieur et préférable à celui de Karl Marx", in Revue d'économie politique, vol. 81 no 6, nov.-déc. 1971, pp. 1017-1024.

XXI. Louis LIARD, Les Logiciens anglais contemporains, Paris, Alcan, 4e éd., , 1901 V, 179 p.

XXII. M. MAMMERICKS: "Jean-Guillaume de Colins de Ham, un agronome alforien aux sources du socialisme et de la sociologie", in Recueil de médecine vétérinaire, tome 147, juillet et août 1971, pp. 743-764 et 859-875.

XXIII. Jules NOEL, Un philosophe belge. Colins, Mons/Paris, Eds de la Nouvelle Société, 1909, 87 p.

XXIV. P.-J. PROUDHON, De la création de l'ordre dans l'humanité, ou Principes d'organisation politique, Paris, Librairie internationale, nouvelle éd., 1868, II-394 p.

XXV. P.-J. PROUDHON, La Guerre et la Paix. Recherches sur le principe et la Constitution du Droit des Gens, Paris, Librairie internationale, nouvelle éd., 1869, 2 tomes, II-322 et II-333 p.

XXVI. P.-]. PROUDHON, Du principe fédératif et de la nécessité de reconstituer le Parti de la Révolution (rééd. Charles-Brun), Paris, Bossard, 1921, 222 p.

XXVII. P.-J. PROUDHON, Lettres au citoyen Rolland (5 oct. 1858-29 juillet 1862), Paris, Grasset, 1946, 289 p.

XXVIII. H.P.G. QUACK, De Socialisten. Deel III : Het tijdvak tusschen de jaren 1830 en 1850 (Frankrijk), Amsterdam, Van Kampen, 4e éd. revue, 1922, VI-624 p.

XXIX. I. RENS, Introduction au socialisme Baconnière, 1968, 547 p.

XXX. I. RENS, Anthologie socialiste colinsienne, Neuchâtel, A la Baconnière, 1970,358 p.

XXXI. I. RENS, "Colins de Ham", in Biographie Nationale (belge), Bruxelles, Bruylant, 1971, tome 37 col. 168-191.

XXXII. I. RENS, "Utopie et millénarisme chez Fourier et Colins", in Revue Suisse d'histoire, vol. 22 n° 4, 1972, pp. 573-590.

XXXIII. I. RENS et William OSSIPOW, Histoire d'un autre socialisme. L'Ecole colinsienne 1840-1940, Neuchâtel, A la Baconnière, 1979, 209 p.

XXXIV. E. SILBERNER: La Guerre et la Paix dans l'histoire des doctrines économiques, Paris, Sirey, 1957, LVII-242 p.

XXXV. André STEPPE, "Proudhon et la Guerre", in Socialisme, vol. 8, no 43,janv. 1961, pp. 73-85.

XXXVI. Z. STERNHELL, Ni droite ni gauche. L'idéologie fasciste en France, Paris, Eds du Seuil, 1983, 412 p.

XXXVII. P. TOMMISSEN (1925), "Note sur Effertz et Pareto", in Giornale degli Economisti e Annali di economia, vol. 33 no 1,janv.-févr. 1974, pp.166-175.

XXXVIII. Daniel VILLEY, "Discussion d'un 'cas' de théorie économique: le sophisme du cheval mangeur", in Revue d'économie politique, vol. 66 no 6, nov.-déc., 1956, pp. 143-176.