colinsdeham.ch: Anthologie Socialiste Colinsienne: I. Chapitre VII : Colins : L'économie politique, source des révolutions et des utopies prétendues socialistes.
Anthologie Socialiste Colinsienne



I. Chapitre VII : Colins : L'économie politique, source des révolutions et des utopies prétendues socialistes, tome II, (1857) pp. 224 à 237

DEUX AVEUGLES

PARLANT DES COULEURS

ou

deux académiciens discourant sur la science (suite)

DIALOGUE XVIII

Peines et récompenses futures. — Sanction

Le vulgaire croit généralement ; et, tant que l'ignorance sociale n'est point anéantie, le vulgaire, en fait d'ordre, se trouve au sommet de l'échelle sociale ; le vulgaire, dis-je, croit généralement que la question d'ordre se trouve : entre des orthodoxes et des hérétiques ; entre des royalistes et des républicains ; entre des légitimistes et des quasi-légitimistes ; entre des républicains d'une ou d'autre couleur ; entre des économistes et des socialistes ; entre des propriétaires et des communistes. C'est une erreur, la question d'ordre se trouve EXCLUSIVEMENT : entre ceux qui affirment que la sanction religieuse est nécessaire à l'existence sociale ; et ceux qui affirment que la société peut exister sans être basée sur une sanction religieuse, socialement commune à tous les individus. Quand cette question sera socialement résolue, toutes les autres le seront : car elles en sont des déductions nécessaires.

Colins, Qu'est-ce que la Science soc., t. I, (1853) p. 186.

X. Nous avons à parler aujourd'hui des peines et récompenses futures, c'est-à-dire : de la sanction religieuse. Je conçois que ce soit très-facile pour le dictionnaire de l'ignorance ignorée ; mais ce ne doit pas l'être autant pour le dictionnaire de l'ignorance reconnue.

Z. Et pourquoi donc ?

X. C'est, qu'à cet égard, le dictionnaire de l'ignorance ignorée peut insérer toutes les calembredaines qu'il voudra : pourvu qu'elles soient plus ou moins en rapport avec les préjugés, les croyances du vulgaire. Mais, dès qu'il s'agit du dictionnaire de l'ignorance reconnue, il faut donner des valeurs claires, précises et ne renfermant rien d'absurde. Or, et surtout sur ce sujet, cela me paraît peu facile.

Z. Vous êtes comme celui qui doit s'élever jusqu'au sommet d'une énorme montagne. Jamais, dit-il, je n'y arriverai. Et c'est vrai, s'il ne l'essaye pas. Mais, s'il fait un pas, puis un autre, puis un autre... il parvient à son but ; et le dernier pas lui coûte moins de peine que le premier.

X. Eh bien ! montons. Soyons deux ; je m'appuyerai sur vous. Auparavant, néanmoins, voyons ce que dit le dictionnaire de l'ignorance ignorée aux mots ENFER et PARADIS.

Z. Vous oubliez le purgatoire ; et, celui-là c'est le moins irrationnel, au moins il n'est que temporel.

X. Alors, voyons ces trois mots. J'ouvre le dictionnaire et je trouve.

" ENFER, s. m. (on prononce le R), lieu destiné pour le supplice des damnés. "

À l'article PIERRE PHILOSOPHALE je trouve :

" L'art de transmuer les métaux en or. "

Et les deux définitions sont données avec le même sérieux.

Z. Et n'y a-t-il pas de citations ?

X. Non. Mais le dictionnaire de Boiste, ayant moins de responsabilité dit :

" Mahomet, après avoir fait renfermer les femmes, supprima l'enfer... "

Z. Pour supprimer l'enfer, renfermer les académiciens eût été, je pense, une mesure plus efficace.

X. Mauvais plaisant ! Mais vous l'êtes académicien.

Z. C'est une raison pour que je connaisse mon mérite. N'y a-t-il pas d'autres citations.

X. En voici une autre.

" Les menaces indiscrètes de l'enfer l'on fait révoquer en doute : la peur est tour à tour crédule, puis incrédule. "

Z. Ce sont les oscillations inévitables de l'ignorance. La science n'est : ni crédule, ni incrédule. Il paraît que le dictionnaire de Boiste ne croit pas plus à l'enfer que le dictionnaire de l'Académie. Les dictionnaires sont incrédules ; et, relativement à l'ordre, vie sociale, incrédule est pire que crédule. Un maniaque est plus dangereux qu'un crétin.

Est-ce tout ?

X. Non ; en voici encore une autre.

" Est-il encore un homme de sens, qui croie aux revenants, au DIABLE ? " Article SENS.

Z. C'est la négation de l'enfer.

X. Au mot PARADIS, je trouve :

" PARADIS, s. m. jardin délicieux... le paradis terrestre.

" Il signifie aussi, le séjour des bienheureux qui jouissent de la vision de Dieu. "

Il signifie aussi, me paraît placé là, en seconde ligne, plus bas encore que la pierre philosophale.

Et voilà comme le dictionnaire traite les bases exclusives de l'ordre, vie sociale.

Z. N'y a-t-il pas de citations ?

X. En voici une du dictionnaire de Boiste.

" De fausses promesses de paradis ont rendu des milliers d'hommes dignes de l'enfer. "

Z. Allons ! les dictionnaires ne croient : ni à l'enfer éternel ni au paradis éternel. Croient-ils au purgatoire ?

X. Nous allons le voir.

" PURGATOIRE, s. m. lieu où les âmes de ceux qui meurent en grâce vont expier les péchés dont ILS n’ont pas fait une pénitence suffisante en ce monde. "

Z. Comment ! ILS ? L'Académie française ne sait donc pas le français ! C'est ELLES qu'il fallait. Est-ce que le mot âme n'est pas un féminin ?

X. Mais le ILS se rapporte à ceux qui meurent dans la grâce.

Z. Très-bien ! Mais qui a péché ; les âmes sans doute, et non point le corps. Alors les âmes sont seules coupables ; et c'est elles qu'il fallait dire. Il y a plus ! Savez-vous que le paradis, l'enfer, et le purgatoire de votre dictionnaire sont entachés de matérialisme.

X. Comment cela, s'il vous plaît ?

Z. Si les âmes sont immatérielles, elles ne peuvent souffrir qu'unies à des organismes. Or, comme les corps ne vont ni en enfer, ni en paradis, ni en purgatoire, les âmes qui souffrent sont des âmes matérielles. C'est à cause de cela, que les premiers Pères de l'Église soutenaient que les âmes étaient nécessairement matérielles. Mais, laissons les Pères de l'Église et les académiciens s'arranger entre eux sur le paradis et l'enfer ; et dites-moi si le dictionnaire ne donne aucune citation au mot purgatoire.

X. En voici, données par le dictionnaire de Boiste.

" On est tenté de regarder notre globe, comme l'enfer, ou, tout au moins, le purgatoire de quelque planète. "

Z. Savez-vous : que cette citation serait mieux placée au dictionnaire de l'ignorance reconnue qu'au dictionnaire de l'ignorance ignorée ! Au moins, elle ne répugne en rien au bon sens ; et si l'immatérialité des âmes était incontestablement démontrée, l'hypothèse du dictionnaire serait également incontestable.

X. Doucement, s'il vous plaît ! Vous voilà au sommet de la montagne et je n'ai pas encore fait un pas. Aidez-moi, je vous prie, mais ne m'abandonnez pas.

Z. Eh bien ! voyons ! qu'est-ce donc qui vous embarrasse ?

X. Je voudrais savoir comment il est possible : que, si l'immatérialité des âmes était incontestablement démontrée, la proposition que notre monde est un enfer, ou mieux un purgatoire, serait aussi incontestablement démontrée. Je n'aperçois point, entre ces deux propositions, la liaison qui peut les rendre identiques.

Z. Nous sommes demeurés d'accord, je pense : que raison, justice, et droit sont une seule et même chose ; et que si l'une existe, en réalité, toutes les trois existent nécessairement.

X. C'est vrai.

Z. Et, quelle est la condition nécessaire, pour que raison, justice et droit, existent réellement et non point illusoirement ?

X. Que l'anthropomorphisme et le panthéisme soient démontrés être des erreurs ; et que l'immatérialité, l’éternité des âmes soient démontrées être la vérité. À cet égard nous restons d'accord.

Z. Ainsi cette démonstration faite, vous êtes convaincu : que la raison éternelle, la justice éternelle, le droit éternel sont des vérités et non des hypothèses.

X. Sans aucune espèce de doute.

Z. Si la raison éternelle, la justice éternelle, le droit éternel existent, leur application n'est-elle pas exclusivement relative aux personnes et dans le temps ?

X. C'est incontestable : puisque les atteintes à la raison, à la justice, au droit, ne peuvent être commises que par des personnes et dans le temps ; et que la sanction ne peut frapper que des personnes et dans le temps : les âmes, non unies à des organismes, ne pouvant exister que dans l'éternité ; et ne pouvant ni jouir, ni souffrir. L'être libre peut seul mériter ou démériter ; l'être libre peut seul être récompensé ou puni.

Z. Ah ça ! dites donc ? Il me paraît que vous voulez arriver au sommet avant moi.

X. Comment cela ? Il me semble que je n'ai pas changé de place.

Z. Si l'organisme est resté stationnaire, l'intelligence a marché. Continuons !

Si la raison éternelle, la justice éternelle, le droit éternel existent, n'est-il pas incontestable : que, toute atteinte à la raison, à la justice, au droit, doit être punie ; et que, tout sacrifice à la raison, à la justice, au droit, doit être récompensé : soit dans cette présente vie, soit dans une vie future de la même individualité : puisque la vie des âmes est éternelle.

X. C'est rationnellement incontestable.

Z. Si la raison éternelle, la justice éternelle, le droit éternel existent, n'est-il pas incontestable : que toute souffrance ou jouissance, non méritées dans la présente vie, sont des peines ou des récompenses, de mérite ou de démérite, relatifs à une ou plusieurs vies antérieures ?

X. C'est incontestable, sous peine de non-existence : de raison de justice ; de droit.

Maintenant, je devrais être au sommet. Eh bien ! je ne domine pas encore l'horizon tout entier.

Z. Dites-moi quel est le point qui vous est voilé ?

X. Si je n'ai pas mémoire des vies antérieures, comment serai-je assuré des vies postérieures ?

Z. Ceci est une réminiscence académique.

Si les âmes sont immatérielles, les mémoires appartiennent exclusivement aux organismes. Quant aux vies antérieures et postérieures, elles sont incontestables : dès que l'immatérialité, l'éternité des âmes se trouve incontestablement démontrée.

X. Il m'est de toute impossibilité d'opposer à ce raisonnement l'ombre d'une raison. C'est qu'il est si difficile de s'émanciper de préjugés qui vous dominent dès l'enfance ; et, qui se trouvent protégés par une fausse instruction.

Z. C'est vrai. Pour extirper un préjugé, il est, sinon nécessaire, au moins utile d'en connaître la source. Voulez-vous que nous remontions à la source du préjugé qui rend la mémoire d'une vie à une autre, nécessaire à l'existence de la sanction religieuse ?

X. Ce que je vais vous dire est une sottise. Mais, cette preuve, par sentiment, me sera peut-être aussi utile que la preuve par incontestabilité de raisonnement.

Z. Je le conçois : quand le cerveau est malade, il faut le guérir, avant de vouloir le faire servir au raisonnement.

La sanction religieuse, illusoire ou réelle, doit être socialement acceptée comme réelle : sous peine de non-existence d'ordre, vie sociale, vie humanitaire.

Quand la sanction religieuse, ne peut encore être démontrée réelle par le raisonnement, il faut qu'elle soit imposée, comme réelle, par sentiment, par la foi.

Vouloir faire accepter, par sentiment, par préjugé, la réalité de la sanction religieuse ; c'est-à-dire la punition ou la récompense dans une autre vie, des actions coupables ou vertueuses ; et cela sans laisser pour cette autre vie, la mémoire des actions méritoires ou déméritoires commises dans la présente vie, eût été braver les passions, irriter le sentiment et aller directement contre le but que l'on se proposait : la liaison des actions d'une vie à une autre. Il est évident, qu'à défaut de raisonnement rendu incontestable, la mémoire est le seul lien possible qui puisse lier deux vies.

En outre : pendant toute l'époque d'ignorance sur la réalité de la sanction religieuse, le sacerdoce, représentant, interprète de la législation révélée, doit dominer la société sous peine de mort sociale. Or, le plus puissant moyen de domination est de pouvoir disposer du bien-être et du mal-être des individus, dans la vie future. Et, ce moyen de domination est inhérent à la conservation de la mémoire d'une vie à une autre. C'est seulement lorsque l'examen vient montrer l'absurdité des âmes pensantes, que l'anarchie, suite nécessaire de l'absence de sanction religieuse par la foi, vient forcer à chercher, par le raisonnement, la démonstration incontestable de la réalité de la sanction religieuse. Et l'un des préjugés qui s'opposent le plus à l'acceptation de cette démonstration est celui relatif à la continuation d'une vie à une autre, ainsi que vous le voyez par vous-même.

X. Ce que vous dites, est incontestablement vrai. Et, me voilà, maintenant, au sommet de la montagne : sous la condition, néanmoins : que l'immatérialité, l'éternité des âmes, sera démontrée, d'une manière rationnellement incontestable.

Z. C'est juste. Mais, rappelez-vous que cette condition n'est point nécessaire pour établir le dictionnaire de l'ignorance reconnue. Cette condition est relative au dictionnaire de la science. Pour nous, actuellement, il nous suffit de savoir ce qui est nécessaire : pour que la sanction religieuse ne soit point absurde. C'est là notre sommet de la montagne. Y êtes-vous arrivé ?

X. Complètement. Pour vous le prouver, laissez-moi vous présenter quelques réflexions à cet égard.

Il est évident : que les 99/100es des souffrances de cette vie n'ont point été méritées par ceux qui les éprouvent : soit parce que leur enfance ne leur a pas encore permis de pécher ; soit parce que les circonstances, dans lesquelles ils se sont trouvés, indépendamment de leur volonté, ont obstrué leur liberté. Avec la foi anthropomorphique, qui fait commencer notre individualité avec cette vie, il n'y a pas moyen d'attribuer le démérite à une vie antérieure. De là, surtout en présence de l'incompressibilité de l'examen, des murmures contre l'éternelle justice ; et, du murmure à la négation, il n'y a qu'un pas.

Avec la sanction religieuse incontestablement rationnelle, socialement vulgarisée, plus de murmure. Chaque souffrance est acceptée avec soumission, résignation, bonheur même : car cette souffrance vous présente un avenir exempt de dette ; ou, tout au moins, exempt de la dette que vous venez de payer.

Ai-je compris ?

Z. Parfaitement.

DIALOGUE XIX

Religion. — Unité de religion. — Unité de droit. — Anéantissement

des nationalités. — Bonheur social.

Les religions veillent sur les crimes secrets ; les lois veillent sur les crimes publics.

Voltaire.

Point de vertu sans religion ; point de bonheur sans vertu.

Diderot.

L'oubli de toute religion conduit bientôt à l'oubli de tous les devoirs.

J.-J. Rousseau.

Z. Que dit le dictionnaire au mot RELIGION.

X. Le voici.

" RELIGION, s. f. le culte qu'on rend à la Divinité. "

Z. Que dites-vous de cette définition ?

X. Je dis : que, si l'anthropomorphisme est absurde ; il suit de cette définition : que toute religion est absurde. Savez-vous que me vautrer ainsi dans toutes les saletés académiques commence à me dégoûter. J'ai bien envie de jeter le froc aux orties.

Z. Vous n'en ferez rien. Si nous n'étions pas de l'Institut, il ne faudrait pas y entrer : ce serait une faiblesse. Mais, nous en sommes, il ne faut point en sortir : ce serait aussi une faiblesse. Nous pouvons y être utiles, il faut y rester.

X. Y être utiles ! comment ? Nous connaissons notre ignorance, cela est vrai ; mais nous ne connaissons pas la science. Que dire à ces négateurs, quand nous ne pouvons rien affirmer ?

Z. Comment ! rien affirmer ? vous plaisantez donc ? Affirmer la science, même en pouvant en démontrer la réalité, n'est rien : tant que la science n'est point devenue socialement nécessaire. Cette nécessité existe-t-elle ?

X. Sans l'ombre d'un doute.

Z. Pouvez-vous l'affirmer ?

X. Et le prouver qui plus est : aussi clairement que l'Académie des sciences peut prouver ; que le carré de l'hypoténuse est égal aux carrés établis sur les deux autres côtés du triangle.

Z. Alors, restez donc à l'Institut ; et profitez de l'ombre d'autorité que ce titre vous donne pour tenter la guérison de quelques habitants de ce Charenton scientifique. Si Colins avait été de l'Institut, il aurait, au moins, été écouté. Je suis certain qu'il ne voudrait pas y entrer ; mais je suis certain aussi que, s'il s'y était trouvé, il ne voudrait point en sortir. Le suicide est une lâcheté. Nous sommes dans cette vie ; il faut y rester.

X. Allons ! conservons la livrée de l'espérance. C'est celle qui nous convient du reste ; c'est celle de l'ignorance : le sage n'espère pas : il est content ; il est certain.

Z. Vous êtes bien noir, aujourd'hui !

X. C'est vrai. J'ai soif... soif de vérité. Et la soif fait souffrir plus encore que la faim.

Z. Eh bien ! vous pouvez vous satisfaire. Le puits de la vérité est dans le jardin de l'ignorance reconnue, buvez !

X. Buvez ! le puits est bien profond ; et je deviendrai vingt fois hydropique avant d'arriver à la vérité.

Z. Eh bien ! mordez au fruit de l'arbre de la science ; avant même de vous en être assimilé le suc, vous vous trouverez soulagé.

X. Si vous pouviez me prouver cette proposition, ce serait un propre que je préférerais à votre figuré.

Z. C'est facile.

X. Si c'est facile, faites donc ! et ne me faites pas attendre. Vous oubliez que j'ai soif.

Z. Tenez ! buvez !

La justice éternelle existe ou n'existe pas.

X. Accordé.

Z. Si l'éternelle justice n'existe pas, vous êtes un automate, une machine, un rien. Vous gémissez comme la bise siffle ; vous souriez comme le zéphyr papillonne. Souffrir ou jouir appartient alors au néant de réalité.

Si l'éternelle justice existe ; tout est bien : jusqu'à votre soif de vérité. Peut-être dans une vie antérieure avez-vous déjà porte l'habit vert ; et, sous la livrée de l'ignorance ignorée, vous aurez méprise lavérité. Dans ce cas, votre soif actuelle est la punition de votre mépris passé. Résignez-vous, et réjouissez-vous : l'expiation efface la coulpe. Et ce que je dis pour vous, pour nous, je le dis aussi pour l'humanité. Si notre humanité arrivait à la connaissance, avant que son expiation ne fût accomplie, la justice éternelle n'existerait pas.

Voyons soyez calme ! et revenons au mot religion.

X. Soit Mais, à quoi bon ? Tout ce que nous avons dit, depuis notre premier entretien, pouvait être trouvé et dit, par tout homme quelconque, ayant existé depuis l'origine de l'humanité et ne se refusant point à écouter le sens commun. Et pourquoi sommes-nous les premiers à l'exposer ?

Z. Parce que cela devait être.

X. Et pourquoi continuerions-nous à l'exposer ?

Z. Parce que c'est notre devoir de le faire.

X. Nous ne serons pas écoutés.

Z. Cela ne nous regarde pas. Bientôt, vous lirez sur la pierre de Colins :

" L'ordre moral, c'est l'éternelle harmonie : entre la liberté des actions et la fatalité des événements. "

La liberté appartient au temps ; la justice à l'éternité.

X. Vous avez raison. Allons, parlez ! je répondrai. Mais, pour le moment, cet entretien sera le dernier. J'ai besoin de me distraire. Je vais voyager.

Z. Dans ce cas, allons vite.

Que dira le dictionnaire de l'ignorance reconnue au mot RELIGION ?

X. Il dira :

" Lien des actions, avec le bien-être ou le mal-être, dans les différentes vies composant la vie éternelle ; selon qu'elles sont commises conformément ou contrairement à la conscience. "

Z. Et, s'il lui est demandé : la religion existe-t-elle, en réalité ? que répondra-t-il ?

X. Qu'il n'en sait pas le premier mot.

Z. Et, si la démonstration de la réalité du lien religieux était hypothétiquement admise, le dictionnaire de l'ignorance reconnue dirait-il quelles (1)seraient les conséquences de cette démonstration ?

X. Sans aucune espèce de doute.

Z. Voudriez-vous m'énumérer et m'exposer rapidement les principales conséquences de cette démonstration ?

X. Très-volontiers.

La démonstration de la réalité du lien religieux serait également la démonstration de la réalité du droit.

La démonstration de la réalité du lien religieux, de la réalité du droit, constituerait l'unité de religion et de droit.

L'unité de religion et de droit anéantirait les nationalités, expression d'ignorance, causes exclusives du mal social.

L'anéantissement des nationalités, par l'unité de religion et de droit, constitue nécessairement LE BONHEUR SOCIAL.

Z. Quel galop !

X. C'est vrai. Puisse-t-il doubler encore en m'éloignant de ce prétendu temple de la science, caverne de l'ignorance !

Adieu !

Z. Le malheureux ! il veut quitter l'Institut ; et, il est encore académicien ! Laissons-le galoper ; en galopant, il réfléchira ; et, il nous reviendra plus calme.

(Colins : L'économie politique, source des révolutions et des utopies prétendues socialistes, tome II, (1857) pp. 224 à 237.)


[1]. Le texte de l'édition originale comporte " qu'elles ". I. R.