colinsdeham.ch: Anthologie Socialiste Colinsienne: I. Chapitre VI : Colins : Science sociale.
Anthologie Socialiste Colinsienne



I. Chapitre VI : Colins : Science sociale, tome V (1857), pp. 171 à 260

DÉMONSTRATION DE L'IMMATÉRIALITÉ DES ÂMES

A. Mémoire

La nature nous donne des cerveaux ; la société nous donne ses pensées.

Bonald, Recherches philosophiques, t. I, p. 19.

Avec plus de simplicité... on pourrait raisonner dans toutes les sciences comme on raisonne en mathématiques ; et, en mathématiques, le raisonnement deviendrait aussi pénible, aussi vague et aussi incertain que dans les sciences les plus obscures, si on effaçait de leur langue les traits qui en font toute la perfection.

Supposons, en effet, qu'on ait cent noms différents pour exprimer les cent premiers nombres, et que la plupart de ces noms prennent un sens différent dans la bouche de ceux qui s'en servent ; supposons, par exemple, que lorsque je dis quinze, mon voisin entende seize, un autre vingt, un autre quarante ; n'est-il pas évident qu'on passera toute sa vie, qu'on passerait tous les siècles à disputer sans jamais s'entendre ? Or, nous le demandons, et le lecteur nous a sans doute prévenu, que fait-on dans les sciences morales, et quelles langues parlent-elle ? On peut en juger par le nom des facultés de l'entendement...

Ce n'est pas la nature des idées qui fait qu'en général on raisonne moins bien dans les sciences morales que dans les sciences mathématiques ; c'est l'imperfection des langues qu'elles parlent.

Laromiguière, Réflexions sur la langue des calculs,

p. 40 ; Paris, 1805.

L'erreur n'est jamais si difficile à détruire que lorsqu'elle a sa racine dans le langage. Tout terme impropre contient un germe de propositions trompeuses ; il forme un nuage qui cache la nature des choses et met un obstacle souvent invincible à la recherche de la vérité.

Jérémie Bentham, Traité des preuves judiciaires, liv. III, ch. 1.

Que signifie le mot mémoire ? Pour le savoir, allons au dictionnaire. Écoutons !

" MÉMOIRE, s. f. sans pluriel. Memoria, faculté de l'âme de se souvenir. "

Maintenant, allons au mot se souvenir. Là, nous trouvons :

" SE SOUVENIR, avoir mémoire. "

Ainsi, selon le dictionnaire, la mémoire est, pour l'âme : la faculté d'avoir de la mémoire.

Allons au mot âme, pour en savoir davantage !

" ÂME, s. f. Anima, principe de la vie, — du mouvement, — des hommes, — de tous les êtres vivants. "

Et, comme la vie n'est que mouvement ; voilà que le mot MÉMOIRE signifie :

" Faculté du mouvement d'avoir de la mémoire. "

Comprenez-vous ce galimatias ?

Soyons plus clair !

Nous ne savons pas encore : s'il y a des âmes ; autres, que les résultantes matérielles.

Chaque individu, apparent ou réel, se présente constamment, à ceux qui sont capables de le juger, avec un ensemble de propriétés qui le font considérer : comme, étant toujours le même être, malgré la différence des temps. Chaque molécule, chaque force même, possède en soi des qualités : qui, constituent son individualité phénoménale. C'est, par la, qu'elle manifeste son identité ; en prenant, au figuré, l'expression active manifester. Cet ensemble de propriétés, manifestant identité, est ce que nous appellerons mémoire : comme, faisant rappeler : que, chaque individualité phénoménale, est toujours elle. Nous savons : que, cet ensemble de qualités, est seulement ce qui rappelle l'identité, à ceux qui raisonnent. Mais : comme nous ne savons pas, si l'être phénoménal dont il est question, possède ce que celui qui raisonne appelle mémoire ; comme nous ne savons même pas encore ; si, nous-mêmes nous avons une âme, en réalité ou en apparence ; et, par conséquent, si nous nous manifestons en réalité ; ou, si la matière seule nous fait faire, ce que nous appelons nous manifester ; il est évident : que, pour les individualités qui ne sont pas nous, nous devons, provisoirement, appeler mémoire : les ensembles de qualités qui feront reconnaître les individualités, par ceux qui raisonneront, par ceux qui auront une mémoire : dans le sens qu'ils attachent à ce mot pour eux-mêmes. Ensuite, il faudra rechercher : où, parmi les individualités qui ne sont pas nous, il y a des mémoires, semblables à celle qui nous permet de raisonner ; ou, tout au moins, sert à nous faire croire : que, nous sommes capables de raisonner.

Les individualités, qui ont À PEU PRÈS la même mémoire, constituent : les coupes arbitraires, nommées espèces ; et, il n'y aura d'espèce réelle : que, s'il y a des individualités, ayant des mémoires : ABSOLUMENT IDENTIQUES. Si, par exemple, nous reconnaissons : qu'il y a des âmes réelles, identiques par conséquent, en tant qu'immatérielles ; si, alors, elles ont une manifestation ABSOLUE de leur immatérialité ; nous dirons : que, les individus : ayant des âmes ; ayant des mémoires ; c'est-à-dire, toujours dans le même sens, des manifestations ABSOLUMENT IDENTIQUES ; constituent l'espèce RÉELLE ; et, que les autres prétendues espèces, ne sont espèces : qu'ILLUSOIREMENT.

Continuons à rechercher, la valeur que doit avoir le mot mémoire : abstraction faite d'âme, de sentiment d'existence, de sensibilité ; abstraction faite de la valeur indéterminée que nous donnons actuellement au mot mémoire ; valeur tellement indéterminée, que nous ne savons : ni, où elle est : ni, ou elle n'est pas ; du moment que nous cessons de parler de notre propre individualité ; apparente ou, réelle.

La mémoire, caractérisant primitivement une individualité phénoménale, se modifie : par diverses circonstances extérieures. Lorsque, ces circonstances sont dirigées par une volonté, dans un but quelconque, les modifications acquises, en tant que considérées comme plus ou moins durables, peuvent se nommer résultats d'éducation.

Donnons quelques exemples : d'éducation, dont les mémoires sont susceptibles.

Le carbonate calcaire rhomboïdal, isolé de tout corps conducteur, se souvient, ou a mémoire, pendant plusieurs jours, du plus léger attouchement ; c'est-à-dire : qu'il donne à l'électromètre, des preuves plus ou moins durables de la modification que le simple contact d'une autre individualité lui a fait éprouver ; qu'il en ait eu, ou qu'il n'en ait pas eu conscience ; qu'il l'ait sentie, ou qu'il ne l'ait pas sentie ; dans le sens que nous attachons à ces mots, peu importe. Il en est de même : pour la topaze ; pour la tourmaline, etc.

La mémoire, ou l'ensemble des caractères, se modifie d'une manière plus durable encore ; même, avant d'arriver à ce que nous appelons des individualités organiques. Dans une barre de fer doux, la mémoire magnétique s'y trouve, pour ainsi dire, à l'état liquide ; tant, elle est susceptible de modification. Placez une barre, dans l'axe de l'inclinaison magnétique, vous lui trouverez des pôles opposés parfaitement distincts. Renversez la barre, toujours dans le même axe, les pôles changeront : comme, si vous renversiez une bouteille, dans laquelle se trouveraient deux liquides de densités différentes. Donnez, ensuite, un coup de marteau à cette barre toujours, dans le sens de l'axe ; la mémoire liquide : se solidifie se fixe ; cristallise pour ainsi dire ; et, se conservera longtemps. Aimantez, enfin, un barreau d'acier ; et, la mémoire durera des siècles : même en augmentant par l'exercice.

Citons quelques exemples, relatifs aux végétaux.

Des graines conservent leur mémoire reproductive, quelquefois des milliers d'années. Des variétés, acquises par l'éducation, se transmettent par bourgeons, etc., etc.

Si, nous quittons les individualités fixées au sol, pour passer aux individualités locomobiles nommées animaux, et, toujours en faisant abstraction d'âme ou de sensibilité ; nous voyons la mémoire se modifier, en raison des circonstances où chacune se trouve, en raison de la complexité de l'organisme ; et finir, par se centraliser dans le cerveau.

Arrivé à l'homme, la mémoire matérielle, primitive ou instinctive, se modifie avec tant de facilité : que, la mémoire, primitive ou instinctive, devient presque méconnaissable. Elle se modifie, aussi, avec tant de facilité dans le singe : que, nous disons : qu'il a l'instinct d'imitation ; ce qui est dire, tout simplement : que, sa mémoire se modifie, avec une excessive facilité.

En descendant l'échelle, cette facilité de cultiver, de modifier la mémoire, d'éduquer les individualités, diminue. Ce n'est plus, alors, sur les individus isolés : que, les effets de l'éducation se remarquent ; mais, ils se retrouvent, relativement aux générations ; et, l'on produit des variétés ; des races ; de prétendues espèces ; avec d'autant plus de facilité : que, l'on descend plus bas sur l'échelle.

Nous savons : que, l'emploi que nous venons de faire du mot mémoire, aura d'abord de la peine à se faire admettre. Chacun éprouvera une espèce de répugnance : à s'en servir, sous ce rapport. C'est, que notre mémoire, depuis qu'elle est en exercice ; et, celle des hommes, depuis l'origine de l'humanité ; est modifiée de manière : à associer les idées de sensibilité, de sentiment d'existence, et de mémoire. Voici, par exemple, le raisonnement : inhérent à l’époque d'ignorance primitive :

Il y a en moi : sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. Il y a, chez les autres hommes : sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. Les signes conventionnels qui l'expriment le prouvent incontestablement. À la vérité, il n'y a pas de signes conventionnels, pour exprimer : que, la sensibilité ou le sentiment de l'existence se trouve, en dehors de l'homme, chez les êtres locomoteurs dits animaux. Mais, rien ne prouve : que, ces signes conventionnels soient la caractéristique obligée, d'un sentiment d'existence uni à un organisme ayant une mémoire centralisée, dans des circonstances où se trouvent les animaux. Il y a d'ailleurs, à cet égard, un critérium également certain. L'homme a des sens : qui servent à le conserver dans la vie ; et, à le propager dans le temps. Cette conservation et cette propagation s'effectuent : par la satisfaction de besoins qu'il éprouve. Des besoins, éprouvés et satisfaits, démontrent l'existence du bien-être et du mal-être. Le bien-être est jouissance, le mal-être est souffrance. Partout, où il y a jouissance et souffrance, il y a sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. La jouissance et la souffrance sont, dès lors, un critérium pouvant servir à déterminer : l'être ayant sensibilité ou sentiment d'existence et mémoire. Donc, partout où je verrai des êtres locomoteurs, se conservant comme individus et comme espèce, au moyen de sens, j'en conclurai : que, chez ces êtres, il y a : besoins, moyens de satisfaire ces besoins, bien-être, mal-être, jouissance, souffrance, mémoire, sensibilité ou sentiment d'existence ; par conséquent âme ; et, je nommerai ces êtres : ANIMAUX.

Il est facile de reconnaître : combien, le raisonnement que nous venons de donner, comme nécessairement produit par l'ignorance primitive, est digne de son origine. En effet, ce raisonnement est complètement illusoire. À la vérité il dit : que, rien ne prouve : que, les signes conventionnels soient la caractéristique obligée, d'une sensibilité réelle, unie à un organisme ayant une mémoire centralisée ; et, se trouvant dans certaines circonstances. Mais aussi, il ne dit pas : qu'il y a impossibilité : que, cette preuve soit donnée. Il y a là ignorance ; et, cette ignorance, non reconnue, est le point de départ : de ce mauvais raisonnement.

Ce même raisonnement ajoute ensuite : qu'il y a, pour l'existence de la sensibilité, un critérium, aussi certain que les signes conventionnels : la jouissance et la souffrance. Cela est incontestablement vrai. Mais, ce même raisonnement affirme : qu'il y a jouissance et souffrance, partout où il y a : locomotion ; des sens apparents ; conservation de la vie ; ainsi que propagation dans le temps. Or, c'est la conclure par analogie ; et, nullement par identités (1). C'est même conclure, au moyen d'analogies fort grossières ; dès, que l'on veut : comparer des êtres, placés à une certaine distance les uns des autres ; et, se servir des règles ci-dessus, pour déterminer l'animalité.

Par exemple : les plantes se conservent dans la vie et se propagent dans le temps ; et, les plantes ne sont point reconnues : comme ayant sensibilité réelle et mémoire centralisée ; conditions nécessaires, pour qu'il y ait jouissance et souffrance. Néanmoins, beaucoup de plantes se meuvent ; et, beaucoup de prétendus animaux ne se meuvent pas. Puis, beaucoup de prétendus animaux manquent de plusieurs sens, au point : que, nos facultés de médecine, ici seules compétentes, ne reconnaissent plus : que, le canal digestif, pour caractéristique essentielle de l'animalité.

Voilà, donc, l'animalité réduite à un canal d'absorption et d'excrétion ; tel, qu'il y en a tant chez les végétaux ; c'est-à-dire : réduite à des attractions et à des répulsions vitales.

Pour que le raisonnement, donné par l'ignorance primitive, pour déterminer l'animalité, pût devenir rationnellement incontestable ; il faudrait : au lieu d'avoir pris la jouissance et la souffrance apparentes, pour critérium de la sensibilité réelle ; prendre, au contraire, la sensibilité réelle, pour critérium de jouissance et de souffrance réelles : puisque la jouissance et la souffrance réelles dérivent de la sensibilité réelle ; et non, la sensibilité réelle de la jouissance ou de la souffrance apparentes. C'est-à-dire, qu'il faudrait : avoir trouvé la caractéristique essentielle, ESSENTIELLE, remarquons-le bien, de l'union de la sensibilité réelle à une organisation locomotrice, ayant une mémoire centralisée ; et, connaître qu'elles sont les suites résultant, nécessairement, de la société de plusieurs êtres ayant cette union pour essence ; dans le cas, que l'état de société fût nécessaire : au développement de cette caractéristique.

Si, l'on était parvenu à ce but ; il serait facile de dire : là, il y a sensibilité réelle et mémoire centralisée ; par conséquent : intelligence ; jouissance ; souffrance ; RÉELLES. Là, il n'y a : que, mémoire centralisée ; et, point de sensibilité réelle ; par conséquent : point d'intelligence ; point de jouissance ; point de souffrance ; RÉELLES. Mais, jusque-là, une pareille détermination est absolument impossible ; et, dans l'affirmation : qu'en dehors de l'homme, il y a : sensibilité réelle ; intelligence réelle ; l'homme, qui ne reconnaît d'autorité, que le raisonnement rendu incontestable, ne peut voir : que préjugé. Et, il en est évidemment de même : pour la souffrance et la jouissance RÉELLES ; puisque, jouir et souffrir n'est qu'une modification : de la sensibilité proprement dite.

De ce qui précède, il s'ensuit : que, si les idées vulgaires venaient à se trouver rectifiées, relativement à la croyance : que, la sensibilité existe en dehors de l'homme ; il faudrait également qu'elles fussent rectifiées, relativement à la croyance : que, la jouissance, la souffrance et l'intelligence sont inséparables de la mémoire ; dans le cas qu'on veuille qu'il y ait de la mémoire en dehors de l'humanité. Et, comme nous allons prouver : que, ces mêmes croyances sont des erreurs ; nous admettrons l'expression mémoire, avec une valeur pouvant exister : même, en faisant abstraction de la sensibilité. Relativement a l'homme, cette expression aura une valeur propre. En dehors de l'homme, elle aura une valeur figurée, ayant pour signification : l'ensemble des qualités qui font reconnaître l'identité des individualités, par ceux qui ont une mémoire réelle.

Si, malgré la répulsion actuelle à donner de pareilles valeurs à l'expression mémoire, nous préférons nous servir de ces valeurs, plutôt que de faire usage de l'expédient, si commode, d'inventer un nouveau mot ; c'est, qu'en faisant du néologisme, l’analogie se fût trouvée perdue ; et que, près de ceux qui ne se sont pas encore fait un devoir de raisonner par identités, l'analogie est, pour ainsi dire, la seule ressource que l'on puisse avoir pour se faire comprendre.

Résumons ce que nous venons de dire sur, les différentes espèces de mémoire.

Le préjugé donne, à ce que nous appelons figurément mémoire des corps inorganiques, le nom de propriétés sans épithète. Les savants néanmoins, commencent à diviser ces propriétés : en physiques et chimiques.

Le préjugé donne, à ce que nous appelons figurément mémoire des corps organiques abstraction faite de centre nerveux, le nom de propriétés vitales. Ce sont les propriétés : physiques, chimiques, et organo-électriques.

Le préjugé donne, à ce que nous appelons figurément mémoire des corps organiques ayant centre nerveux, le nom de propriétés vitales, et de propriétés ou facultés intellectuelles. Il réserve le nom de mémoire, pour les propriétés relatives à l'intelligence, considérée comme conservatrice des modifications. Et cela, avant de s'être assuré : que, les êtres auxquels il attribue cette mémoire, aient réellement la sensibilité ; par conséquent, avant de s'être assuré : que, ces êtres peuvent avoir des propriétés intellectuelles ; au lieu de n'avoir : que, des propriétés cérébrales.

Il est évident : qu'en dehors du préjugé ; et, que du moment qu'il est fait abstraction de toute démonstration incontestable, relativement à la détermination des êtres où il y a sensibilité réelle ; les expressions : propriétés physiques, chimiques, organo-électriques, vitales et intellectuelles n'ont que des valeurs différant du plus au moins, comme les expressions règnes, par des limites plus ou moins arbitraires ; et, que toutes ces expressions peuvent être remplacées, avec avantage, par le mot mémoire signifiant : ensemble des qualités rappelant l'identité des individualités.

Passons, maintenant, au siège de la mémoire ; toujours considérée abstraction faite de la sensibilité réelle ; sensibilité, que nous devons laisser en dehors, pour aussi longtemps ; que, nous ne savons point préciser partout où elle existe ; mémoire que, sous le rapport d'ensemble de qualités, nous distinguerons par l'épithète de matérielle : ce que nous devons faire, logiquement ; jusqu'à ce que nous soyons convaincu : non-seulement, qu'il en existe une autre espèce ; mais, encore, que nous puissions déterminer parfaitement : là, où elle est ; là où elle n'est pas.

Voyons, dès lors, comment les diverses espèces de cette mémoire générique diffèrent entre elles, sous le rapport du siège ; selon, que les individus, caractérisés par ces différentes mémoires, sont : locomoteurs ; ou, seulement locomotibles.

Parmi les individualités, seulement locomotibles ; il y a : des êtres inorganiques ; et, des êtres organiques.

Dans la matière inorganique et corporelle ; la mémoire des individus moléculaires ne paraît avoir, pour siège : que, des pôles.

Dans la matière organique, la mémoire, chez les végétaux, se trouve pour ainsi dire généralement répandue. En s'élevant sur l'échelle, elle se concentre néanmoins ; et, de plus en plus : dans la graine.

ALIGN="JUSTIFY">Mais, passons rapidement aux individus locomoteurs. Ne nous arrêtons même pas sur la série presque infinie des infusoires (2). Et, faisons observer : que, les divisions par règnes, nécessairement arbitraires, laissent en dehors, sous le rapport de locomotivité, une foule d'êtres dits animaux : qui ne sont que locomotibles ; et, que nous devons cependant embrasser : dans le règne dit locomoteur.

En effet : quel titre a l'éponge pour être le point de départ du prétendu règne animal ? Est-ce : parce qu'elle aspire et expire l'eau ? Les plantes font mieux. Elles aspirent le gaz acide carbonique, s'assimilent le carbone, ce qui est bien digérer ; et, expirent ou sécrètent l'oxygène. Y a-t-il là, différence de règne ? Serait-ce pour la locomotivité ? Mais, l'éponge ne quitte pas le sol ; et, beaucoup de graines, avant de germer, se meuvent absolument comme des animaux. Est-ce pour la spontanéité des mouvements ? Sous ce rapport, la sensitive présente des apparences : que, certainement, l'éponge n'offre pas. Est-ce pour la mémoire ? L'éponge n'offre pas la moindre trace de tissu nerveux. Et, c'est dans ce tissu, que, la mémoire relative à la sensibilité, doit se trouver ; dit : la science.

Voila, donc, un animal, en dehors de la sensibilité proprement dite. C'est, un animal : qui, n'est pas animé ; qui, n'est pas un animal. Voilà, une animalité sans mémoire : dans le sens du préjugé.

Mais, où donc commence ce tissu nerveux, siège de mémoire et de

prétendue sensibilité ? Il est absolument impossible de le dire ; car, la transition du tissu élémentaire zoologique, au tissu nerveux, est aussi insensible : que, la transition des propriétés inorganiques, aux propriétés organiques.

Élevons-nous : jusqu'à ce que nous trouvions, évidemment, ce tissu nerveux. Arrivons au polype d'eau douce. Si, ce tissu nerveux est le siège : de l'animalité ; de l'âme ; d'une sensibilité réelle ; indépendante de la vie ; d'une immatérialité, et de ce qui seul peut la manifester ; d'une mémoire figurément dite, capable, par sa centralisation, de devenir mémoire proprement dite ; l'âme, qui sert de base à cette dernière mémoire, est essentiellement une. Si, néanmoins, ce polype vient à être coupé en morceaux ; vous avez, de suite autant de prétendues sensibilités ; autant d'âmes, autant de mémoires que de tronçons. Singulière immatérialité : que, celle qui se divise et se multiplie, à coups de ciseaux. C'est, cependant, à de pareilles âmes : que, l'on accorde la spontanéité RÉELLE : pour peu, qu'elles soient unies à de la matière. Il est vrai : que, les matérialistes se sauvent de ce ridicule, en affirmant : que, la sensibilité est un résultat de l'organisme. Mais, nous n'oublierons pas ces Messieurs. Ici, il ne s'agit encore : que, de mémoire.

Peut-être, le siège : de la mémoire réelle ; de la sensibilité réelle de l'âme enfin ; est-il exclusivement : un cerveau.

Soit ! Qu'est-ce qu'un cerveau ?

Il est aussi impossible de le dire, déterminément, qu'il l'est de déterminer : le tissu nerveux. Le tissu nerveux se transforme en cerveau, en passant : par l'état ganglionnaire ; par des transitions aussi insensibles : que, le tissu nerveux passe à l'état de ganglions.

Un siège spécial n'est donc point nécessaire : à la mémoire matérielle. Cependant, dans le langage dit scientifique, une mémoire n'est attribuée, dans le règne zoologique ; qu'aux individus, ayant un centre nerveux indéterminément, nommé cerveau ; et, l'observation démontre : que, cette mémoire retient les modifications ; et même les renouvelle : par la seule action des forces organiques ; et, avec d'autant plus de facilité : que, l'organe cérébral est plus complexe ; plus développé.

Le siège ne différencie donc point, essentiellement, les diverses espèces de mémoires. Et, la mémoire de toute individualité locomotrice, fût-ce même celle d'un homme, dès que celui-ci est considéré abstraction faite de la sensibilité ; ou, même en faisant seulement abstraction de la sensibilité développée dans le temps ; ce qui inclut dans cette catégorie l'homme avant le verbe : cette mémoire, disons-nous, est tout aussi exclusivement matérielle que, la mémoire d'un atome ; ou, même celle d'une force considérée : comme centripète ou centrifuge. Et, tout mouvement dérivant de cette mémoire, quelles que soient les apparences de spontanéité réelle qu'il puisse offrir ; est sujet, néanmoins, aux lois générales ou spéciales de la matière.

Quelque inconvénient, qu'il puisse y avoir, à couper une discussion par une digression ; nous croyons, cependant, devoir arrêter un instant nos lecteurs ; sur l'expression : mouvement apparemment spontané (3).

Lorsque, le vulgaire n'aperçoit point la cause matérielle d'un mouvement ; il affirme, sans nullement réfléchir : que, ce mouvement est spontané. L'homme instruit, reconnaissant déjà l'ignorance primitivement inhérente à l'humanité, se borne à dire : ce mouvement est apparemment spontané.

Un joueur de gobelets, place dans une terrine pleine d'eau qui lui sert de bassin, un canard artificiel, que traverse, occultement, un barreau aimanté.

Si, le bateleur présente à ce prétendu animal, soit un morceau de pain, soit un morceau de matière non alimentaire, également traversé d'un barreau aimanté ; et, qu'il ait soin d'approcher les pôles de même nom ou de noms opposés, de manière ; à mettre les mouvements du canard en harmonie avec la matière qu'il lui présente ; le canard s'approchera ou s'éloignera, par des mouvements apparemment spontanés.

Et, le vulgaire s'empressera de dire : que, le prétendu animal est vivant ; ou, que le bateleur est sorcier. L'animalité et la sorcellerie disparaissent cependant : dès, que les barreaux sont mis à découvert ; et, que les propriétés magnétiques sont comprises. C'est, que ces mouvements sont alors reconnus dériver : d'une matière impondérable ;

d'une force : que, le vulgaire a l'habitude de rattacher à sa propre animalité et, par suite, à tout ce qu'il comprend sous le nom d'animalité ; d'une force, d'une matière incorporelle : que, le vulgaire, même instruit, confond souvent : avec l'immatériel ; avec le réellement animé.

Il en sera bientôt, pour le règne zoologique ou locomoteur, comme, il en est actuellement : pour le canard du bateleur.

Déjà, la généralité de nos académies reconnaît, en effet qu'il n'y a point sensibilité réelle ; mais, seulement vie zoologique : chez la plupart des infusoires, dont la spontanéité, alors reconnue apparente des mouvements, peut se comparer : à ce qui nous paraît le plus réellement spontané, dans le domaine extra-microscopique. De là, à reconnaître : que, tous les mouvements de la vie zoologique ont la même cause que celle dérivant : soit de la vie végétale ; soit de la vie générale ; il n'y a qu'un pas (4).

Relativement aux mouvements apparemment spontanés, le vulgaire se trouve donc déjà au même point ; où sont nos écoliers découvrant les barreaux occultes ; lorsque déjà ils ont commencé à étudier : les influences magnétiques.

Nous reprenons, et nous disons :

Il y a des mouvements apparemment spontanés, qui dérivent de ce que nous avons appelé : mémoire matérielle ; mémoire générique, renfermant une infinité d'espèces.

Passons à une autre mémoire générique.

ALIGN="JUSTIFY">Lorsqu'un sentiment d'existence (5) peut se démontrer, incontestablement, comme existant chez un individu, doué d'une mémoire matérielle centralisée ; cette union, constituant intelligence ou tout au moins capacité d'intelligence, rend, la mémoire matérielle centralisée qui s'y rapporte, intellectuelle ; ou, pour être plus exact, capable de devenir intellectuelle en recevant des signes conventionnels.

Nous verrons bientôt : que, des signes conventionnels se développent, nécessairement ; partout, où un sentiment d'existence se trouve uni, à une mémoire matérielle centralisée ; pourvu, seulement, qu'il y ait état de société ; en donnant, à cette expression, la valeur : d'état de contact nécessaire, entre deux individus, ayant ces conditions.

Il résultera de cette incontestabilité : que, la sensibilité, le sentiment de l'existence, l'âme, a une existence réelle : partout, où ces signes auront, eux-mêmes, une existence incontestable. Et, que le sentiment de l'existence, la sensibilité, l'âme, n'aura, au contraire, qu'une existence illusoire ; partout, où plusieurs individus, existant en contact nécessaire, et ayant mémoire centralisée, n'auront point développé de signes conventionnels : quelles que soient, d'ailleurs, les apparences que les individus puissent offrir, qu'il y ait en eux : sensibilité, sentiment d'existence, âme.

Tout ce que nous venons de dire, sur la mémoire, est parfaitement clair. Si, quelqu'un de nos lecteurs y trouvait quelque obscurité ; qu'il nous relise, attentivement ; et, il verra : qu'il y avait de sa faute, et non de la nôtre. Si, malgré cette recommandation, il ne nous comprenait pas ; qu'il nous abandonne. Nous ne craignons point cet abandon, de la part de ceux qui nous auront suivi : jusqu'à présent.

B. Sensations

Par l'habitude d'employer un mot dans un sens figuré, l'esprit finit par s'y arrêter uniquement, par faire abstraction du premier sens ; et ce sens, d'abord figuré, devient peu à peu le sens ordinaire et propre du mot.

CONDORCET, Tableau des progrès de l'esprit humain, p. 55.

ALIGN="JUSTIFY">On peut agir sans sentir (6), tous les automates en sont la preuve ; le flûteur de Vaucanson, le canard qui digérait, le joueur d'échecs, sont des machines artificielles qui agissent et ne sentent pas ; mais on ne peut penser qu'on ne sente (7).

Encyclopédie méthodique, art. PLAISIR, rédigé par M. Panckoucke, entrepreneur de cette Encyclopédie.

Un somnambule ne souffre ni ne jouit, puisqu'il n'a l'esprit présent à rien de ce qu'il fait 8 ; c'est un automate naturel, qui imite sans le savoir (9) les actions, les mouvements de l'homme qui pense et réfléchit.

Id., ibid.

Voilà trop de métaphysique, dira-t-on peut-être ; mais je réponds qu'elle était nécessaire, puisqu'on voulait expliquer la nature d'un corps politique (10) sans avoir recours au langage figuré (11). Cette expression a servi de prétexte à des allégories sans fin, qui sont devenues elles-mêmes la base d'une multitude de raisonnements puérils. L'imagination des écrivains s'est épuisée à donner aux corps politiques les propriétés des différents corps : tantôt ce sont des corps mécaniques, et alors il est question de leviers, de ressorts, de rouages, de chocs, de frottement, de balancement, de prépondérance ; tantôt ce sont des corps animés, et alors on emprunte tout le langage de la physiologie : on parle de santé, de maladie, de vigueur, d'imbécillité, de corruption, de dissolution, de sommeil, de mort et de résurrection. Je ne sais combien d'ouvrages politiques seraient anéantis si on leur ôtait ce jargon poétique avec lequel on pense créer des idées, quand on ne combine que des mots (12).

Il est vrai que, soit pour abréger, soit pour tempérer l'aridité du sujet, il est permis d'emprunter quelques traits au langage figuré ; et même on y est forcé, puisque les idées intellectuelles ne peuvent jamais s'exprimer que par des images sensibles (13): mais dans ce cas, il y a deux précautions à observer (14): l'une, de ne jamais perdre de vue la vérité simple et rigoureuse (15), c'est-à-dire d'être toujours en état de traduire clairement le langage figuré en langage simple (16); l'autre, de ne fonder aucune conclusion sur une expression figurée, dans ce qu'elle a d'impropre (17), c'est-à-dire lorsqu'elle ne s'accorde plus avec le véritable fait (18).

Le langage figuré, très-utile à la conception quand il vient à la suite du langage simple, lui est funeste quand il le remplace. Il accoutume à raisonner sur les plus fausses analogies, et forme autour de la vérité un nuage que les esprits les plus clairvoyants ont bien de la peine à percer (19).

Jérémie Bentham. Tactique des assemblées législatives.

Que signifie le mot sensation ? Car, enfin, pour se servir de ce mot, il faut y attacher une valeur précise, déterminée ; sous peine : de parler sans se comprendre. À cet effet, allons au dictionnaire et, encore une fois, écoutons.

" SENSATION, s. f. Sensatio, impression que l'âme reçoit des objets par les sens. "

Tant, que nous ne saurons pas, précisément : là, où il y a âme réelle ; là, où il y a seulement âme apparente ; nous ne saurons pas où il y a sensation : en apparence ; ou, en réalité.

En examinant la valeur de l'expression mémoire, nous avons vu ; que, le dictionnaire donne pour valeur, à ce mot :

" Principe de la vie, du mouvement... "

Dans ce cas, il y a sensation : partout, où il y a mouvement c'est-à-dire : partout. Et, comme partout et nulle part, c'est la même chose, pour le résultat ; il s'ensuit : qu'il n'y aurait pas de sensation. Cette détermination ne peut guère nous aider, pour faire un usage utile : du mot sensation. Voyons, au mot sens.

" SENS, s. m. Sensus, faculté de l'animal par laquelle il reçoit les impressions du corps. "

D'après cette définition, la lumière, sentie, ne serait pas une sensation. Mais, laissons cette difficulté. Il en résulte toujours : que, tant que le mot animal ne sera point précisé ; nous ne saurons point : où, il y aura sens réel ; où, il y aura sens apparent.

Allons au mot animal ; peut-être serons-nous plus heureux.

" ANIMAL, s. m. Animal, être organisé et sensible, doué d'instinct pour sa conservation et sa reproduction, qui n'a que des idées simples, perçoit et garde les images des choses, a des viscères, se meut spontanément, choisit sa nourriture et le sol qui lui convient, n'est pas essentiellement adhérent au sol pour en tirer sa substance. "

Voilà tous les animaux, qui adhèrent au sol, désanimalisés. Mais, ne nous en inquiétons pas. L'animal est un être organisé sensible. Mais jusqu'où va la sensibilité ? Nous n'en savons rien. Voilà encore le mot sensation vide de sens : pour tout ce qui n'est pas l'homme.

Voyons au mot instinct. Peut-être en saurons-nous davantage.

" INSTINCT, s. m. Instinctus, sentiment naturel du bien et du mal physique et même moral. — Sentiment, mouvement naturel (irréfléchi) qui dirige les animaux dans leur conduite. "

Nous voilà retombés sur les animaux, qui, d'après le dictionnaire, ont le sentiment naturel du bien et du mal physique et même moral. Mais, laissons le dictionnaire ; et, son galimatias.

À moins qu'il n'y ait sensation partout ; ce qui, nous le répétons, ferait qu'il n'y aurait sensation nulle part, quant au résultat ; il est évident : que, puisqu'il est encore impossible de dire : là, il y a sensation réelle ; là, il n'y a que sensation apparente ; il y a des sensations apparentes, qui pourront être prises pour réelles ; et, peut-être, des sensations réelles ; qui pourront n'être prises : que, pour apparentes.

Et, que seront des sensations, qui ne seront qu'apparentes ?

Pour ceux, qui ne seront point matérialistes ; comme pour ceux qui le seront ; ce ne seront : que, des mouvements, ayant pour cause : des forces ; de la matière. Pour les uns, comme pour les autres, ce seront des sensations matérielles. Pour ceux qui n'admettent la sensibilité : que, sur une certaine étendue de l'échelle animale ; ou, de l'échelle des êtres ; étendues qu'ils ne peuvent déterminer ; la sensation, quand elle sera ainsi nommée sans savoir où elle ne se trouve pas, sera une sensation figurément dite : et, l'épithète de matérielle lui conviendra toujours. Voilà, qui est parfaitement clair ; même au sein de l'indétermination.

Puisque, nous ne savons pas encore : s'il y a des immatérialités ; puisque nous ne savons pas encore : jusqu'où s'étend la sensibilité supposons : un animal sans immatérialité ; et, ayant un cerveau : laissant hors de discussion la question de savoir : s'il a une sensibilité réelle, ou, si sa sensibilité n'est qu'apparente.

Dans ce cas :

Lorsqu'un mouvement nommé sensation, parce qu'il est considéré comme retentissant dans le cerveau, sens interne, frappe un des sens externes ; ce mouvement-sensation modifie le cerveau, le sens interne, l'organisme, la mémoire ; de manière qu'en l'absence, de ce mouvement-sensation, le cerveau, le sens interne, l'organisation, la mémoire peut reproduire les effets de cette cause absente ; dans des circonstances physiologiques ou pathologiques, relatives à l'innervation, fonction, de l'aveu de tous, essentiellement matérielle.

La modification cérébrale produite par le mouvement-sensation, considérée comme susceptible de se reproduire en l'absence de sa cause efficiente ; est, l'abstraction de ce mouvement-sensation, dont la reproduction a toujours une cause occasionnelle.

La sensation, dans ce cas, s'abstrait donc d'elle-même ; et, d'elle-même, son empreinte se place dans le cerveau ; s'il est permis de donner le nom d'empreinte, à ce qui n'est que mouvement, ou incorporel ; quoique n'en étant pas moins matériel.

La sensation, en effet, alors s'abstrait elle-même ; elle ne peut être abstraite par un être réel, par un sentiment d'existence, une immatérialité, une âme ; puisque nous présupposons : que, dans cet être capable de sensation, il n'y a de sentiment d'existence : qu'en apparence ; et non, en réalité.

Relativement à la sensation, qui s'abstrait elle-même, et n'est point abstraction ; nous dirions : s'il était permis de comparer la zoologie à la phytologie : que, c'est une fleur qui se féconde ; et, n'est point fécondée.

La sensation reste en outre dans le cerveau : non plus comme sensation, mais comme abstraction ; non plus comme mouvement, mais comme équilibre : puisque l'effet se reproduit en l'absence de la cause qui vient d'agir.

C'est ainsi, par exemple : que, dans certaines circonstances physiologiques ou pathologiques, un chien, en dormant, aboie : comme, s'il poursuivait un lièvre, en réalité.

Dans ces mêmes circonstances, de pareils mouvements peuvent se reproduire : aussi longtemps, que la vie organique ou particulière existe ; aussi longtemps, que cette même vie particulière n'est point rentrée : dans la vie générale. Et, s'il nous était permis de comparer la physiologie à la physique, nous dirions : que, le chien rêvant est une batterie électrique chargée, continuant à donner des étincelles : aussi longtemps, qu'elle n'est point épuisée peu à peu ; ou, que subitement elle n'est point rentrée en communication, avec le réservoir commun.

Quant à la sensation non matérielle, non figurée ; pour pouvoir en parler d'une manière déterminée, il faut savoir : jusqu'où, s'étend la sensibilité sur l'échelle des êtres ; et, surtout savoir : s'il y a en nous, l'immatérialité. Car, si en nous l'immatérialité n'existe pas ; la sensation n'en sera pas moins matérielle ; le raisonnement qui en dérive sera également matériel ; et, il n'aura de valeur : que, celle d'un écho : qui répète, nécessairement, ce qui l'a frappé.

Jusque-là, nous sommes toujours : parfaitement clair.

C. Abstractions, signes, idées

Une des premières bases de toute bonne philosophie est de former pour chaque science 20 une langue exacte (21) et précise, où chaque signe représente une idée bien déterminée, bien circonscrite, et de parvenir à bien déterminer, à bien circonscrire les idées par une analyse rigoureuse.

Les Grecs, au contraire, abusèrent des vices de la langue commune (22) pour jouer sur le sens des mots, pour embarrasser l'esprit dans de misérables équivoques, pour l'égarer en exprimant successivement par un même signe des idées différentes (23).

Condorcet, Tableau des progrès de l'esprit humain, p. 65.

Cette doctrine (des idées) est sujette à mille objections. Mais ce qu'il y a de plus absurde, c'est de dire qu'il existe des être particuliers en dehors de ceux que nous voyons dans l'univers, mais que ces êtres sont les mêmes que les êtres sensibles, à cette seule différence près que les uns sont éternels, les autres périssables : en effet, tout ce qu'ils disent, c'est qu'il y a l'homme en soi, le cheval et la santé en soi, imitant en cela ceux qui disent qu'il y a des dieux, mais que ces dieux ressemblent aux hommes (24). Les uns ne sont pas autre chose que des hommes éternels ; les idées des autres ne sont de même que des êtres sensibles éternels.

Aristote, Métaphys., 1, II, ch. III.

Dire, au propre, qu'il y a des termes abstraits ; que, tous les mots ne sont pas également des abstractions ; est une sottise si (25) énorme, qu'elle peut seulement être comparée à celle de demander qu'est-ce que telle chose ? Et, cependant, ces deux sottises sont aussi anciennes : que, ce qui est si sottement nommé philosophie ; et, elles sont la source de l'ensemble des sottises : qui, constituent le fatras prétendu philosophique.

Sens commun.

Une abstraction est un raisonnement ; un raisonnement est une abstraction. Tout ce qui sortira de là, en fait d'abstraction, est digne de Bedlam.

Une abstraction de sensation qui se fait et n'est point faite ; une abstraction qui est une pure modification de la mémoire, c'est-à-dire du cerveau, qui est matière ; est bien une abstraction matérielle ; tant, en elle-même ; que, par son origine.

Un signe, représentant une abstraction matérielle ; l'image du lièvre, par exemple, qui fait aboyer le chien dans son rêve ; quoique ce lièvre soit mort ou absent ; est bien un mouvement ; comme l'image de la rose qui paraît au foyer d'un miroir concave, quoique la rose soit cachée, est aussi un mouvement. Or, un mouvement, essence de la modification, est bien matière. Le signe représentant une abstraction matérielle, est donc purement matériel : tant, en lui-même ; que, par son origine.

Ce même signe purement matériel considéré comme image de la sensation, est bien une idée, puisqu'une idée n'est qu'une image. Et, cette image, dérivant exclusivement d'un signe purement matériel, est bien une idée purement matérielle : tant en elle-même ; que, par son origine.

Aussi longtemps : que, les abstractions, les signes, les idées matérielles, n'ayant point d'origine intellectuelle, ne sont point distingués : des abstractions, des signes, des idées matérielles, ayant une origine intellectuelle ; il est de toute impossibilité : non-seulement de se faire comprendre des autres ; mais encore, de se comprendre soi-même. Par exemple : L'abstraction d'une sensation, lorsqu'elle est faite par une âme supposée immatérielle ; et, qu'elle est placée dans la mémoire matérielle, sous un signe conventionnel, pour que ce signe puisse être rappelé à volonté ; est une abstraction : nous ne dirons plus immatérielle mais matérielle, en elle-même et, intellectuelle, par son origine ; comme dérivant : d'une part, de l'âme ; de l'autre, de la mémoire matérielle ; dont l'union constitue intelligence.

Le signe conventionnel est matériel ou intellectuel, selon qu'il est considéré : soit, en lui-même ; soit, dans son origine ; et, l'idée, valeur de ce signe, est : matérielle et intellectuelle ; sous les mêmes rapports.

Résumons.

Chez les animaux que, par hypothèse, nous considérons comme dénués d'immatérialité ; il y a : des mouvements-sensations ; des chocs affectant les sens externes ; qui, peuvent être reçus par un sens interne. Ces sensations sont matérielles. Et, pour nous rapprocher des analogies vulgaires, dans le but de rationaliser, pour ainsi dire, le langage figuré ; nous dirons : que, ces sensations matérielles, reçues par un sens interne, sont des perceptions matérielles ; et, leur placement dans le cerveau, des abstractions matérielles.

Lorsque par les lois de l'organisation, par les lois inhérentes à chaque espèce de mémoire matérielle ; les sensations matérielles, les perceptions matérielles sont rappelées dans leurs abstractions matérielles ; le mouvement, résultat de ce rappel, est un signe matériel. Et, ce signe matériel, considéré comme représentant la sensation matérielle, est une idée matérielle.

L'action organique, suite nécessaire de cette idée matérielle, pourra, selon les besoins de l'organisation, être un mouvement de locomotion. Ce mouvement, tendant vers un but externe, aura une cause interne inhérente à la matière. Et, comme ce mouvement, ayant une cause interne, ne sera nullement communiqué par une cause, externe ; ou, tout au moins apparaîtra ne l'être point ; il apparaîtra spontané ; c'est-à-dire étranger à la matière, d'après les notions vulgaires qui rendent : la matière inerte.

Ensuite : comme, nous ne reconnaissons de spontanéité, que celle qui dérive de l'intelligence ; et que la spontanéité existant en nous comme relative : à la matière, aux forces vitales, à la mémoire matérielle, à l'instinct, ne porte point le nom de spontanéité ; nous disons : que, chez les animaux apparents, il y a spontanéité, âme, raisonnement, volonté.

Mais, en dehors de toute immatérialité, cette spontanéité, cette âme, ce raisonnement, cette volonté sont illusoires. Il y a donc, chez ceux des animaux ainsi faussement nommés, dès qu'il est supposé ou démontré : qu'en eux, il n'y a point d'immatérialité ; il y a, disons-nous : spontanéité, âme, raisonnement, volonté ; mais, alors, d'une manière figurée. Et, les valeurs propres de ces expressions ne peuvent même s'appliquer à l'homme que par hypothèse, tant qu'il n'est point rendu incontestable : qu'il y a, en lui, individualité réelle. Et, néanmoins, ces expressions figurées sont nécessairement prises, comme ayant des valeurs réelles, tant chez nous que chez les animaux ; aussi longtemps : que, nous restons incapables de reconnaître incontestablement : là, où il y a immatérialité proprement dite ; là où il n'y a immatérialité que figurément dite ; là où il y a sensibilité proprement dite ; là, où il n'y a que sensibilité figurément dite.

De cette indétermination est résultée une conséquence qui ne tend à rien moins : qu'à l'anéantissement de l'ordre social.

Les prétendus spiritualistes, ayant été forcés : d'accorder une âme, une immatérialité, aux prétendus animaux ; et, les prétendus philosophes, ayant démontré : que, l'âme des animaux n'était que modification, matière ; les prétendus philosophes en ont conclu : que, l'âme de l'homme est également matière ; et, qu'elle disparaît à la mort : cessation de l'organisme.

Par opposition, à ce qui vient d'être établi ; il y a, chez l'être formé : par une organisation, ayant une mémoire centralisée, unie, à une immatérialité supposée ou incontestablement démontrée ; d'abord : des sensations matérielles ; des perceptions matérielles ; des signes matériels ; des idées matérielles ; ensuite, lorsque la mémoire matérielle est développée ; lorsque les besoins, résultat de circonstances que nous exposerons, forcent l'âme à développer la mémoire intellectuelle ; il y a : abstraction des idées matérielles ; placement de ces idées sous des signes conventionnels ; ces signes conventionnels sont des signes intellectuels ; le placement des abstractions de ces signes intellectuels dans le cerveau, dans la mémoire matérielle, sont des abstractions intellectuelles ; et, la mémoire matérielle qui les reçoit ; prend, sous ce rapport, le nom de mémoire intellectuelle. La valeur du signe intellectuel est enfin : une idée intellectuelle ; une idée proprement et non figurément dite.

Le rappel des idées ou des signes conventionnels, intellectuels, par l'être réel, par la volonté réelle, constitue la réminiscence, se rapportant essentiellement : à l'exercice de la mémoire intellectuelle. La comparaison des idées intellectuelles, constitue le raisonnement proprement et non figurément dit ; raisonnement qui peut être bon ou mauvais, contestable ou incontestable. L'action, résultant du raisonnement non matériel, non figuré, est une action intellectuellement spontanée ; dérivant de la spontanéité intellectuelle ou réelle ; et, cette spontanéité constitue : la volonté réelle.

Concluons, relativement à la liaison des signes aux idées, des idées à l'âme, et réciproquement dans les cas : D'HYPOTHÈSE ; ou, DE DÉMONSTRATION ; DES IMMATÉRIALITÉS.

Partout où il y a signe conventionnel, il y a signe intellectuel.

Partout, où il y a signe intellectuel, il y a abstraction intellectuelle. Partout, où il y a abstraction intellectuelle, il y a sensation intellectuelle. Partout, où il y a sensation intellectuelle, il y a : sensibilité réelle, âme réelle, immatérialité. Et, nous prouverons bientôt ; que, réciproquement : partout, où il y a sensibilité réelle, unie à une mémoire matérielle centralisée, et de plus existence sociale ; là, il y a : sensations intellectuelles ; abstractions intellectuelles ; et, signes conventionnels.

Les idées intellectuelles, étant exclusivement relatives aux abstractions intellectuelles ; et, tout raisonnement intellectuel, étant exclusivement relatif aux idées intellectuelles ; tout raisonnement intellectuel est, ainsi, exclusivement relatif : aux abstractions intellectuelles. Et, par abréviation ; ou, pour ne parler qu'au propre, nous dirons : est, exclusivement, relatif aux abstractions.

Maintenant : comme tout ce que l'homme fait, en raison de sa liberté supposée ou démontrée ; et, non point par suite de son raisonnement matériel, de sa mémoire matérielle, de son instinct ; est relatif au raisonnement intellectuel, au raisonnement proprement dit ; et, pour abrévier, au raisonnement, qu'il soit bon ou mauvais ; tout ce que l'homme fait est relatif aux abstractions proprement dites ; et, toujours pour abrévier : AUX ABSTRACTIONS.

Enfin : comme, c'est la liberté ou le raisonnement qui caractérise l'humanité ; tout ce qui n'est point relatif aux abstractions proprement

dites ; que ce soit chez ce que nous appelons HOMME ou ailleurs ; est, essentiellement relatif à la bête. Et, tout ce qui appartient, essentiellement, aux abstractions proprement dites : que, ce soit ici chez ce que nous appelons homme ou ailleurs ; est, essentiellement, caractéristique de l'humanité.

Ainsi, partout où il y a abstraction, nous sous-entendons toujours intellectuelle ou non figurément dite, il y a, essentiellement : humanité.

Dès lors, et comme conséquence nécessaire : dès, que des circonstances, qui, incontestablement, développent, nécessairement, la mémoire intellectuelle partout où elle est possible, EXISTENT ; et, que ces circonstances ne développent point cette mémoire ; là, il n'y a point possibilité d'abstraction intellectuelle ; là, incontestablement aussi ; et, quelles que soient les apparences, il n'y a point sensibilité ; là, il n'y a point intelligence ; là, il n'y a point humanité.

Remarquons, maintenant : qu'une union de sensibilité, à de la matière ayant une mémoire centralisée, n'occasionne point, nécessairement, le développement de la mémoire intellectuelle.

En effet : pour, qu'une idée intellectuelle existe ; il faut : qu'il y ait abstraction intellectuelle ; sinon, il y a seulement : sensation matérielle ; abstraction matérielle ; mémoire matérielle ; mais, non point mémoire intellectuelle, exclusivement relative : aux signes conventionnels.

Or, pour que des abstractions matérielles, soient placées sous des signes conventionnels, il faut nécessairement : que, le besoin du signe conventionnel existe. Car, rien ne se produit dans un but, sans, que le besoin ait désigné : le but.

Dès lors, en dehors du besoin de signes conventionnels, même avec possibilité de développement d'une mémoire intellectuelle, il ne peut exister : de signes conventionnels ; d'abstraction intellectuelle ; de raisonnement proprement dit ; mais, seulement : raisonnement matériel ; raisonnement figurément dit ; puisque, les signes conventionnels sont absolument nécessaires : au raisonnement intellectuel.

Mais, d'où naît le besoin de signes conventionnels, pour un être capable de développer : une mémoire intellectuelle ?

Exclusivement d'une société nécessaire, en donnant, à l'expression société, la valeur : d'opposé à l'isolement ; et, à l'expression nécessaire, la valeur de consécutif : aux lois de la matière ; aux lois de l'organisme. Alors, ce besoin de signes naît nécessairement : de cet état de société.

L'être humain, isolé, est donc incapable : de raisonnement proprement dit ; il se trouve : hors de l'état de nature intellectuelle ; il est circonscrit : dans l'état de nature matérielle ; il est réduit : au raisonnement matériel ; à l'instinct ; à l'état de brute.

Pour, qu'il y ait humanité développée ; il faut donc, nécessairement, qu'il y ait société nécessaire.

De plus : partout, où il y a : société nécessaire, cessation d'état d'isolement, entre des êtres ayant : sensibilité réelle ; et, en outre, mémoire matérielle centralisée, avec capacité de mouvements réciproquement communicables ; il y a : développement nécessaire de la mémoire intellectuelle ; nous allons le prouver. En attendant ; et, pour renfermer, tout ce qui est relatif à cet objet, dans un même cadre ; qu'il nous soit permis de dire : que, partout où il y a état de société nécessaire, entre des êtres tels que nous venons de les désigner, sans qu'il y ait développement de mémoire intellectuelle ; là, il n'y a point sensation réelle ; là, il n'y a point sensibilité ; là, il n'y a : ni intelligence ; ni humanité ; quels que soient, d'ailleurs : les mouvements ; les formes ; les apparences : de souffrance, de jouissance ; de sensibilité ; d'animalité.

Tout, ce que nous venons de dire, est toujours : parfaitement clair.

D. Si les animaux ne parlent point, pourquoi ne parlent-ils pas?

Question, qui doit renfermer : la solution de celle relative

à l'origine du langage

Partout ou la raison me conduira, je la suivrai.

Cicéron, Tusculanes, II, 5 (26).

Les hommes conservent encore les erreurs de leur enfance, celles de leur pays et de leur siècle, longtemps après avoir reconnu les vérités nécessaires pour les détruire.

Condorcet, Tableau des progrès de l'esprit humain, p. 16 (27)

... Cette foule de vérités où l'on est conduit en parcourant la chaîne immense des êtres, les rapports dont les anneaux successifs conduisent de la matière brute au plus faible degré d'organisation, de la matière organisée à celle qui donne les premiers indices de la sensibilité et de mouvement spontané, enfin de celle-ci jusqu'à l'homme, soit relativement à ses besoins, soit dans les analogies qui le rapprochent d'eux, ou dans les différences qui l'en séparent : tel est le tableau que nous présente aujourd'hui l'histoire naturelle.

Condorcet, id., id., p. 223.

L'âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée.

Pascal.

Pour dire l'âme est jetée, il faudrait être sûr qu'elle est substance et non qualité. C'est ce que presque personne n'a recherché, et C'EST PAR OÙ IL FAUDRAIT COMMENCER EN MÉTAPHYSIQUE, EN MORALE, etc. (28).

Voltaire, Remarque sur cette pensée de Pascal.

Ce fut (l'âme) et c'est encore, et ce sera toujours, une faculté, une puissance secrète, un ressort, un germe inconnu, par lequel nous vivons, nous sentons, par lequel les animaux se conduisent, et qui fait croître les fleurs et les fruits (29).

Voltaire, Hist. de l'établiss. du christianisme.

La terre, dans les temps les plus anciens où la géologie la découvre, appartenait à la classe des astres lumineux. Sa surface était incandescente et probablement en fusion... (30)

Fourier a démontré qu'un globe de la même dimension que le nôtre, chauffé au rouge et abandonné sous les mêmes conditions de refroidissement dans l'espace, mettrait une durée de plusieurs millions d'années pour arriver à une température aussi basse que celle que la terre possède aujourd'hui.

Encyclopédie moderne, art. ÂGE.

L'âge d'or, qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous (31).

Saint-Simon.

Notre globe est dans les langes ; nous le croyons vieillard : son expérience est celle d'un enfant.

Herschell.

Si la physique a ses faits qui ne peuvent être que des mouvements 32, la morale a les siens qui sont des actions (33) ; et des faits purement matériels ne prouvent pas plus pour ou contre une vérité morale (34), que de simples raisonnements ne prouvent pour ou contre la certitude d'un fait physique.

Bonald, Recherches philos., t. I, p. 420.

Il y a une sensibilité qui dépend de la faiblesse des organes 35, qui souffre de voir souffrir, même un chat, un oiseau (36), d'entendre crier même une porte qui tourne difficilement sur ses gonds ; celle-là est moins une qualité ou une vertu qu'une maladie (37) ; et elle soulage les autres par égoïsme autant ou plus que par humanité (38).

Bonald, Recherches philos.

La philosophie, qui signifiait chez les Grecs l'amour de la sagesse, et qui ne signifie pour nous que la recherche de la vérité, a commencé pour l'homme avec la parole, et pour l'univers avec l'écriture (39).

Bonald, ibid.

Les raisons des règles du langage humain peuvent n'être pas celles que je donne ; mais il faut les chercher (40); car l'homme doit travailler sans cesse à étendre sa raison : or, la raison de l'homme consiste à connaître les raisons de tout, ou la vérité (41), surtout dans les objets qui tiennent à l'intelligence d'aussi près que la parole.

Bonald, ibid.

La vérité est la connaissance des êtres et de leurs rapports (42).

Bonald, ibid.

Ils ne peuvent pas se persuader (les juifs et les Gentils) cette vérité fondamentale : que pour l'intérêt de la société, la vérité se développe à mesure que l'erreur s'aggrave et s'étend, et qu'il n'est aucune vérité, ABSOLUMENT AUCUNE, qui soit positivement interdite à l'intelligence humaine (43).

Bonald, ibid.

La société est entre l'être et le néant, tant que la morale est entre le oui et le non (44).

Bonald, Législat. primitive, t. III, c. VII

M. de Buffon croyait les bêtes des machines.

Bonald, Mélanges, t. II, p. 133.

L'âme est Dieu.

Lois indiennes, citées par M. De Chateaubriand,

Gén. du christ. t. I, p. 80.

La science par excellence doit avoir pour objet l'être par excellence.

Aristote, Métaphysique, 1. VI, 4.

L'objet éternel de toutes les recherches et passées et présentes, cette question éternellement posée : Qu'est-ce que l'être ? se réduit à celle-ci :

Qu'est-ce que la substance (45) ?

Id., ibid., 1. VIL 1.

Quelques-uns pensent que les limites des corps, comme la surface, la ligne, le point, et avec elles la monade, sont des substances, bien plus substances même que le corps et le solide. De plus, les uns pensent qu'il n'y a rien qui soit substance en dehors des êtres sensibles (46) ; les autres admettent plusieurs substances, et les substances, ce sont, avant tout, selon eux, les êtres éternels : ainsi Platon dit que les idées et les êtres mathématiques sont d'abord deux substances, et qu'il y en a une troisième, la substance des corps sensibles. Speusippe (47) en admet un bien plus grand nombre encore : la première c'est, selon lui, l'unité ; puis il y a un principe particulier pour chaque substance ; un pour les nombres, un autre pour les grandeurs, un autre pour l'âme : c'est ainsi qu'il multiplie le nombre des substances. Il est enfin quelques philosophes qui regardent comme une même nature et les idées et les nombres ; et tout le reste, suivant eux, en dérive : les lignes, les plans, jusqu'à la substance du ciel, jusqu'aux corps sensibles.

Qui a raison, qui a tort ? quelles sont les véritables substances ? Y a-t-il, oui ou non, d'autres substances que les substances sensibles ? Telles sont les questions qu'il faut examiner après avoir exposé d'abord ce que c'est que la substance (48).

La substance a, sinon un grand nombre de sens, du moins quatre sens principaux : la substance d'un être c'est, à ce qu'il semble (49) ou l'essence, ou l'universel, ou le genre, ou enfin le sujet (50).

Aristote, Métaphys., 1. VII, 10.

La substance n'est pas quelque chose d'universel ; c'est un ensemble, un composé (51) de telle forme et de telle matière.

Id., ibid., 1. VII, 2, 3.

La forme elle-même, et par forme j'entends l'essence pure, la forme aussi a des parties tout aussi bien que l'ensemble de la forme et de la matière.

Id., ibid.

Tout a une place marquée dans le monde, poissons, oiseaux, plantes ; mais il y a des degrés différents, et les êtres ne sont pas isolés les uns des autres ; ils sont dans une relation mutuelle, car tout est ordonné en vue d'une SUBSTANCE UNIQUE.

Aristote, Métaphys., 1. XII, 9.

Autrefois on ne pouvait rien voir mentalement, on ne connaissait que le témoignage des yeux. Il n'appartient, en effet, qu'à un esprit sublime de se dégager des sens et de se rendre indépendant du préjugé.

Cicéron, Tusculanes, I, 16.

La substance est un principe et une cause.

Id., ibid., I. VII, 16 (52)

Voyons ! si, nous ferons mieux : qu'Aristote et Platon. Et, pour y parvenir, rendons-nous, d'abord indépendants des préjugés.

Si, la création existe, le langage est révélé. Si, le langage ne peut exister : que, par la révélation ; la création existe. Mais, toute création est absurde, vis-à-vis de ceux qui raisonnent. Toute révélation l'est donc également, comme dérivant de l'anthropomorphisme. Laissons, dès lors, la création et la révélation aux croyants ; nous n'avons rien de commun avec eux.

La matière est éternelle. Si, des âmes existent, elles sont éternelles. Mais les mondes, les univers, en donnant ce nom aux nébuleuses, systèmes de milliards de soleils, sont-ils éternels ? Non. Tous les jours, des soleils disparaissent ; et, des nébuleuses se forment. Les univers ont des naissances spontanées, comme les vésicules animales ou végétales, dérivant : comme, tout ce qui est phénomène indépendant de la sensibilité : des lois éternelles de la matière.

Notre globe a été, primitivement, à l'état igné. L'état igné, est à la formation des univers ; ce, que l'état aqueux, est à la naissance des organismes. L'humidité n'est apparue sur notre globe que des milliers de siècles après son existence (53). Les végétaux et les animaux s'y sont développés successivement, en passant, des plus simples aux plus composés. L'homme est le dernier des développements de l'organisme. La démonstration de ces faits scientifiques, il n'appartient qu'à l'ignorance : de la méconnaître.

L'homme est-il un être absolument déterminé ; ou, n'est-il qu'une indétermination, sur une série continue de développements organiques, ne différant des autres : que, du plus au moins de complexité ?

Pour répondre, à cette question, il faut savoir : s'il existe plusieurs natures ; ou, s'il n'y en a qu'une ; et, surtout il faut savoir ce qu'on entend par l'expression : NATURE.

Pour arriver à le savoir, demandons-nous : qu'existe-t-il sur notre globe, dans l'univers, dans les possibles ?

Exclusivement deux choses : et, encore, si l'on suppose : que, les deux sont absolument distinctes : MOUVEMENT et SENTIMENT (54).

Comment distinguer, avec certitude, le sentiment du mouvement ?

Par le verbe : si, cependant, le verbe est le développement nécessaire : du sentiment.

Dans ce cas, qu'est-ce que caractérise le verbe ?

La sensibilité, l'humanité. Et, toujours dans ce cas, partout où le verbe ne sera point développé, il n'y aura : que, mouvement, matière ; il n'y aura : ni sensibilité ; ni, par conséquent, humanité.

Cherchons l'origine du verbe, dans le but de savoir : là, où il y a humanité ; là, où il n'y a que matière ; là, où il y a sentiment ; là, où il n'y a que mouvement ; là, où il y a DROIT; là, où il n'y a que LOI (55).

L'homme, nous le répétons, est le dernier animal qui ait apparu sur notre globe. Quel âge, s'il est permis de se servir de cette expression, avait-il à son apparition ?

Cette question, M. de Chateaubriand a pu l'agiter. M. de Chateaubriand est poète. Nous, nous ne le savons pas ; et, peu nous importe de le savoir. Cette question pourrait se faire : pour, chaque prétendue espèce. Que ce soit la transformation d'une prétendue espèce inférieure, à une prétendue espèce supérieure ; ou, que ce soit une formation spontanée de la force en corps ; encore une fois, que nous importe ? La formation spontanée du corps de l'homme, ne serait pas plus difficile à concevoir : que, la formation spontanée d'un univers. Ce qui appartient à l'ordre éternel, n'a : ni pourquoi ; ni comment.

L'homme physiologique complet, comprend une double individualité. Chaque individualité est-elle apparue, éloignée de celle qui lui est corrélative ? Peu, nous importe encore. Ce qu'il y a de certain ; c'est, qu'alors, chaque individualité aurait été, au moral, comme n'étant pas ; et, quant à la propagation : également.

Y a-t-il eu apparition simultanée ou successive de plusieurs couples ; et, les individus étaient-ils séparés : les uns des autres ?

Nous ne le savons pas davantage.

Dans le cas qu'ils eussent apparu séparés les uns des autres ; et, avant l'âge de puberté, y aurait-il eu cessation de l'état d'isolement, si quelques-uns s'étaient rencontrés ?

Nous l'ignorons de même.

Après l'âge de puberté, les individus de même sexe, s'ils s'étaient rencontrés, se seraient-ils rapprochés ; et, l'état d'isolement aurait-il cessé ?

Même ignorance de notre part. Quand, il s'agit de démontrer la vérité ; le doute, ni le hasard qui n'est qu'une expression de l'ignorance, ne doivent intervenir.

Ce que nous savons, le voici :

L'homme, ayant toujours été isolé, n'a point l'usage du verbe n'a point d'existence dans le temps. La théorie et la pratique le reconnaissent : d'une manière incontestable.

Pour, que le verbe se développe, il faut une société, en comprenant par ce mot, la cessation de l'état d'isolement, une société non accidentelle : car, ce n'est point sur des contingents : que, la démonstration de la vérité doit s'appuyer ; mais, sur le nécessaire, sur l'inévitable. C'est donc, une société nécessaire, qui doit servir de base : à notre démonstration.

Nous allons démontrer.

L'époque de puberté étant arrivée ; deux individus de sexe différent, doivent se rencontrer, pour que l'humanité puisse exister : non-seulement dans ses éléments ; mais, dans son ensemble. Dès, qu'ils se rencontrent ; dès, qu'ils se trouvent en contact ; l'état d'isolement cesse nécessairement, ils forment une société nécessaire, pour aussi longtemps qu'elle reste indispensable : non-seulement à la génération ; mais encore à la conservation des produits de la génération (56).

Voilà des prémisses générales.

Choisissons, maintenant, le cas le plus défavorable au développement du verbe. Supposons : que, les deux parties de l'homme physiologique, le mâle et la femelle, aient apparu sur le globe dans des lieux séparés ; qu'ils se soient rencontrés avant la puberté ; et qu'il y ait eu antipathie, répulsion entre eux. Chacun, se sera ainsi maintenu isolé, en dehors du temps, ainsi que nous l'avons exposé, ainsi que l'expérience le prouve ; et, tous les deux seront restés : à l'état de bestialité.

Arrive la puberté. Ils se rencontrent. Toute antipathie, s'il y en a eu, disparaît. Il n'y a pas encore raisonnement, mais attraction. Les fluides opposés s'attirent : l'éternité existe encore. Les fluides se confondent ; le cercle électrique se complète et, la première incarnation est la naissance : du temps ; de la raison des idées ; du verbe. Moi, TOI, NOUS, disent chacun d'eux. La parole et l'idée, l'idée et la parole, naissent simultanément ; et, trouvent leur source ; dans le premier éclair d'existence perçue : dans le premier embrassement (57).

Le moi, le toi, le nous, IDÉÉS par les âmes, prononcés par l'embrassement, reflétés par les cerveaux ; le signe du moi, du toi, du nous, l'étreinte se place dans les mémoires matérielles, qui deviennent instantanément intellectuelles, et, il s'y place nécessairement.

Nous arrêterons-nous ici à présenter l'exposition des développements du langage ? Quel est celui de nos lecteurs qui ne puisse maintenant le faire aussi bien que nous ? Nous allons la donner néanmoins, pour en constater la facilité vis-à-vis de ceux qui, par esprit de contradiction, voudraient y trouver de la difficulté.

De nouvelles attractions brisent l'étreinte. Deux forces s'étaient unies ; deux raisons se séparent : le temps possède son empire.

Auparavant le toi, le moi, le nous, étaient encore un, ils n'avaient qu'un signe complexe ; l'éternité, pour ainsi dire, existait encore dans cette unité. Le temps commence à la séparation, à la diversité. Le moi se dit en s'étreignant, le toi en se montrant, le nous en ne se perdant point de vue. Ne pas se voir, c'est l'isolement ; c'est, un retour : à l'éternité ; à la mort.

Mais, la vue ne perce point la plupart des corps. Une attraction a séparé les deux moitiés de l'unité. Une voix s'échappe. Une voix répond. Et ces voix disent encore : MOI, TOI, NOUS.

Voilà, le langage du toucher ; le langage de la vue ; le langage de l'ouïe ; le raisonnement complet qui existe déjà ; et, le temps n'a pas encore vu : la première nuit.

MOI, TOI, NOUS... toute la grammaire, toutes les connaissances, toute l'humanité, le temps et l'éternité sont dans ces mots : implicitement ; ou, explicitement.

MOI, TOI, NOUS, idéés et prononcés : que signifient-ils ?

Nom, substantif, verbe, et adjectif. Moi être ; moi être toi ; toi être moi, nous être un, être deux. Le premier lui est toi, un moi, une personnification, un préjugé ; l'adverbe est un adjectif, une qualification ; la préposition et l'interjection, des états ou des mouvements exprimés (58).

L'existence dans le temps, dont l'expression est le verbe, se constitue de la connaissance : de l'être et de ses modifications. Le verbe consiste donc exclusivement : dans la manifestation du sujet et de ses modifications ; et l'expression moi contient implicitement l'un et toutes les autres. Après cela, vous classerez les expressions des modifications, en autant de divisions qu'il vous plaira ; vous n'aurez jamais que des coupes arbitraires. Il n'y a pas de substantif, qui ne puisse être adjectif ; pas d'adjectif, qui ne puisse être substantif ; etc., etc. Qu'est-ce qui empêcherait : que, le pluriel ne fût une partie de l'oraison ? Quand il sera nécessaire de distinguer le propre du figuré ; le propre et le figuré seront des parties du discours. Tout mot est une langue. Moi est une langue ; les mots géométrie, algèbre, agriculture, telle science, sont des langues. Socialisme est la langue qui les comprend TOUTES.

Du moment, que le raisonnement, le temps, le verbe existent ; le présent, le passé, le futur coexistent ; et leur expression est simultanée au besoin de les exprimer ; facile ou difficile d'abord à être comprise ; mais, facilité qui devient toujours proportionnelle : au besoin de se faire comprendre ; et, à l'utilité de concevoir.

Pour toute l'époque d'ignorance, l'analogie est la base exclusive du raisonnement ; à l'exception des mathématiques pures, où l'on raisonne par identités hypothétiques. L'analogie est la source : d'où, le raisonnement tire les expressions, énonçant les modifications du moi, du toi, du lui. Toutes ces expressions sont nécessaires : en tant, que résultats du besoin de parler ; toutes sont conventionnelles : en tant, qu'acceptées pour exprimer telle ou telle modification.

Qui, maintenant, oserait nous demander des détails : sur le plus ou moins grand nombre de voyelles, de consonnes, sur l'emploi de telle ou telle voix simple ou complexe, pour exprimer tel ou tel besoin ? Celui, qui exigera de pareilles explications n'en aura jamais assez.

De la parole, à l'écriture ; de l'écriture, à l'imprimerie ; de l'imprimerie, à la découverte de la vérité ; de la découverte de la vérité, à son acceptation sociale ; il n'y a partout : que, la distance d'un besoin.

Et, comment des peuplades entières n'ont-elles encore pu parvenir, à nommer le nombre de leurs doigts ? Et, comment l'écriture n'existait-elle pas, au sein d'une civilisation telle que celle décrite par Homère ? Et, comment l'humanité n'est-elle point encore arrivée : à éprouver le besoin de la vérité ?

Admettons, comme vrais, les faits qui nous sont objectés ; et qui, cependant, sont tous contestables. Aussi longtemps : que, le cercle vicieux, constitué par le panthéisme philosophique et l'anthropomorphisme populaire, n'est pas brisé ; tout est obscur ; obscurité qui prend sa source dans la négation de la réalité du raisonnement ; négation qui, alors, naît, nécessairement : de l'exercice même du raisonnement. Une fois, ce cercle brisé ; rien n'est obscur ; et, l'infini perd son voile.

Dès, que le bien et le mal existent en réalité ; ce qui ne peut être, sous les domaines du panthéisme ou de l'anthropomorphisme ; le bien et le mal ont tous les degrés possibles ; et, les récompenses comme les peines, leur sont corrélatives. Ne sortons pas de notre monde ; ni de notre temps. Qui de nous, ne peut nommer tel scélérat : qui, vis-à-vis de nous-même, ne serait pas assez puni : si, après sa mort il allait, naître, pour une seule vie, chez la plus barbare des peuplades qui nous soit connue ? Enlevez donc cette peuplade du globe ; et, l'ordre moral est détruit. Dès, que l'ordre moral est reconnu réel ; tout ce qui est, doit être ; tout ce qui doit être, est ! tout ce qui est, est bien.

Nous venons de voir : que, l'homme physiologique ; l'homme famille ; parle nécessairement. Résumons les conditions nécessaires : pour, que le langage se développe : nécessairement.

1° Sensibilité : ce qui n'est autre : qu'existence sentie dans l'éternité ; que, capacité d'existence sentie dans le temps ;

2° Cerveau : centre nerveux ; mémoire matérielle centralisée ;

3° Société nécessaire : en donnant à ces mots la valeur, d'état : de non-isolement ; de contact organique prolongé ; de possibilité de communication de mouvement.

Examinons : chacune de ces conditions.

Sensibilité.

Cette condition est évidemment nécessaire : pour, qu'un langage, proprement dit, puisse exister. Des attractions et des répulsions, pourront présenter une apparence de sensibilité réelle ; des atomes chimiques paraîtront se fuir ou se rechercher ; des plantes paraîtront rechercher ou fuir tels excitants ou tels aliments ; des animaux paraîtront s'exprimer et comprendre. Mais, du moment qu'il sera reconnu : que, la sensibilité n'est qu'apparente ; il sera également reconnu : que, les fuites et les recherches ne sont : que, de pures répulsions ; que, de pures attractions. Et réciproquement : du moment, qu'il sera démontré ; que, chez un être : supposé réel ; supposé sensible ; toutes les autres conditions du développement nécessaire du langage s'y sont trouvées ; et, que le langage ne se sera pas développé ; il faudra conclure : que, la sensibilité supposée ; n'est : que, sensibilité apparente ; n'est : qu'attraction et répulsion ; n'est : que, pur organisme.

Cerveau : centre nerveux ; mémoire matérielle centralisée.

Cette condition est nécessaire : comme la sensibilité. Supposez une âme, dans l'organisation la plus parfaite, mais privée : de centre nerveux de mémoire matérielle centralisée ; il y a impossibilité absolue d'existence dans le temps. Et, le langage n'est autre : que, l'existence dans le temps.

Société nécessaire : en donnant à ces mots la valeur :

d'état de non-isolement ; de contact organique prolongé ;

de possibilité de communication de mouvement.

Nous l'avons déjà vu ; l'homme isolé : ne parle ni en dehors ni en dedans ; n'a ni langage ni idée. Théorie et pratique sont d'accord, à cet égard.

Le contact prolongé des organismes est nécessaire : au développement du verbe. Peut-être, pourrait-il naître par un contact éphémère. Mais, l'isolement, quand le verbe est peu développé, pourrait détruire, dans la mémoire, l'effet du contact ; et, nous le répétons : ce n'est point, sur des peut-être ; que, nous devons nous baser.

Quant à la possibilité de communication de mouvement ; c'est, presque surabondance d'en parler. Il est évident : qu'une statue ne romprait point l'isolement. Aussi, ne faisons-nous mention de cette condition : que, pour parler des espèces de mouvements.

Si, l'humanité apparaissait sur le globe, avec seulement quatre sens externes ; avec l'ouïe en moins ; parlerait-elle ?

Nous avons démontré : que, l'étreinte est : non point incontestablement le premier signe réel ; mais, le premier signe, réel, qu'il est impossible de contester. Nous ne pouvons trop répéter : que, nous ne nous occupons point du contingent ; mais, du nécessaire. Or, le premier signe est indépendant de l'ouïe. Ce premier signe complexe, du moi, du toi, du nous, renferme, nous l'avons dit : le substantif, le verbe, l'adjectif, l'adverbe etc., et, il est évident : que, leur développement peut se faire, avec une égale indépendance de l'ouïe. Le langage, alors, serait borné : au rayon de la vue.

Et si l'humanité apparaissait, sur le globe, indépendamment de l'ouïe et de la vue ; parlerait-elle ?

Avant de répondre à cette demande, il y a une question préalable. Si, l'humanité apparaissait sur le globe, indépendamment de l'ouïe et de la vue, se conserverait-elle ? Si, elle ne peut se conserver ; le langage pourra ne point naître ; mais, si elle peut se conserver, le langage naîtra : nécessairement.

En effet : le premier signe, qui contient tous les autres, n'a besoin, pour être développé : que, de communication réciproque de mouvements ; et, si elle peut se conserver, les deux membres qui la composent, pourront développer le premier signe : lui-même, indépendant de l'ouïe et de la vue.

Mais, nous dira-t-on : une humanité, sourde et aveugle, ne pourrait se conserver.

D'accord : mais, qu'on ne dise point : que, telle ou telle espèce de sens externe, est nécessaire : au développement du verbe.

Le goût et l'odorat, en tant que n'étant point soumis à la volonté, ne peuvent servir à développer le premier signe : quoique indépendant de l'un et de l'autre.

Et, si l'humanité apparaissait sur le globe, bornée au seul tact général, sans aucun des quatre autres sens ; parlerait-elle ?

Elle parlerait, si elle pouvait se conserver. La question, est résolue pratiquement : puisqu'on apprend à parler à des sourds-muets-aveugles(59) ; et si une humanité sourde et aveugle pouvait se conserver, le besoin, le premier signe étant trouvé, ferait ce que la bienveillance fait : au sein de notre humanité.

Maintenant, voyons : pourquoi, les animaux ne parlent pas.

Mais, où est la preuve : que, les animaux ne parlent pas ?

C'est vrai. C'est, par là : que, nous devons commencer.

Parler ou penser, penser ou parler, ce qui est la même chose, c'est raisonner. Et, nous venons de le voir, on raisonne avec un sens comme avec cinq. Du reste, les animaux dits supérieurs, ont le même nombre de sens que nous, ne distinguant point : ce qui, dans la valeur du mot sens, peut différencier : le propre, du figuré.

L'être qui raisonne, poussé par le besoin, dit : j'ai froid, j'ai chaud, et, non-seulement se met au soleil ou à l'ombre ; mais, il se couvre ou se découvre ; se bâtit une habitation ; non point, en rapport avec l'instinct de l'espèce ; mais, avec le raisonnement de l'individu ; il s'approprie le feu, tout ce qui l'environne ; pour en faire : des outils, des utiles, des résultats du raisonnement. Et, ces outils se développent comme le verbe, dont les développements sont eux-mêmes les plus utiles des outils. Un télescope, un canon, une boussole, une imprimerie, sont des outils, comme des prépositions ; et, se développent, avec une égale nécessité : un peu plus tôt ; un peu plus tard.

Les animaux parlent-ils ?

Si, les animaux parlaient, ils nous répondraient. Les animaux ne parlent pas. Maintenant, pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ?

Remontons la série des conditions : non-seulement, nécessaires, pour que le verbe puisse se développer ; mais, dont l'ensemble est tel : que, partout où elles sont, le verbe se développe : nécessairement.

Parmi les animaux, dits supérieurs, y a-t-il possibilité de communication réciproque de mouvement ?

Qui donc oserait le nier ?

Parmi les animaux, dits supérieurs, y a-t-il société nécessaire : en donnant, à ces mots la valeur : d'état de non-isolement ; de contact organique prolongé ?

Qui oserait nier : que, chez les animaux, dits supérieurs, il y ait famille physiologique ?

Chez les animaux, dits supérieurs, y a-t-il : cerveau, centre nerveux ; mémoire matérielle centralisée ?

Qui donc oserait le nier ?

Et, que faut-il ajouter à ces conditions ; pour, que les animaux parlent NÉCESSAIREMENT ?

La sensibilité.

Mais, les animaux ne parlent pas. Que leur manque-t-il donc pour, qu'ils puissent parler ?

La sensibilité. Il faudrait être fou, pour oser le nier.

Est-ce clair ?

En réalité, il n'y a donc : humanité ; intelligence ; moral ; souffrance ; jouissance ; que là : où, des signes réels ; des connaissances conduisant nécessairement à la découverte de la règle rationnellement incontestable des actions, tant individuelles que sociales, se sont déjà développés. Et partout, où, dans les circonstances précitées, des signes, des connaissances conduisant nécessairement au même but, ne se seront point développés ; nous pourrons en conclure, d'une manière rationnellement incontestable : que, là il n'y a : humanité ; intelligence ; moral ; souffrance et jouissance ; qu'en illusion ; et non : en réalité.

Cette conclusion, incontestable, se trouve en opposition directe : non-seulement avec l'opinion vulgaire, ayant existé depuis l'origine de l’humanité ; mais encore, avec l'état actuel de la science. D'où proviennent ces deux oppositions ?

Commençons par l'opposition vulgaire.

Le vulgaire, c'est-à-dire ceux qui ont des opinions ; et, sous ce rapport, toute la science actuelle appartient encore au vulgaire ; juge sur des apparences et sur des preuves adoptées par éducation. Le vulgaire est un enfant. Élevez un enfant dans la croyance : que, sa poupée peut : dormir ; souffrir et jouir : il sera d'autant plus porté à le croire : que, sa poupée lui ressemblera davantage. Battez cet enfant, faites-le souffrir en le réveillant ; puis, frappez sa poupée, sous prétexte de la réveiller ; et, pour peu que sa sensibilité soit exaltée ; c'est-à-dire : pour peu, que sa mémoire matérielle soit propre à ramener, facilement, les signes intellectuels relatifs à la poupée et à la douleur ; l'enfant souffrira intellectuellement, par le raisonnement, par le sens interne ; plus, peut-être, que s'il avait été battu, il n'eût souffert matériellement ; ce qui signifie : souffrir par les sens externes ; car, sans cette explication, l'expression souffrir matériellement : N'A PAS LE SENS COMMUN.

C'est, seulement, lorsque l'âge des individus ; et, une seconde éducation, venant renverser la première ; leur démontrent : que, la capacité d'exécuter des mouvements de locomotion apparemment spontanés ; mouvements inhérents à la vie zoologique ; est nécessaire, pour qu'il puisse y avoir jouissance et souffrance ; que, ces enfants parviennent à se persuader : que, leurs poupées sont incapables de souffrir. Il en est de même, pour l'enfance humanitaire. Les individus de tout âge, pendant que dure cette période, sont élevés dans la persuasion : que, les poupées, vivantes et ambulantes, qu'ils voient veiller et dormir ; sont, comme eux susceptibles de jouir et de souffrir. Frappez les poupées de ces enfants humanitaires ! Pour peu, que leur sensibilité soit exaltée ; et, qu'ils tiennent à leurs poupées ; ils souffriront, intellectuellement ; plus, peut-être, qu'ils n'eussent souffert, matériellement : si, eux-mêmes, eussent été battus.

C'est, seulement : lorsque l'âge humanitaire ; et, une éducation basée sur l'incontestabilité ; éducation, que le besoin d'ordre rend nécessairement opposée à celle qui, primitivement, n'a de base que des opinions ; viennent démontrer à l'humanité : que, la capacité d'exécuter des mouvements de locomotion apparemment spontanés ; mouvements inhérents à la vie zoologique ; et, même l'apparence de la souffrance et de la jouissance ne suffisent point, pour s'assurer, qu'il y a, réellement, jouissance et souffrance ; c'est seulement alors, disons-nous : que, l'humanité vient à se persuader : que, chez les individualités organiques, ayant les apparences de la capacité de jouir et de souffrir, il n'y a cependant individualité réelle, capacité réelle de jouir et de souffrir : que, là où des signes réels et, le développement des connaissances qui en résulte nécessairement ; s’établissent : NÉCESSAIREMENT.

Passons à l'opposition de la science actuelle.

La science actuelle ne diffère du vulgaire, si on veut l'en séparer, qu'en ce que : le vulgaire ne se pique point d'appuyer ses sentiments, sur des raisonnements ; tandis, que la science actuelle s'imagine, très-faussement : que, ses conclusions sont établies : sur un véritable raisonnement. Toutes les analogies, dit-elle, prouvent : que, chez les animaux, il y a souffrance, jouissance, par conséquent : sensibilité, intelligence. Par une série non interrompue, d'individualités, nous allons : de l'homme, jusqu'au dernier mouvement inhérent à la matière ; ou, plutôt, essence de la matière. L'intelligence n'est donc : que, modification, matière.

Certes, si ce raisonnement est bon, l'intelligence n'est, en effet, que matière. Mais, comme les lois de la matière sont essentiellement nécessaires ; et, que l'intelligence n'est que raisonnement ; il s'ensuit : que, la science actuelle, croyant obéir à un raisonnement, dont l'essence est la liberté, n'obéit cependant : qu'à la nécessité ; et, que ce qu'elle admet, pour raisonnement réel ; n'est, d'après ses propres principes, qu'un raisonnement illusoire.

Cette erreur, de la science actuelle, provient : de ce que, pendant l'enfance humanitaire, les analogies, à défaut d'identités, sont nécessairement prises : comme critérium de raisonnement. C'est, seulement, lorsque la nécessité sociale rend impossible la permanence de l'ordre sur une pareille base ; qu'il se découvre : que, chez les animaux, la sensibilité est purement illusoire.

Dans le commencement de cette révolution, seule révolution réelle ; les intelligences, nouvellement émancipées, éprouvent souvent des révoltes de l'organisme, contre cette conclusion. Que, par exemple, l'homme le plus convaincu : que, les animaux n'ont point de sensibilité réelle ; mais, élevé dans le préjugé, vienne à assister à une vivisection ; qu'il voie : scier les os d'un animal vivant ; lui ouvrir la poitrine, et placer le cœur à nu, pour que les palpitations puissent en être examinées ; il sera possible : que, ce spectacle de douleurs que, malgré lui, il s'imagine voir éprouver ; le force : de sortir de l'amphithéâtre, malgré toute sa raison ; et, s'il était assez imprudent, pour vouloir résister à ces tendances organiques dérivant de l'éducation ; il serait possible : que, cette résistance lui causât la mort. Mais, lorsque la nécessité sociale force de donner, à tous, une éducation sociale, basée sur l'instruction incontestable ; l'enfant de l'état de virilité humanitaire, verra une vivisection sur un amphithéâtre, ou bien l'exécutera lui-même, avec autant de calme : qu'un jeune homme, de l'enfance humanitaire, voit mettre ou met lui-même sur le tour : la poupée qui, jadis, faisait ses délices ; si, maintenant, il veut en faire : une bonbonnière.

Combien, l'homme de l'état de virilité humanitaire sera donc cruel ! va s'écrier le préjugé de l'époque. C'est, cependant, le contraire, qui est la vérité : sa pitié, sa commisération, son dévouement, ne seront plus répandus sur la série zoologique tout entière ; mais, concentrés sur la seule humanité. L'éducation et l'instruction seront UNE ; et, la prédominance, de l'éducation, ne fera plus déraisonner.

Donnons deux exemples remarquables de la prédominance de l'éducation sur l'instruction.

Il était soutenu, devant un homme fort à la hauteur de l'état actuel de l'instruction, et par conséquent athée dans le sens de matérialiste : que, les animaux n'avaient : qu'une sensibilité apparente et non réelle. Quelle stupidité ! dit l'athée. Il m'est bien prouvé, ajouta-t-il : que, Dieu est une absurdité. Eh bien ! je croirais, plutôt, qu'il y a un Dieu ; que, de croire : que, chez les animaux, il n'y a point sensibilité réelle.

À peu de jours de distance, la même thèse était soutenue, vis-à-vis d'un homme fort à hauteur de l'ancienne instruction ; et, profondément chrétien ou se croyant tel. Quelle stupidité ! dit le partisan de la création. Il m'est bien prouve par la révélation, ajouta-t-il, qu'il y a un Dieu. Eh bien ! je croirais, plutôt, qu'il n'y a pas de Dieu : que, de croire : que, chez les animaux, il n'y a point sensibilité réelle.

Vouloir faire raisonner, contre l'éducation, l'immense majorité des hommes ; lorsque, le besoin personnel, ne les porte point au raisonnement ; c'est, vouloir : que, sans appui, un grave vienne à se soutenir : au milieu d'une atmosphère centripète.

Terminons ce paragraphe par un passage de Bonald. C'est, l'homme qui a examiné les philosophes, avec le plus de bonne foi et d'intelligence ; il n'avait aucun de leurs préjugés ; et, ceux qu'il avait ne l'empêchaient point : d'être juste à leur égard ; peut-être, parce qu'il s'apercevait bien : que, l'injustice n'était nullement nécessaire pour les confondre. Voyons-le, tracer le tableau de l'ignorance scientifique de son époque ; et, recherchons, en même temps : si, les plaintes qu'il fait et qui ont été justes jusqu'à lui ; le seraient encore : après ce qui précède.

— " Et, dit-il, le critérium de la philosophie, objet des vœux et des efforts de tous les philosophes ; ... "

— Le critérium philosophique est le point de départ : de tout raisonnement rationnellement affirmatif. jusqu'à ce que ce critérium soit trouvé, tout raisonnement, ne peut être, rationnellement qu hypothétique. Ce critérium : est l’ÂME, la SENSIBILITÉ RÉELLE. C'est, à ce critérium, que tout doit être rapporté avant de savoir : si, ce qu'on va dire devra être pris : au propre ; ou, au figuré.

— " ... ce signe, continue Bonald, auquel on peut distinguer l’erreur de la vérité ;... "

— Avant, de pouvoir distinguer l'erreur de la vérité ; il faut, d'abord, attacher des sens clairs, incontestables, ne renfermant rien d'absurde, aux expressions : ERREUR et VÉRITÉ. Après cela, il faut rechercher : si, ce qu'on a nommé vérité, existe réellement. Quand, on a trouvé : que, la vérité existe ; quand, on la connaît ; elle sert : à trouver, ce qui n'est pas elle ; et, ce qui n'est pas elle, est erreur, illusion : en tant, que pris pour vérité. Nous avons vu : que, s'il y a des vérités, ce sont les immatérialités ; nous avons appris à les distinguer des erreurs ; les reproches de Bonald, ne s'adressent pas à nous.

— " ... cette première vérité, continue Bonald, qui puisse servir de point de départ pour la recherche de toutes les autres ; ... "

— En effet, il faut nécessairement qu'un raisonnement, rationnellement affirmatif, ait une vérité pour point de départ : sinon, ce n'est qu'un raisonnement hypothétiquement affirmatif ; et, quiconque ne le considère pas, comme seulement hypothétique, est un sot ; ou, un fripon.

— " ... ce premier fait, continue Bonald, qui puisse légitimement expliquer tous les autres faits, est-il encore trouvé ? "

— Oui, il est trouvé. Que l'on cherche un fait, un seul, qui ne puisse être déduit, expliqué par la connaissance des immatérialités et leur distinction de la matérialité ; et, nous nous reconnaîtrons dans l'erreur.

— "...L'un, continue Bonald, place ce critérium dans l'expérience ;..."

— Il est, pour ainsi dire impossible, d'avoir l'expérience de toutes les folles distinctions qui ont été faites : de l'expérience et de l'observation. Nous allons en donner une, entre des millions, tirée de l'un des hommes les plus instruits des temps modernes.

— " Les faits, dit Bentham, dont j'ai eu la perception en moi sont ce qu'on appelle expérience dans le sens strict, les faits dont j'ai eu la perception comme s'étant passés hors de moi sont le sujet de ce qu'on appelle observation. je sais par expérience que les brûlures font souffrir ; je sais par observation à quel degré de chaleur la végétation se développe. " (J. BENTHAM, Traité des preuves judiciaires, t. I, p. 20.)

— Est-ce par expérience ou par observation, que Bentham sait : qu'il est aujourd'hui le même être qu'il était hier ? Ce n'est ni par expérience ni par observation. C'est, par raisonnement. Avant le raisonnement, avant le verbe, l'homme ne sait pas s'il existait hier ; il ne sait pas : si, le feu qui l'a brûlé, brûle ; il éprouve des attractions, des répulsions et rien de plus ; sa mémoire matérielle se modifie, et rien de plus. Expérimenter et observer : sont raisonner ; et, raisonner bien ou mal. Sortez de là, il n'y a plus qu'obscurité.

— " ... l'autre, continue Bonald, dans l'évidence ; ... "

— Avant, la distinction incontestable, de l'erreur d'avec la vérité, il n'y a : que, des évidences de fait ; et, aucune évidence de droit. L'évidence de fait, est aussi réelle, pour l'halluciné ; que, pour celui qui ne l'est pas.

— " ... celui-ci, continue Bonald, dans la raison suffisante, l'instinct ou l'habitude ;... "

— La raison suffisante est une conséquence : de la conformité ou non-conformité au critérium. Avant de l'avoir, la raison suffisante : est une sottise.

Il faut ensuite être fou : pour, placer le critérium du raisonnement, dans l'instinct de l'habitude.

— " ... celui-là, ajoute Bonald, dans la connaissance réfléchie ou intuitive. "

— Ce critérium a besoin d'un autre critérium, celui de la force, pour se faire accepter.

— " Le sens moral, continue Bonald, le sens naturel, le sens commun, la raison naturelle, la sociabilité, l'identité, le principe de la contradiction etc., ont chacun leurs partisans. "

— Avant, la connaissance des immatérialités ; les identités : sont des folies ou des hypothèses. Les identités mathématiques ne sont : que, des abstractions d'hypothèses.

Quant, au principe de contradiction ; qu'en faire, avant d'avoir un critérium.

— " La maxime points d'effets sans causes paraît, continue Bonald, évidente à quelques-uns. "

— Dans l'ordre de temps, point d'effets sans causes, est évident ; c'est, une proposition identique. Point d'effets sans causes, dans l'ordre d'éternité, est une sottise.

— " Hume, ajoute Bonald, n'y voit qu'un prestige que la raison dissipe, et il doute même du principe de la causalité. "

— Un principe de causalité, dans l'éternité, est une sottise ; et, c'était chez Hume, une sottise d'en douter.

— " Berkley, continue Bonald, élève des doutes insolubles sur l'existence des corps,... "

— Autre sottise de douter. Il faut être fou : pour, considérer les corps comme des réalités ; il faut être fou : pour, ne pas être certain : que, les corps sont des forces qui nous modifient.

— " ... et, continue Bonald, ne découvre qu'un songe, que de vaines apparences dans tout ce que nous appelons matière, monde, univers. "

— Vaines apparences est une sottise. Une apparence, est toujours une réalité : en tant qu'apparence. Tout cela est logomachique.

— " L'un, continue Bonald, ôte tout caractère représentatif à nos idées ; l'autre, tout caractère représentatif à nos sensations. "

— Une idée est toujours une sensation ; et, dans le temps, une sensation est toujours une idée. Quant à la représentation, c'est toujours l'affaire du verbe. Tous ces galimatias ont pour base l'ignorance : c'est-à-dire : l'indétermination des expressions.

— " Celui-ci, continue Bonald, ne voit dans l'univers que de l'intelligence ;... "

— Avant de ne voir, partout, que de l'intelligence ; il faut savoir : s'il y a de l'intelligence, en réalité, et plus qu'en illusion. Tout cela est logomachie. Il faut être fou, pour douter : que, nous nous croyons intelligents ! Après cela, le sommes-nous en réalité ? Non, si les bêtes sentent ; oui, si elles ne sentent pas.

— " ... celui-là, continue Bonald, n'y voit que de la matière ;... "

— Et, celui-là, s'il était rationnel, il verrait : qu'il ne peut rien voir. Toutes ces affirmations sont pitoyables, avant d'avoir, pour les juger : un critérium incontestable.

— " ... un pyrrhonien conséquent, continue Bonald, n'y verra rien,... "

— Autre folie. Il croira, qu'il croit voir ; sinon : il sera aussi fou que les autres.

— " ... et, dit encore Bonald, nous retomberons dans la question pourquoi y a-t-il plutôt quelque chose que rien ?... "

Ce pourquoi est une sottise ; une chose, qui a un pourquoi, n'est une chose qu'au figuré. Au propre, c'est rien : c'est une apparence ; un phénomène.

— " ... et même, dit-il enfin, sans pouvoir y répondre. " (BONALD, Recherches philosophiques sur les premiers objets des connaissances morales, t. I, p. 55.)

— Si quelqu'un vous demandait : pourquoi trois et deux font-ils sept ? Vous répondriez : À sotte demande pas de réponse.

Citons encore quelques passages de Bonald ; en priant ceux de nos lecteurs, que ces citations ennuieraient, de passer outre.

" L'Histoire comparée des systèmes de philosophie (par de Gérando) n'est, en dernière analyse, qu'une autre histoire des variations des écoles philosophiques, qui ne laisse pour tout résultat qu'un découragement absolu, un dégoût insurmontable de toutes recherches philosophiques, et l'impossibilité démontrée d'élever désormais aucun édifice, que dis-je ? de hasarder aucune construction sur ces terres sans consistance, pour me servir de cette belle expression de Bossuet, et qui ne laissent voir partout que d'effroyables précipices. Sur quoi donc sont d'accord les philosophes ? Sur rien. Quel point a-t-on mis hors de dispute ? quel établissement, comme dit Leibnitz, a-t-on formé ? Aucun. Platon et Aristote se demandaient qu'est-ce que la science ? Qu’est-ce que connaître ? Et nous, après tant de siècles, après tant d’observations et tant d'expérience, après tant de systèmes et tant de disputes, de philosophie et de philosophes, nous, si fiers des progrès de la raison humaine, nous demandons encore qu'est-ce que la science ? qu'est-ce que connaître ? Et l'on peut dire de nous que nous cherchons encore la science et la sagesse que les Grecs cherchaient il y a deux mille ans. " (Recherches philos., etc., t. I, p. 59.)

— Et l'on chercherait, en vain, des milliers d'années ; tant qu'on ne voit pas : que, la solution de ces questions dépend de savoir : si les bêtes sentent : réellement ; ou, illusoirement.

— " Et non-seulement, dit encore Bonald, il n'y a jamais eu de système de philosophie qui ait pu réunir tous les esprits dans une doctrine commune, mais il n'est pas même possible qu'avec la manière de philosopher SUIVIE JUSQU'À PRÉSENT il y en ait jamais aucun. "

— C'est incontestablement vrai ; et, c'était très-facile à voir. Comment, ne l'a-t-on pas vu ? La solution de cette question appartient : à l'ordre moral.

— " Les hommes, continue Bonald, naturellement indépendants les uns des autres, se gouvernent dans leurs actions par leur volonté, dans leurs pensées par leur raison, et la raison humaine ne peut céder qu'à l'autorité de l'évidence ou à l'évidence de l'autorité : or il n'y a jamais eu dans notre philosophie ni autorité ni évidence. "

(Ibid., p. 61.)

— C'est encore incontestablement vrai.

— " Non-seulement, continue Bonald, la philosophie manque d'évidence pour convaincre les esprits, mais les philosophes manquent bien plus d'autorité pour les soumettre. Si l'homme me parle au nom de la divinité, et que je CROIE qu'elle a dû donner des lois à la société pour en transmettre la connaissance à l'homme, je suspens mon jugement, et J'EXAMINE... "

— Et, si après examen, vous trouvez, ce qui est inévitable : que, la divinité est absurde ; que conclurez-vous ?

— " ... si, continue Bonald, les caractères intrinsèques ou extérieurs de cette révélation PRÉTENDUE sont tels que je doive en croire les dogmes ou en suivre les préceptes ;... "

— Bien ! Mais, si l'examen vous a démontré : que, la divinité est absurde ; toute révélation sera une conséquence absurde. Alors, que ferez-vous !

— " ... parce que, continue Bonald, ma raison ne peut s'empêcher de reconnaître dans l'intelligence suprême le pouvoir et les moyens d'éclairer ma raison et de diriger mes actions. "

— Et, si votre raison vous force, invinciblement, à reconnaître : que, la valeur de l'expression intelligence suprême en tant que personnalité, est une absurdité ; que ferez-vous ?

— " Mais, continue Bonald, si l'homme me parle en son nom,... "

— Tout homme, qui parle en son nom, est un sot ou un fripon. Celui, qui n'est ni sot ni fripon, parle au nom : de la raison.

— " s'il vient, continue Bonald, imposer à mon esprit ses propres pensées, je suis en droit de lui demander quelle est son autorité sur moi, et d'où il tient sa mission. De son génie, dira-t-on ; mais tout chef de secte, tout fondateur de nouvelle doctrine est un homme de génie pour ses partisans ; mais chacun peut à volonté s'attribuer du génie; mais toute manière inusitée, extraordinaire, quelquefois extravagante de considérer les objets a passé souvent pour du génie aux yeux de certains esprits(60).  — "Voulez-vous, dit Fénelon, que je croie quelques propositions de philosophie, laissons à part les grands noms, VENONS AUX PREUVES, donnez-moi des idées claires et non des citations d'auteurs qui ont pu se tromper. " (Recherches philos., t. I, p. 74.)

— Nous avons donné : des preuves ; et des idées claires.

Appendice au § IV. (61)

À mesure, que je composais ce travail, sur la science sociale, je l'envoyais à M. de Potter de Bruxelles, qui en prenait copie et s'en servait : pour l'éducation de son fils jeune homme fort distingué, alors étudiant, et depuis docteur en médecine.

Après avoir étudié le § 4, ce jeune homme m'écrivit la lettre suivante ; et, bientôt après, vint, lui-même, chercher la réponse que je vais mettre à la suite de sa lettre.

M. Agathon de Potter retourna convaincu ; et, son père le fut également ; ou, l'était déjà : car, en 1848, dans un ouvrage intitulé LA RÉALITÉ, etc., il disait :

— " J'ai puisé ce dont se compose cet ouvrage dans les manuscrits, les conversations et la correspondance d'un ami qui refuse de se faire connaître, parce que, dit-il, son nom, sans autorité sur les esprits, n'ajouteraient rien à la force de la vérité dont le triomphe est son unique but.

" Pendant près de dix ans, j'ai lutté contre la doctrine nouvelle, dont maintenant je me fais propagateur. Mes opinions préconçues, mes préjugés, l'éducation de ma jeunesse, l'enseignement qui l'avait suivie, et peut-être, à mon insu, la vanité et la paresse, repoussaient cette doctrine de toute la puissance d'une habitude enracinée. JE N'AI CÉDÉ FINALEMENT QUE LORSQUE LA CONTRAINTE MORALE EST DEVENUE IRRÉSISTIBLE. " (Avertissement, p. II et III.)

— Et plus loin.

— " Nous le répéterons toujours, il n'y a donc à démontrer qu'une chose : C'est l'IMMATÉRIALITÉ, LA RÉALITÉ DES ÂMES.

" Or nous le disons ici sans hésiter : la certitude incontestable de la réalité des âmes nous est acquise aussi clairement que celle de la proposition mathématique : DEUX ET DEUX FONT QUATRE.

" Et dès qu'on éprouvera le besoin réel de la connaître, Nous SERONS PRÊT À LA DONNER. "

Extrait d'une lettre de M. Agathon de Potter.

" J'ai lu avec attention le § IV tout entier. J'ai parfaitement compris tout ce qui se trouve sous les titres Mémoire, sensation, idées. etc. LA SEULE DIFFICULTÉ QUE J'Y AIE TROUVÉE est relative à la démonstration du développement du verbe. Je vais transcrire ce passage en entier, etc.

CITATION.

" Arrive la puberté. Ils se rencontrent. Toute antipathie, s'il y en a une, disparaît. Il n'y a pas encore raisonnement, mais attraction. Les fluides opposés s'attirent, l'éternité existe encore. Les fluides se confondent, le cercle électrique se complète, et la première incarnation est à la naissance du langage, de la raison, des idées, du verbe. Moi, toi, nous, disent chacun d'eux. La parole et l'idée, l’idée et la parole naissent simultanément, et trouvent leur source dans le premier éclair d'existence PERÇUE, dans le premier embrassement. "

" Après avoir admiré tant de fois, continue M. Agathon de Potter, la justesse de vos raisonnements, je dois avouer que je ne m'attendais pas à vous voir donner le nom de démonstration au passage que je viens de vous citer. Combien de fois, cependant, n'avez-vous pas dit que vous démontreriez cette proposition INCONTESTABLEMENT ? Je commence par croire qu'il nous manque le principe principal. "

" Moi, toi, nous, disent-ils. Montrez-nous qu'elle est la NÉCESSITÉ et la DÉMONSTRATION SERA TROUVÉE. Ce n'est pas prouver que le verbe doit se développer que de dire qu'il se développe, et c'est cependant ce que vous faites ici. "

— M. Agathon de Potter a raison. Ce n'est pas prouver : que, le verbe doit se développer ; que, de dire : qu'il se développe. Mais, dire : comment, il se développe nécessairement ; c'est : prouver.

La démonstration, citée par M. A. de P., et prise isolément, ne prouve rien. Elle prouve seulement : en tant, que liée aux paragraphes précédents. C'est cet ensemble que nous allons résumer. Et nous disons résumer : parce que les paragraphes précédents sont toujours nécessaires : pour comprendre, parfaitement, les présentes démonstrations.

La difficulté, élevée par M. A. de P. roule : sur le passage, de l'ordre d'éternité à l'ordre de temps ; et, sur le développement du verbe, qui en est la suite nécessaire, dans l'état de société nécessaire.

La théorie et la pratique prouvent : que, l'homme, à l'état d'isolement ne passe point à un ordre de temps, développant nécessairement le verbe.

Quelle est la cause : qui, alors, empêche ce passage ?

Quelle est la cause : qui fait passer, nécessairement l'homme à cet ordre du temps ; du moment qu'il est à l'état de société nécessaire ?

Comment, le verbe se développe-t-il nécessairement : après, le passage à l'ordre de temps ; et, dans l'état de société nécessaire ?

Voilà ce qui est à élucider.

Commençons par rappeler les valeurs des expressions : temps ; et nécessairement.

Le temps est une succession perçue.

Passons à l'expression nécessairement.

Au mot nécessaire, le dictionnaire dit inévitable. Qu'est-ce qui est inévitable en logique ? C'est, d'arriver à sa conscience, à son propre raisonnement ; et, si cette même accession est inévitable pour quiconque n'est pas fou ; cette accession est dite se faire nécessairement. Par exemple, un est l'abstraction de soi-même, de sa sensibilité, de son sentiment de l'existence. Vouloir donner une démonstration de cette proposition ; c'est, l'obscurcir.

Au mot nécessairement, le dictionnaire dit : par un besoin absolu. C'est, peut-être, la meilleure définition qu'il y ait dans le dictionnaire. Or, ce qui est absolu est indépendant : vous voyez : que le mot nécessaire ne peut dépendre d'une démonstration.

Le nécessaire appartient aux lois éternelles. Le parfum de la rose y appartient ; l'union des immatérialités à des organismes y appartient de même. On doit démontrer : l'existence des immatérialités. L'existence du parfum de la rose ; l'existence de la matière modificatrice ; le comment de l'union des immatérialités aux organismes ; ne se démontrent pas : ces faits existent, s'ils existent ; par suite, des lois éternelles : nécessairement.

Vous avez souvent entendu parler : de la lucidité de M. Arago, pour faire comprendre les faits scientifiques les plus obscurs. Elle est telle : qu'il n'est rien, dans la science, qu'il ne puisse mettre à la portée d'un enfant. Voici comment il s'expliquait, dans une de ses leçons à propos de la manie de vouloir démontrer l'évidence. Ce qu'il dit vous sera également utile en mathématiques. Car, la fureur de vouloir démontrer l'évidence, le nécessaire, se trouve, chez beaucoup de personnes, poussée jusqu'au ridicule. C'est un écueil qu'il faut éviter.

Je commence par tracer la figure dont il va être question.

— " Considérez deux lignes, dit M. Arago, CB, CA, formant entre elles un certain angle ACB, et une fausse équerre acb, composée de deux lignes inflexibles, de deux branches métalliques, par exemple, qui font l'une avec l'autre l'angle acb=ACB. Si nous faisons coïncider la branche cb avec CB, et le point c avec le point C, la branche ca coïncidera ainsi nécessairement avec CA. Et s'il y a quelque chose d'évident au monde, c'est que si la branche cb glisse le long de CB, de manière que le sommet de l'équerre arrive en c, la branche ca se séparera tout entière de CA, quelque infiniment prolongée qu'on la suppose ; de telle sorte que la ligne ca ne rencontrera point CA. En faisant l'expérience on s'assure qu'il en est ainsi, et l'esprit voit instinctivement qu'il ne peut en être autrement. Un grand nombre de géomètres, cependant, et parmi eux des hommes éminents, s'obstinent, PAR UN LAMENTABLE TRAVERS, à ne pas accepter cette évidence ; ils se condamnent à démontrer que l'un des points ca n'est pas resté sur CA, et que ces deux lignes ne se rencontreront point. Ils entassent donc construction sur construction, raisonnement sur raisonnement ; mais ces prétendues démonstrations ne sont au fond que des paralogismes : aussi aucune d'elles n'a résisté à un examen attentif. Il ne pouvait pas en être autrement : pour qu'une vérité puisse devenir l'objet d'une démonstration, il faut qu'elle soit moins clairement perçue que les principes par lesquels on prétend la démontrer ; et si cette vérité est évidente par elle-même, comme celle que nous venons de rappeler, la démonstration est réellement impossible. "

— Une autre source, de votre difficulté de comprendre, vient de ce que vous ne distinguez pas assez : la mémoire générale, ou l'organisme, là où il y a de l'organisme ; de la mémoire centralisée, le cerveau, qui fait lui-même partie de l'organisme. Peut-être est-ce ma faute. Je croyais vous avoir expliqué : que la mémoire générale est l'ensemble des propriétés, dérivant des lois éternelles ; et, que la mémoire centralisée, le cerveau, ne renferme : que des propriétés accidentelles. Dans la mémoire centralisée rien n'est inné. Ce qui est inné, dans le cerveau, appartient à la mémoire générale.

Donnons un exemple : d'un fait nécessaire ; d'un fait, qui n'a pas besoin de démonstration ; d'un fait d'observation ; d'un fait qui se rapporte : au sujet que nous traitons.

Un lièvre passe tous les soirs, dans le même trou d'une haie : pour entrer dans un enclos. En le passant : un peu plus, un peu moins de vent ; un peu plus, un peu moins de chaleur ; affecte son organisme ; mais il n'y a rien là qui puisse se placer particulièrement : dans son cerveau ; dans sa mémoire centralisée ; dans sa mémoire particulière. Si, cependant, en passant le trou : le bruit d'un coup de fusil frappe son oreille ; un grain de plomb frappe ses muscles ; le bruit, la blessure, modifiant son cerveau, se lient, dans son cerveau, dans sa mémoire centralisée, dans sa mémoire particulière ; avec le lieu où cela se passe ; il y a là, ce que nous avons nommé : idées matérielles ; liaison d'idées matérielles. Ce fait, n'a pas besoin de démonstration ; c'est le parfum de la rose ; c'est un fait qui s'observe ; un fait identique pour tous ceux qui ne sont point malades ; un fait qui s'accepte inévitablement ; et cela s'exprime en disant : que, le placement du bruit, etc. dans le cerveau se fait : nécessairement.

Si, une première fois, l'impression cérébrale, la liaison des idées matérielles n'ont point été assez fortes : pour, que le lièvre ne repassât plus dans le même trou ; et, que la seconde, il reçoive un nouveau coup de fusil ; la liaison s'établira à la seconde fois ; sinon, à la troisième ; sinon, on dira : que, le lièvre est matériellement fou ; ce qui signifie : malade, ou anormal. Mais, cela n'empêchera point de dire, en général : que, le bruit du coup de fusil, etc., se place nécessairement : dans sa mémoire centralisée, dans son cerveau ; et, que sans le coup de fusil, le passage dans la haie serait, comme le reste de la route, demeuré un effet de l'organisme, dont le cerveau fait partie. Vouloir : donner une démonstration de ce fait, serait, nous le répétons ; vouloir : donner une démonstration de la théorie des parallèles, une démonstration du parfum de la rose, etc.

Arrivons aux difficultés qui vous embarrassent.

1° Quelle est la cause qui empêche l'homme, à l'état d'isolement, de passer à un ordre de temps développant nécessairement le verbe ?

Supposons qu'un homme, à l'état d'isolement, à l'état d'éternité, passe par le trou, dont il vient d'être question pour le lièvre. Aussi longtemps que ce passage n'offre aucune particularité, rien de particulier ne se fixe dans sa mémoire particulière. Mais si, en passant par le trou, un bruit suffisant se lie à une modification de peine ou de plaisir ; ce bruit inaccoutumé, la peine ou le plaisir, et le lieu, se lieront nécessairement dans sa mémoire particulière. Si, c'est du plaisir qu'il a éprouvé, une attraction se manifestera : quand il reviendra au trou. Si, c'est de la souffrance, ce sera une répulsion. Mais, il n'y aura point, chez lui, de succession perçue ; l'éternité ne sera point brisée ; le passage, à l'ordre de temps, n'aura point lieu.

Supposons maintenant : qu'au passage du trou, le bruit, et la peine ou le plaisir, viennent à se répéter assez promptement : pour, que la première liaison ne soit point effacée, dans la mémoire particulière, lorsque la seconde arrive. Alors, la succession de modifications se trouve matériellement perçue ; de manière que, s'il s'agissait d'une idée dépourvue de sensibilité réelle, il serait : attiré, vers ce qui nous semble plaisir pour lui ; ou repoussé, si c'était ce qui, toujours pour lui, nous semble peine. Cette perception matérielle devient nécessairement perception intellectuelle ; si, l'être est doué de sensibilité réelle. C'est, la perception intellectuelle, de cette succession de moi modifié, qui constitue le passage : de l'ordre d'éternité à l'ordre de temps.

Supposons, en outre : que, le bruit et la modification qui ont affecté l'homme au passage du trou ; et qui, par leur répétition, l'ont fait passer de l'ordre d'éternité à l'ordre de temps, viennent à cesser ; l'homme retombera dans l'état d'éternité : parce que la succession de modifications, dont la perception constitue l'état de temps, s'effacera de sa mémoire.

Supposons, de plus : que, les bruits et les modifications successifs, de peine ou de plaisir, se répètent, à de certains intervalles ; alors, il pourra y avoir différents passages : de l'état d'éternité à l'état temps ; et, de l'état de temps à l'état d'éternité ; si, les intervalles sont assez considérables : pour que, pendant ce temps, la perception de la succession ait pu s'effacer de la mémoire. Mais, la cause de ces modifications étant censée dépourvue : de sensibilité, d'un organisme ayant les mêmes besoins ; et, la société nécessaire n'existant point ; cette cause ne pourra aider l'homme à développer : le signe du moi successivement modifié ; signe qui est, alors, le bruit uni à la peine ou au plaisir. L'attraction de l'homme, passé à l'ordre de temps, interrogeant matériellement, demandant matériellement, l'expression du moi restera sans réponse, soit matérielle, soit intellectuelle : sans réponse matérielle, parce que les attractions et leurs conséquences ne sont pas les mêmes entre l'homme et la cause extérieure que nous avons supposée ; sans réponse intellectuelle ; parce que cette cause est supposée dépourvue de sensibilité réelle. Dans le cas de répétition, le verbe ne se développera donc point ; et, dans le cas de non-répétition, la mémoire centralisée, par défaut d'exercice suffisant, ne conservera point le premier signe comme intellectuel ; et l'homme, passé à l'état de temps par une illusion de société, retombera, par la réalité, dans l'état d'éternité. C'est ainsi : que, des enfants, ayant déjà reçu le verbe par la communication de ceux qui les ont élevés, sont retombés dans l'ordre d'éternité ; lorsque, des circonstances les ont plongés jeunes et longtemps, dans l'état d'isolement. Et cependant, chez eux, le verbe, lorsqu'ils ont été livrés à l'état d'isolement, ne se bornait point à la simple expression du moi, comme dans la supposition que nous venons de faire ; il s'était développé : dans toute l'étendue qui appartient à un enfant, déjà capable de vivre au sein du désert. Il est bien plus difficile de comprendre : comment le verbe, acquis à un certain degré de développement, peut se perdre dans l'isolement ; que, de comprendre : comment il se développe, nécessairement : au sein de la société nécessaire.

L'homme, à l'état d'isolement, passe souvent à l'état de temps, par des illusions de contact avec des sensibilités apparentes. Mais, le temps n'apparaît alors : que, comme des éclairs, passages d'une éternité à une autre, Le verbe, pour que sa génération puisse se développer, a besoin du contact d'un autre verbe ; et, s'il était permis de comparer deux ordres essentiellement différents, il serait possible de dire : que le verbe, non point pour naître, mais pour vivre et se développer, a besoin : du contact de deux intelligences ; comme l'humanité, pour vivre et se développer, a besoin : du contact de deux organismes.

Quelle est la cause qui fait passer nécessairement l'homme à cet ordre de temps, du moment qu'il est à l'état de société nécessaire ?

Du moment que deux sensibilités, unies à de semblables organismes, sont en contact nécessaire ; les attractions causent, nécessairement, des mouvements et des jouissances successives, qui se placent, nécessairement, dans les mémoires centralisées comme successions perçues ; et, ces perceptions nécessaires constituent le passage de l'état d'éternité à l'état de temps, ainsi que nous venons de le voir pour l'état d'isolement. La société nécessaire rend nécessaire : la répétition des contacts ; et, le maintien à l'état de temps.

Comment le verbe se développe-t-il nécessairement après le passage à l'ordre de temps et dans l'état de société nécessaire ?

Le premier signe du moi modifié est le mouvement de contact uni au plaisir. C'est : la première sensation intellectuelle ; la première perception intellectuelle.

Alors, chaque sensibilité passée à l'ordre de temps, ayant sa première sensation réelle, sa première perception réelle, sa première expression, sa première parole, sa première idée, devient capable de volonté ; et, le mouvement traducteur de la sensibilité modifiée, n'ayant été jusqu'alors produit que nécessairement, comme résultant de l'organisme, pourra l'être volontairement, comme résultant de la sensibilité, de l'âme, par l'intelligence.

Et, ce mouvement pouvant être produit par l'âme au moyen de l'intelligence, l'est nécessairement ; parce que, l'attraction vers le mouvement, expression de la sensibilité modifiée de l'individu avec lequel la première sensibilité se trouve en contact, se change en volonté réelle produisant ce mouvement interrogateur ; mouvement équivalent : à moi interrogeant toi ; laquelle réponse est un même mouvement équivalent : à moi répondant à toi ; et, RÉCIPROQUEMENT. Le nous est l'ensemble de ces mouvements.

Arrêtons-nous un instant. L'expression, volonté réelle, a ici besoin de quelque éclaircissement.

Nous avons déjà dit : que, les expressions ne font que suivre les idées. Tant, que celles-ci ne sont point nettes ; les expressions, qui les représentent, sont obscures ; c'est-à-dire : indéterminées. Il n'est donc pas étonnant : que, le mot volonté soit, jusqu'à présent, resté sans détermination précise.

Examinons les différentes valeurs du mot volonté.

Il y a volonté apparente, volonté au figuré : c'est celle de l'animal figurément dit ; celle, de l'être exclusivement zoologique.

Passons à l'homme existant encore dans l'ordre d'éternité.

Ici, ce n'est aussi : qu'une volonté figurément dite, une attraction ou une répulsion, qui est sentie si elle est peine ou plaisir (62) ; mais, qui n'est point perçue.

Du moment que l'homme existe à l'état de temps, n'y a-t-il chez lui qu'une espèce de volonté réelle ? Analysons.

Qu'est-ce qu'une volonté réelle ?

C'est une attraction perçue, comme le temps est succession perçue.

Mais, pour qu'une volonté soit réelle, ne faut-il pas qu'il y ait choix : entre deux attractions opposées ; et, acquiescement libre à l'une des deux ?

Cela dépendra de la valeur que nous attacherons à l'expression volonté réelle. Si, nous nous contentons de donner, à cette expression, la valeur d'attraction perçue ; il n'est pas nécessaire : que, cette volonté dépende de la liberté. Et, c'est la valeur que, maintenant, nous attachons à cette expression. Si, à l'expression volonté réelle, nous attachons la valeur : non-seulement d'attraction perçue ; mais, encore celle d'acquiescement à l'une des deux attractions opposées, l'une dérivant de l'organisme, l'autre du raisonnement ; il est évident : que, la volonté réelle n'existera : qu'après le développement d'un raisonnement complexe, mettant en opposition les deux tendances perçues et leurs conséquences : ce qui, dans notre cas, ne peut encore exister.

Mais, nous disons : que, la volonté réelle, en attachant à cette expression la valeur d'attraction perçue, existe : dès, que la perception d'une attraction existe ; et, que la volonté réelle et libre : exige le développement du raisonnement ; exige la connaissance de deux tendances, l'une d'organisme, l'autre d'intelligence ; et de plus, le jugement de leurs conséquences.

A chacune de ces valeurs, il faudrait une expression particulière pour éviter les équivoques. C'est pour les éviter que nous donnons ces explications.

Maintenant, l'expression volonté réelle se comprendra facilement. C'est, qu'il nous soit permis de le répéter encore : une attraction perçue, non encore pourvue de liberté. C'est, s'il est permis de s'exprimer ainsi : une volonté encore involontaire, une volonté dans l'enfance. Nous aimons à mettre ces mots, pour ainsi dire en opposition dans une même valeur ; pour faire voir : avec quel soin les expressions doivent être déterminées ; quand on veut : et, se comprendre soi-même ; et, se faire comprendre par les autres.

Maintenant, continuons.

Dès, que le premier signe existe ; dès, que le mouvement, traducteur de la sensibilité modifiée, est pris chez chacun comme l'expression intellectuelle du moi, et leur ensemble comme l'expression intellectuelle du nous ; dès, que la mémoire intellectuelle existe ; dès, que le temps existe ; dès, que deux intelligences, déjà existantes dans le temps, sont en contact nécessaires ; l’INTELLIGENCE COMMUNNE EXISTE ; et, le raisonnement commence son développement : sous l'excitation des besoins. Car, ce n'est jamais que par le besoin que, le raisonnement se développe. Si, le premier couple restait perpétuellement enlacé et sans besoin ; le langage se bornerait à moi, toi, nous.

Donnons un exemple des développements du verbe, sous l'influence des besoins. Mais, auparavant, nous renvoyons à la partie du § 4, commençant par les mots : De nouvelles attractions brisent l'étreinte, etc.

Dans ce que nous allons dire, nous ne prendrons jamais : le possible ; mais toujours, et exclusivement : le nécessaire.

Tant, que l'homme et la femme sont seuls et bien portants ; il y a peu besoin de communications vocales : ils sont toujours ensemble. Si, la voyelle ou a été prise : pour signifier chaque moi ; ou-ou signifiera nous ; mais, sera rarement employé ; parce que, l'étreinte y suppléera. Nous supposerons qu'ils n'ont nul besoin : des expressions ayant pour valeur lui, eux, même au figuré ; ni de noms, ni de verbes, etc., ce qui est absurde ; et cependant, s'ils en ont besoin, ils donneront : des expressions à ces besoins.

Vient un enfant. Supposons qu'il grandisse jusqu'à ce qu'il puisse courir, sans avoir nécessité le développement du verbe. C'est, encore absurde ; mais, n'importe. Dès ce moment, il lui faut un nom pour l'appeler : dès, qu'on ne le verra plus. Supposons : que, ce soit ah, pour le distinguer : de ou père ; et, de ou mère. À lui, il lui faudra distinguer : le ou père, du ou mère ; nouvelles expressions. Vient un autre enfant ; nouveau nom. Que ce soit ih, pour rester dans les voyelles. La valeur eux devra avoir une expression. Bientôt, toutes les voyelles seront employées. Il faudra les répéter ; ou, arriver aux consonnes. Et le tonnerre, le vent, les eaux, les cris des animaux en auront donné l'initiative ; si, elle est nécessaire.

L'un des enfants dort, ou frappe, ou pleure, etc. ; nouvelles expressions devenues nécessaires ; et, celles-ci contiennent : le verbe et l'adjectif...

En vérité, mon cher Agathon, en allant plus loin : je ferais injure à votre intelligence.

Tout ce que nous venons d'expliquer, très-longuement, se produit nécessairement : au contact nécessaire de deux individualités réelles ; dans les circonstances données. Il est évidemment impossible : que, cela ne soit pas ; et cela ne peut être contesté ; que : par la volonté de nier.

Telles sont les causes :

1° De la permanence de l'ordre d'éternité, au sein de l'isolement ;

2° Du passage à l'ordre de temps ; et, du retour à l'état d'éternité, lorsque la société est illusoire ; ou, lorsque la société entre deux individus réels se trouve brisée : avant, que la mémoire centralisée ait reçu le verbe, d'une manière ineffaçable ;

3° Du passage de l'ordre d'éternité à l'ordre de temps, au sein de la société nécessaire ;

4° Des développements nécessaires du verbe, sous l'influence des besoins.

Voyons les preuves pratiques, de ces différentes assertions théoriques : toutes, théoriquement, incontestables.

La permanence, de l'ordre d'éternité au sein de l'isolement, est prouvée pratiquement ; par les exemples que nous avons donnés : aux précédents paragraphes.

Le retour, à l'état d'éternité : lorsque, la société est illusoire ; ou, que la société, entre deux individus réels, se trouve brisée, avant que la mémoire matérielle ait reçu le verbe d'une manière ineffaçable ; est prouvé pratiquement : par les enfants qui ont été trouvés dans des solitudes ; et qui, certainement, avaient reçu le verbe, et sont retombés, par l'isolement, dans l'état d'éternité.

Le passage, de l'ordre d'éternité à l'ordre de temps, au sein de la société nécessaire ; et, le développement du verbe, sous l'influence des besoins ; seront prouvés pratiquement : avec la même facilité ; et, une facilité plus grande encore ; dès que la société fera élever des enfants : soit ensemble, hors de toute communication avec des individus manifestant le verbe ; soit isolément, et de différents sexes, dans les mêmes conditions ; pour les mettre ensuite en contact, par couples, après l'époque de puberté. Ces expériences : que, la société fera nécessairement ; dont, le résultat sera incontestable vis-à-vis de la pratique ; comme, il l'est déjà vis-à-vis de la théorie : serviront à convaincre ; ceux, qui ne peuvent être autrement convaincus.

Nous croyons : que, les explications, que nous venons de donner, se trouvaient implicitement : dans la démonstration citée ; mise en rapport, avec les précédents paragraphes. Seulement, l'ellipse était trop forte. Et, comme les observations faites, par M. A. de Potter, pourraient l'être, par beaucoup d'autres personnes ; puisque lui-même, malgré sa bonne foi et ses connaissances, a eu besoin de ces mêmes explications ; nous les plaçons en note, comme appendice à la démonstration.

(Colins : Science sociale, tome V (1857), pp. 171 à 260.)


Notes:

[1]. " L'analogie... nous donne souvent lieu de faire certains raisonnements qui d'ailleurs ne prouvent rien, s'ils ne sont fondés que sur l'analogie...

" ... Les raisonnements par analogie peuvent servir à expliquer et à éclaircir certaines choses, mais NON PAS À LES DÉMONTRER. Cependant une grande partie de notre philosophie n'a point d'autre fondement que l'ANALOGIE. "

Ancienne encyclopédie, article ANALOGIE.

[2]. Plusieurs savants ont déjà abandonné la prétention : de conserver, un certain nombre d'infusoires, au sein de l'animalité. Alors, que sont-ils donc ?

[3]. Dans le présent paragraphe, nous répéterons souvent : des choses, qui déjà auront été dites au chapitre V du présent livre. Elles seront donc inutiles pour quelques-uns de nos lecteurs. Elles sont néanmoins si essentielles : que, nous préférons les replacer ici, inutilement, pour ces quelques-uns ; à laisser la discussion inintelligible, pour ceux qui n'auraient point conservé présent à l'esprit : ce que nous avons démontré, en examinant les principaux philosophes.

[4]. L'âme universelle de tous les philosophes de l'antiquité, n'est autre : que, la force, la matière ; ils ne se trompaient qu'en lui attribuant l'intelligence. Et, ils se trompaient nécessairement : tant que l'existence des immatérialités, des âmes n'était pas démontrée. Alors, il n'y avait de possible que, panthéisme ; ou anthropomorphisme.

[5]. Nous avons déjà dit mille fois : qu'un sentiment d'existence, est : une immatérialité ; une sensibilité ; une âme : soit dans l'éternité, soit dans le temps nous le répétons, pour ceux qui auraient pu l'oublier. Dans le langage parfaitement précisé, l'expression sentiment d'existence appartient au temps ; c’est la sensibilité après le verbe. Cette remarque sera encore inutile pour beaucoup de nos lecteurs ; et, cependant, nous la faisons. Si, nous nous servons, ici, des mots sentiment d'existence et non du mot sensibilité ; c'est, que l'expression sentiment d'existence désigne mieux l'individualité.

[6]. Agir sans sentir, constitue une action figurée. Quand, cette action figuré est prise comme une action proprement dite ; il n'est pas difficile de faire agir : les laitues, les écritoires, etc.

[7]. Bien. Mais jusqu'où s'étend la sensibilité ? Si, on ne le sait pas, comment distinguer la sensibilité apparente, de la sensibilité réelle ? Comment, alors, distinguer : le propre du figuré ?

[8]. Voilà, où l'on arrive : quand, on ne distingue point la sensibilité dans le temps ; de la sensibilité dans l'éternité. La conclusion de cette manière d'argumenter est : qu'on peut imiter sans âme ; ou, ce qui est la même chose, sans que l'âme s'en mêle. Ce qui est absurde, dans l'hypothèse de l'auteur qui attribue tout raisonnement à l'âme ; car imiter, au propre, est bien certainement raisonner.

[9]. Imiter, sans le savoir, est bien certainement : une expression figurée, prise au propre. Si, on imite sans le savoir : une laitue, une écritoire, peuvent imiter.

[10]. Tout ce que va dire Bentham du corps politique, peut être appliqué à l'expression être sensible ; et, nous prions nos lecteurs d'y prêter la plus sérieuse attention.

[11]. Aussi longtemps que la sensibilité, proprement dite, n'est point déterminée ; il est impossible de distinguer : le propre du figuré. Un chien est-il sensible au propre ; ou, au figuré ; une éponge, une sensitive l'est-elle : au propre ou, au figuré ?

[12]. Ce passage est admirable.

[13]. Nos lecteurs redresseront facilement : ce qu'il y a d'erroné dans cette phrase.

[14]. L'auteur va donner un excellent conseil. Seulement, il a été, jusqu'à présent, absolument impossible de le suivre : parce qu'il est encore impossible de distinguer : le simple, le propre, du figuré.

[15]. Pour ne pas la perdre de vue, il faut la connaître. Un corps politique, est-il politique au propre, partout où il y a des hommes rassemblés ? Une bande d'assassins est-elle un corps politique ? Un chien est-il sensible : au propre, ou, au figuré ?

[16]. Et, voilà, nous le répétons : ce qui est encore impossible ; et, ce que Bentham n'a jamais fait. Nous en donnerions mille preuves, s'il le fallait.

[17]. Excellent conseil ! Mais, si l'auteur l'avait suivi, il n'aurait pas même pu dire : s'il était un être : au propre, ou, au figuré.

[18]. Très-bien ! Mais, qu'est-ce qu'un véritable fait ? voilà le difficile. Qu'est-ce qui distingue : le fait, au propre ; du fait, au figuré ?

[19]. Tout cet alinéa est admirable.

[20]. Au propre, il n'y a qu'une science : la connaissance de la vérité ; la méthode d'arriver à la vérité. L'expression science, prise au pluriel, n'est qu'une figure ou une sottise. Pour connaître ce qui est matière, il faut connaître ce qui ne l'est pas ; pour connaître ce qui est immatériel, il faut connaître ce qui ne l'est pas. Et il n'y a que cela.

[21]. La langue est l'esclave : de la science, du raisonnement ; et, la science, le raisonnement, n'est pas : l'esclave de la langue.

[22]. Cet abus est inhérent à l'époque d'ignorance ; et personne, chez les anciens, n'a abusé des vices du langage : autant qu'on l'a fait chez les modernes. Voyez à cet égard les plus belles intelligences du XIXe siècle.

[23]. Comme, par exemple, quand on fait signifier au mot DIEU : tantôt, un tantôt, plusieurs.

[24]. Il serait curieux de savoir : comment, il serait possible de s'imaginer : des dieux qui ne ressembleraient pas aux hommes. L'essence de l'homme est l'intelligence ; des dieux sans intelligence, seraient moins que des brutes. Et, cependant, comme le dit Aristote, des dieux, qui ont de l'intelligence, ne sont que des hommes.

[25]. Le " si " est de nous. I. R.

[26]. Sic nunc rationem, quo ea me cumque ducet, sequar. Tusc. II, 5.

[27]. Condorcet va, lui-même, se donner en preuve de ce qu'il vient d'établir. Personne, plus que lui, ne possédait les vérités nécessaires : pour détruire l'erreur, qu'il va admettre comme vérité.

[28]. Cette remarque de Voltaire est la constatation de l'état d'ignorance dans lequel l'humanité s'est trouvée depuis son origine ; et, se trouve encore.

[29]. Voilà, Voltaire abandonnant la sagesse du scepticisme ; et, dogmatisant le matérialisme : autant qu'il est possible de le faire.

[30]. Le mot probablement est mal placé. L'aplatissement du globe suffirait seul pour le faire rejeter.

[31]. L'âge d'or, c'est l'âge de connaissance. Les révélations le placent dans enfance de l'humanité. La science, le place dans son âge viril.

[32]. Voilà l'identité de la matière et de la force reconnue, même par Bonald. Remarquez-le ! Bonald, est le dernier : des Pères de l'Église.

[33]. Oui : quand, il sera démontré : qu'il y a des actions, qui ne sont pas de simples résultats de force. Auparavant, il n'est possible : de différencier les actions des forces ; que, par hypothèse.

[34]. C'est vrai : mais, quand on aura prouvé : qu'il y a des vérités morales et même des vérités quelconques. Voyez ce que dit Voltaire dans sa remarque sur Pascal.

[35]. Il eût fallu ajouter : et de l'éducation.

[36]. Et, si un chat, un oiseau souffrent ; pourquoi ne souffrirait-on pas de les voir souffrir, comme on souffre de voir souffrir un homme ? Probablement, Bonald ne souffrirait pas : de voir souffrir un paysan. Voilà, où conduisent : l'anthropomorphisme et le matérialisme.

[37]. Est-ce la maladie de croire : que les animaux souffrent ? Ou bien est-ce une maladie de souffrir : en voyant souffrir son frère, son ami, sa femme, son enfant ?

[38]. Si l'humanité, qui ne dérive pas de l'égoïsme, c'est-à-dire du raisonnement, est une maladie ; comme celle de souffrir, en voyant souffrir.

[39]. C'est, avec la presse : qu'il fallait dire.

[40]. Voilà Bonald, le plus grand dogmatique de son époque, qui doute de ce qu'il affirme. Cela doit être : il n'est pas certain de ce qu'il avance. Où la science existe, le doute disparaît : il n'y a pas de sceptiques en mathématiques pures.

[41]. Et quand il la connaît ? doit-il encore douter et continuer à chercher.

[42]. Ainsi, quand on connaît quels sont les êtres matériels, quels sont les êtres immatériels, on connaît la vérité. Car ces rapports se déduisent de cette connaissance. C'est vrai.

[43]. Chrétiens ! amateurs du Credo quia absurdum ! écoutez ! ce que vous dit : le dernier des Pères de l'Église.

[44]. Et, la morale est entre le oui et le non ; tant, qu'on ne sait pas : si, la série continue des êtres est une vérité ; ou, une illusion.

[45]. Qu'est-ce que telle chose ? est, la plus énorme sottise : que, l'ignorance puisse faire prononcer ; et, la source de toutes les sottises philosophiques. Quand, vous nommez une chose ; vous avez, ou, vous n'avez pas, idée de cette chose. Si vous n'en avez pas d'idée ; vous dites une sottise. Si, vous en avez idée ; vous dites encore une sottise : celle de demander ce que vous savez. Avez-vous idée de l'être, de la substance ? Si vous l'avez, pourquoi le demandez-vous ! si, vous n'en avez pas d'idée, pourquoi demandez-vous ce que c'est : qu'une chose, dont vous n'avez pas d'idée. Ayez une idée d'abord ; puis, examinez : si, cette idée est absurde oui ou non ; puis après : demandez-vous si l'objet dont vous avez l'idée est une réalité ou une illusion ; si, c'est un résultat de mouvement, matière ; ou, si c'est immatérialité ; si, cependant, les deux diffèrent. Après cela, vous savez tout : ABSOLUMENT TOUT. Essayez donc de trouver quelque chose : qui, ne soit point, implicitement, compris dans ce tout ?

[46]. L'école d'Ionie et l'école atomistique.

[47]. Neveu et héritier de Platon.

[48]. Lecteur, écoutez ! Le dominateur du monde intellectuel, pendant deux mille ans, va parler.

[49]. À ce qu'il semble ! Vous voilà bien instruits. Aristote nous donne une opinion. Écoutez-le lui-même sur la valeur des opinions :

" Quand même, dit-il, l'homme n'aurait pas la science, quand il n'aurait que des opinions, il faudrait qu'il s'appliquât beaucoup plus encore à l'étude de la vérité, comme le malade s'occupe plus de la santé que l'homme qui se porte bien. Car celui qui n'a que des opinions, si on le compare à celui qui sait, est, par rapport à la vérité, dans un état de maladie. "

Métaphysique, liv. IV, 4.

Et, ne croyons pas : que, sur les immatérialités, Aristote se contente d'à peu près.

" On ne doit pas, dit-il, exiger en tout la rigueur mathématique, mais seulement quand il s'agit d'objets immatériels. " Ibid., liv. II, 3.

Aristote savait : qu'il n'y avait pas de rigueur mathématique, en sciences physiques.

[50]. Voilà, toute l'explication : que, le premier des philosophes, vous donne sur la substance. Écoutez ce qui va suivre : peut-être en saurez-vous davantage par des distinctions.

[51]. Comment, trouvez-vous la substance : qui est un ensemble ; un composé ? C'est, presque aussi clair : que, la définition suivante : " La pensée est la pensée de la pensée. " ARIST., Métaphysique, liv. XII, 9.

[52]. Maintenant, vous voilà bien instruits, sur la science par excellence. Ce qu'il y a de certain : c'est, que depuis Aristote, la philosophie n'a rien énoncé de mieux. Le prince des péripatéticiens dit :

" La pensée éternelle, qui saisit ainsi son objet dans un instinct indivisible, se pense elle-même durant toute l'éternité. " ARIST., Métaphys., ibid.

Et le premier des éclectiques dit :

" Dans tout et partout, Dieu revient en quelque sorte à lui-même dans la conscience de l'homme dont il constitue indirectement le mécanisme et la triplicité phénoménale par le reflet de son propre mouvement, dont elle est l'identité absolue. "

L'un vaut l'autre.

Ce qui suit est plus clair ; et, revient : à la substance UNIQUE de l'éclectisme.

[53]. Voyez à cet égard les calculs de Fourier sur le refroidissement des corps.

[54]. " Toutes les actions dont nous avons quelque idée se réduisent à ces deux : mouvoir et penser. " Encyclopédie méthod., article PUISSANCE.

C'est : mouvoir et sentir, qu'il fallait dire ; ou, mouvoir et vouloir. Car, dans le temps, seul domaine où il y a des idées, sentir c'est aussi vouloir : vouloir changer, ou vouloir persister.

[55]. Le droit : est l'expression de l'immatérialité. La loi : est l'expression de la matérialité.

[56]. Déjà, et plusieurs fois, nous avons établi : qu'il est impossible de bien raisonner, sur l'origine des connaissances, sans être instruit en histoire naturelle. Rousseau a nié l'existence de la famille, pour toute l'époque qu'il appelle état de nature ; et, qui n'est : que, l'état avant le verbe ; que, l'état purement bestial. S'il avait étudié la série des êtres ; il n'eût point avancé une proposition, dont actuellement le dernier des bacheliers ès-sciences, reconnaîtrait le ridicule.

Chez les mammifères et chez les oiseaux, sans exception aucune que celle du coucou, qui encore n'est qu'une exception apparente ; classes, où les sexes sont séparés ; et, où les petits ne peuvent, dès leur naissance, se passer du soin des parents ; ceux-ci restent en société, figurément dite, aussi longtemps : que les petits ne peuvent pourvoir seul : non-seulement à leur subsistance ; mais encore à leur conservation. C'est, seulement, chez les reptiles et les poissons ; que, commence : l'absence de contact prolongé, que nous appelons famille.

[57]. Voilà le fameux ; " il faut penser sa parole, avant de parler sa pensée " ; incontestablement évanoui. Du reste, nous sommes arrivés à une époque : où cette expérience capitale doit se faire ; et, elle se fera.

[58]. " En grec et en latin, les noms de lieu deviennent presque tous adverbes au moyen de certaines terminaisons. En arabe on peut faire un adverbe de tout verbe, de tout nom, de tout adjectif. L'adverbe n'est donc pas un élément essentiel du langage, mais c'est une sorte d'abréviation qui équivaut à une préposition suivie d'un complément ; c'est un mot accessoire dans toutes les langues employé primitivement pour varier les formules du langage ou pour l'abréger. P. LEROUX, Encyclopédie nouvelle.

[59]. Il existe dans le New-Hampshire (État de l'Union), une pauvre jeune fille tout à la fois sourde, muette, aveugle et sans odorat, dont M. Dufour, directeur de l'institut des jeunes aveugles, à Paris, est venu retracer l'histoire. Laura Brigman était restée jusqu'à sept ans dans un état complet d'ignorance et d'abrutissement qui la privait de toute communication avec le monde matériel. Ce qu'il a fallu de soins et d'efforts pour l'initier à la vie extérieure, puis aux notions si complexes et si variées de la morale ne saurait se dire. Le docteur Home, directeur de l'institution des aveugles de Boston, entreprit son éducation, et, grâce aux procédés les plus ingénieux et les plus compliqués, il est parvenu à créer pour cette jeune fille un langage mystérieux, mais complet, et approprié à toutes les exigences de la vie sociale. Le journal de son éducation, fidèlement rédigé depuis l'origine, constate, dans tous leurs détails, ces merveilleux progrès. Aujourd'hui Laura Brigman comprend et se fait comprendre. Elle a conscience de ses actes ; elle connaît tous les attributs de l'esprit humain ; elle a l'idée de Dieu, de la mort, de la vie future, de l'équité, de la pudeur, de l'affection raisonnée, de la charité même, etc. (Journal des économistes, août 1845.)

[60]. Tout cela est incontestablement vrai.

[61]. Le § IV du tome V de la Science sociale de Colins est celui qui comporte la démonstration de l'immatérialité des âmes. I. R.

[62]. Il y a des attractions et des répulsions qui appartiennent à la vie organique et ne font ni peine ni plaisir.