colinsdeham.ch: Anthologie Socialiste Colinsienne: I. Chapitre IV : Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution.
Anthologie Socialiste Colinsienne



I. Chapitre IV : Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution, tome II, 1860, pp. 584 a 589

SCEPTICISME DE LA PRÉTENDUE SCIENCE ACTUELLE

Rien n'est curieux, de stupidité, comme la logique de la prétendue science actuelle, relativement à l'impossibilité de démontrer la réalité des immatérialités, par l'observation des phénomènes, par l'expérience sur les phénomènes, c'est-à-dire par le raisonnement sur les phénomènes. Voici cette logique.

" Tout phénomène, toute perception, toute modification de la sensibilité est EXCLUSIVEMENT MATÉRIELLE ; puisque la MATIÈRE, mater modificationis, peut seule modifier notre sensibilité ; quand même celle-ci serait présupposée immatérielle. Donc il est impossible de démontrer la réalité des immatérialités, par l'observation des phénomènes ; si même, les immatérialités existaient en réalité. "

Cette logique équivaut à la suivante, qui, aussi, a été celle de la science jusqu'à Galilée :

" Le soleil se meut NÉCESSAIREMENT AUTOUR DE LA TERRE ; puisque : le matin il est à l'orient ; le soir à l'occident ; et le lendemain matin à l'orient. "

Il est évident : que, si l'exclusivement ou premier argument, et le nécessairement ou second sont vrais ; les conclusions de ces mêmes arguments sont incontestables.

Mais, le nécessairement est un sophisme, lequel n'est plus admis, même par les enfants voyons : si, l'exclusivement ne serait point également un sophisme !

Nul doute : que, tout phénomène, tout fait, toute perception, ne soit matérielle ; les immatérialités, si elles existent, ne peuvent se manifester : que, par leur union à la matière. Mais, est-il bien certain : que, tout phénomène soit EXCLUSIVEMENT matériel ; c'est-à-dire dérive EXCLUSIVEMENT de la matière ; par cela seul : que, tout phénomène dérive ESSENTIELLEMENT de la matière ? Si, cependant, les immatérialités existent, il doit y avoir une différence : entre les phénomènes dérivant de la seule matière ; et les phénomènes dérivant : des immatérialités unies à de la matière. C'est cette différence : que, l'observation ; c'est-à-dire la bonne observation ; l’expérience, c'est-à-dire la bonne expérience ; le raisonnement, c'est-à-dire le bon raisonnement ; la science, c'est-à-dire la bonne science ; doivent pouvoir découvrir ; sous peine de rester dans l'ignorance sur la réalité, sur la plus que phénoménalité : de l'observation ; de l'expérience ; du raisonnement ; de la science.

En effet : sans la démonstration SCIENTIFIQUE, c'est-à-dire rationnellement incontestable de la réalité des immatérialités par l'observation des phénomènes, seule démonstration rationnellement possible ; la réalité des immatérialités, THÉORIQUEMENT, reste à l'état de doute ; et ce qui reste à l'état de doute théoriquement, passe toujours, PRATIQUEMENT, à l'état de négation : lorsque, les passions ont intérêt à nier. Or, la négation de la réalité des immatérialités, c'est l'affirmation du matérialisme. Et, l'affirmation du matérialisme, ou de l'éternelle fatalité, est la négation de la liberté, c'est-à-dire : la négation de la réalité du raisonnement, de la réalité de la science ; raisonnement, science, ne pouvant avoir qu'une existence purement phénoménale, purement apparente, hors l'existence de la liberté.

Et, comme la négation sociale de la réalité de la liberté, conduit à la mort de l'ordre, vie sociale ; il faut donc : que, la réalité des immatérialités, sine qua non de liberté réelle, puisse être démontrée par l'observation des phénomènes ; dès que l'examen devient socialement incompressible ; ou que, l'humanité périsse.

Dès lors, et puisque ces immatérialités doivent exister réellement, et que la réalité de leur existence doit pouvoir être démontrée par l'observation des phénomènes ; le tout : sous peine de mort humanitaire ; commençons par supposer la réalité des immatérialités, supposition nécessaire pour chercher la différence : entre les phénomènes dérivant exclusivement de la matière ; et les phénomènes dérivant de l'union des immatérialités à (1) des organismes. Si, ensuite, nous venons à reconnaître cette différence ; et, à en prouver la réalité ; le résultat de cette preuve, sera : la réalité des immatérialités.

Nous avons vu : que, si les immatérialités existent, elles sont exclusivement les sensibilités réelles.

Or, l'homme est incontestablement sensible.

Voyons dès lors, s'il existe un phénomène dérivant incontestablement, essentiellement, de la sensibilité.

Le verbe est ce phénomène. Il est incontestable : que, là où la sensibilité n'existe pas, le verbe est impossible puisque, le verbe est essentiellement : une expression de sensibilité.

Maintenant, si nous pouvons prouver : que, toute sensibilité RÉELLE est essentiellement, exclusivement une immatérialité, nous aurons prouvé : que, le phénomène VERBE est essentiellement distinct de tout phénomène purement matériel. Dès ce moment, et par distinction des phénomènes purement matériels, nous pourrons donner, au verbe, le nom de phénomène INTELLECTUEL, comme dérivant EXCLUSIVEMENT de l'intelligence ; c'est-à-dire : d'une immatérialité unie à un organisme.

Voyons, si cette preuve est possible ; si toute sensibilité réelle est essentiellement, exclusivement, une immatérialité.

D'abord si la sensibilité réelle existe sur toute la série des phénomènes, depuis l'homme jusqu'à la dernière perception possible, il est évident : que toute sensibilité plus ou moins apparente, n'est autre qu'un développement plus ou moins avancé de l'organisme, de la matière.

Ensuite, si même on voulait présupposer : que, partout où il y a matérialité, il y a immatérialité ; que la matérialité et les immatérialités n'existent point séparément, et que ce ne sont que deux manières différentes de considérer les phénomènes ; il y aurait impossibilité absolue de diviser ces phénomènes en phénomènes intellectuels ; et en phénomènes exclusivement matériels. Dès lors, notre ignorance, le doute seraient invincibles. Puis, comme l'ignorance, le doute, doivent désormais, être anéantis, sous peine de mort sociale ; nous n'aurions plus alors, en nous supposant capables de liberté, qu'à nous préparer à mourir.

Pour nous sauver de la mort, nous devons donc rechercher et pouvoir prouver : que, toute sensibilité réelle est essentiellement, exclusivement, une immatérialité, parfaitement distincte de tout phénomène purement matériel.

Cherchons !

Commençons par supposer : que, toute sensibilité réelle est une immatérialité. Cette supposition est nécessaire : puisqu'en dehors de cette hypothèse, toute recherche, tout raisonnement ne peuvent être qu'une apparence, un phénomène; ou, tout au moins, ce qui est la même chose pour la pratique, ne peuvent être démontrés des réalités. Seulement, nous n'oublierons jamais : que cette supposition n'aura de valeur définitive qu'après avoir été démontrée : être une réalité.

Nous supposerons donc : que, toute sensibilité réelle est une immatérialité.

Maintenant :

Si, partout où il y a sensibilité réelle unie à un organisme ayant un centre nerveux nommé cerveau, union constituant une personnalité ; si, dis-je, partout où il y a : non pas seulement une personnalité, mais deux personnalités en contact nécessaire et plus ou moins durable par la séparation des sexes ; le verbe et toutes ses conséquences, se développent instantanément et nécessairement ; il faudra en conclure : que, partout où il y a apparence de sensibilité unie à un organisme ayant un centre nerveux nommé cerveau, union constituant une personnalité apparente ; que partout où il y a : non pas seulement une de ces personnalités apparentes isolée, mais dans un contact nécessaire et plus ou moins durable par la séparation des sexes ; et que, néanmoins, le verbe et toutes ses conséquences ne se sont point développés instantanément : il faudra en conclure nécessairement : que, dans ce dernier cas, la sensibilité apparente n'est nullement réelle ; et que, la sensibilité réelle existe exclusivement : là où le verbe s'est développé.

Dès lors : l'homme, incontestablement sensible, est caractérisé par le développement du verbe ; la sensibilité le sépare, d'une manière absolue, du reste de la série alors démontré exclusivement matériel ; la sensibilité réelle se trouve démontrée être essentiellement immatérielle ; et la supposition que nous avons faite se trouve démontrée être une réalité ; le tout : par l'observation des phénomènes ; et par leur distinction : en phénomènes intellectuels ; et en phénomènes ; purement matériels.

Eh bien ! ce qui vient d'être mis en question sur le développement du verbe, a été démontré d'une manière rationnellement incontestable, dans notre ouvrage intitulé SCIENCE SOCIALE. Dès lors, la liberté réelle, l'autorité réelle, peuvent être démontrées être des réalités, par la seule observation des phénomènes.

ALIGN="JUSTIFY">Il est évident qu'aussi longtemps : que durent (2) l'ignorance humanitaire, sur la distinction entre les immatérialités et la matérialité ; et la possibilité de comprimer l'examen ; l'anthropomorphisme révélateur est la seule base possible de l'ordre, vie sociale. Il est également évident : que, vouloir alors par le raisonnement sur les phénomènes, faire cette même distinction serait rendre inutile, par conséquent absurde, l'existence de ce même anthropomorphisme, base alors exclusive d'existence humanitaire, par la possibilité de comprimer l'examen. Mais dès que par l'incompressibilité de l'examen, tout anthropomorphisme révélateur est lui-même renvoyé à l'absurde ; vouloir qu'il soit impossible, par l'observation des phénomènes, de faire la distinction entre les immatérialités et la matérialité : ce serait vouloir faire périr l'humanité : au sein de l'anarchie.

Et voilà cependant ce que proclame la prétendue science actuelle.

Nous avons dit ailleurs :

ÂME.

La science sociale, rendue rationnellement incontestable vis-à-vis de tous et de chacun, établit :

Que, pour que la liberté, la moralité, la responsabilité puisse exister réellement, plus qu'illusoirement, les âmes doivent être : individuelles, éternelles, absolues, c'est-à-dire : immatérielles.

La société actuelle, selon que l'éducation et l'instruction sont religieuses ou irréligieuses, et cela sans l'ombre d'une exception, admet : que, les âmes sont :

Ou, des résultats de création ;

Ou, des résultats d'organisme.

Ces deux opinions, les seules possibles alors, conduisent les meilleurs logiciens au matérialisme ; laissant, le reste dans le vague : soit du mysticisme ; soit du scepticisme.

Or, le matérialisme en tête de la société ; avec, le mysticisme et le scepticisme dans les masses ; le tout, en présence de l'incompressibilité de l'examen ; conduisent nécessairement : à l'anarchie.

D'un autre côté :

Vouloir, par le seul raisonnement : anéantir une opinion basée sur des éducations et des instructions, aussi anciennes que le monde ; les seules, ayant existé jusqu'alors ; et, protégées par les deux seules forces sociales, ayant jamais existé : la théologie et la philosophie vouloir, dis-je, anéantir ces deux opinions, par le seul raisonnement ; avant, qu'une anarchie générale ait rendu cet anéantissement nécessaire, sous peine de mort sociale ; est une utopie élevée : à la dernière puissance possible.

(Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution, tome II, 1860, pp. 584 a 589.)


Notes:

[1]. Ce " à " ne figure pas dans l'édition originale de La justice dans la science... qui, ayant paru après la mort de son auteur, comporte plusieurs coquilles malheureuses dont certaines seulement ont fait l'objet d'errata. I.R.

[2]. Nous avons remplacé les mots " à cause de " figurant dans l'édition originale par le verbe " durent " et supprimé le " de " précédant les mots " la possibilité " afin de rétablir l'ordre syntaxique violé par deux coquilles. I. R.