colinsdeham.ch: Anthologie Socialiste Colinsienne: II. Chapitre XVII : Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution.
Anthologie Socialiste Colinsienne



II. Chapitre XVII : Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution, tome I, (1860) pp. 1 à 43

PRÉFACE DÉDICATOIRE

A UNE PROCHAINE GÉNÉRATION

I

Tout auteur, en général, écrit : Soit, pour l'amusement ; soit pour l'instruction de ses contemporains. Parvenir à ce but est encore son espérance ; si même, tout autre espoir lui est refusé.

À moins de me faire une illusion bien grossière, je suis certain : de ne point arriver à ce but.

Et, comme tout lecteur, auquel l'ouvrage n'est point dédié, cherche à contredire l'auteur ; surtout si, dans la dédicace, celui-ci l'a passablement maltraité, ainsi que je me propose de le faire ; j'aurai donc à me prendre, corps à corps, avec mon lecteur contemporain, pour lui prouver à lui-même, ou tout au moins à son peu de bon sens, s'il n'en est point totalement privé : que lui-même ne trouvera dans mon livre : ni amusement, ni instruction.

Dès lors, entrons en lice.

II

Depuis l'origine sociale, les hommes, primitivement ignorants par essence, et actuellement encore ignorants, ont été, nécessairement, tellement imbus de préjugés qu'ils ont considérés comme vérités : que, si la vérité réelle s'était présentée à eux, il leur aurait été complètement impossible de la reconnaître. C'est tellement vrai : que, jusqu'à présent, jamais une seule vérité n'a été universellement reconnue comme telle.

Quelque égratignante que puisse être cette proposition, pour la vanité de la prétendue science actuelle, elle n'en est pas moins incontestable : puisque, depuis l'origine de l'humanité sur notre globe, il n'est pas seulement deux individus qui aient pu tomber d'accord sur la valeur : de l'expression VÉRITÉ.

C'est cette même proposition égratignante, essentiellement injurieuse pour la vanité d'ignorants qui se croient savants, qui sera le fond de mon travail. Mon but est d'extirper, de l'esprit de cette génération, les préjugés qui en sont, pour ainsi dire, le tégument intellectuel. Or, si écorcher un homme vif est peu amusant ; écorcher vif l'esprit de toute une génération, est, bien certainement, moins amusant encore.

À la vérité, il y aura, chez mes lecteurs contemporains, une échappatoire pour affirmer : qu'ils ne se sentent point écorchés. Ce sera de dire : qu'ils sont sans préjugés ; et que, par conséquent, mon scalpel ne peut les atteindre. Cette échappatoire serait même d'autant plus plausible : que, jamais homme n'a pu se croire atteint d'un préjugé. En effet : du moment qu'un individu se croit ainsi atteint, le préjugé en question, par cela seul qu'il le reconnaît un préjugé, cesse, chez lui, d'y exister. Mais, l'esprit de ce même individu, fût-il aussi cuirassé de préjugés, que le corps d'un crocodile peut l’être par sa carapace ; il n'en est pas moins vrai qu'aussi longtemps, que ce même individu ne vient point à reconnaître, de quoi se compose la cuirasse de son esprit ; il se croit aussi sans préjugé : que, l'enfant qui vient de naître ; et, néanmoins : aussi longtemps que la science morale réelle n'existe pas ; tout est préjugé : jusqu'à la vertu. Alors, toute tentative faite pour dépouiller l'individu des écailles de son ignorance, lui est plus sensible : que, si on lui arrachait sa peau matérielle.

Et, tout mon livre ne tend qu'à lui arracher sa seconde peau. Ce sera pour lui, et je le répète, très peu amusant.

Il me sera plus impossible encore d'instruire, réellement, mes lecteurs contemporains : que, de les amuser.

En effet : chez quelques individus, plus exceptionnels au sein de l'humanité, que le retour régulier des comètes ne l'est au sein des cieux ; chez quelques individus, dis-je, la force de l'outil et la puissance de la main, pourraient, peut-être, parvenir à arracher quelques écailles de la carapace de préjugés qui les recouvre. Alors, l'instruction, chez ceux-ci, pourrait aussi y avoir quelque accès. Mais, tant que la carapace n'est point totalement extirpée, les écailles arrachées renaissent et, l'instruction, éventuellement acquise, se trouve immédiatement anéantie.

Et, que faut-il conclure de cette impossibilité de parvenir réellement, et d'une manière plus qu'éphémère, à l'esprit de nos lecteurs contemporains ? que, ce n'est point à eux que nous devons tenter d'apprendre : que, dans notre travail, ils ne peuvent trouver : ni, amusement ; ni, instruction ; sans, cependant, qu'il y ait de notre faute. Évidemment, ce serait aussi inutile : que, de vouloir démontrer, à des aveugles : toutes les beautés pouvant résulter de l'harmonie des couleurs. Ici donc, et seulement à l'adresse d'une prochaine génération, nous placerons quelques preuves de cette même impossibilité ; afin, que cette même génération ne pousse point, à l'excès, son mépris pour la génération actuelle. Cette prochaine génération réfléchira : qu'à la place de la génération actuelle, elle aurait été aussi entêtée dans sa sottise, que celle-ci l'est maintenant ; et, elle en conclura : que, la génération actuelle est infiniment plus digne de pitié que de mépris.

III

Depuis l'origine de l'humanité, le raisonnement et l'expérience ont démontré : que l’ORDRE, vie sociale, peut exclusivement se baser : sur une sanction supérieure à toute force temporelle possible ; sur une sanction éternelle, ultra-vitale ; sur une sanction religieuse enfin.

Or, tant qu'il n'est point scientifiquement et socialement démontré : que, cette sanction existe éternellement par elle-même ; qu'elle s'applique éternellement par elle-même ; que, c'est la fatalité de cette éternelle sanction, s'harmonisant avec la liberté temporelle des personnalités, qui constitue l'ordre moral, l'ordre de justice ; aussi longtemps, dis-je : que cette fatalité de la sanction, s'harmonisant avec la liberté des acteurs, n'est point scientifiquement et socialement démontrée ; il est de toute nécessité, pour que l'ordre, VIE SOCIALE, puisse exister et persister d'attribuer cette sanction et l'application de cette même sanction : à un être éternel, individuel, anthropomorphe. Et, cela reste nécessaire, absolument nécessaire : tant, que l'éternelle sanction, comme attribuée à l'anthropomorphe, ne devient point elle-même incompatible : avec l'existence de l'ordre, vie sociale, vie humanitaire.

Et, comment : l'éternelle sanction, nécessaire à l'existence de l'ordre, vie sociale ; sanction, ayant pu conserver la vie à l'humanité, depuis son origine jusqu'à présent ; comment, dis-je, cette éternelle sanction deviendrait-elle incompatible, avec l'existence de l'humanité, par cela seul : que cette sanction resterait attribuée à un anthropomorphe ?

Vous le saurez, alors, génération prochaine ! Mais, mettez-vous à la place de la génération actuelle ; et, examinez d'abord : combien, il doit lui être difficile de reconnaître cette incompatibilité ; puis, si l'anthropomorphisme doit être considéré comme un préjugé, pour que l'humanité puisse ne point périr ; examinez : combien, il sera difficile d'extirper ce préjugé de la société tout entière, c'est-à-dire socialement ; même après que cette incompatibilité aura été démontrée réelle par un seul individu.

L'homme se sent personnel. Pour lui, l'essence de son être est sa personnalité. Et, ce qui, pour lui, est l'essence de son être ; est, pour lui, l'essence de tous les êtres, inférieurs ou supérieurs. L'homme, alors, personnalise tout ce qui a mouvement. Puis, comme tout a mouvement, jusqu'aux idées elles-mêmes, l'homme personnalise TOUT. Alors, si l'éternelle sanction lui devient nécessaire ; il personnalise jusqu'à l'éternité. Et, voila le DIEU PERSONNEL nécessairement inventé.

IV

L'homme n'est que personnel, puisqu'il commence. L'homme, en effet, n'est pas éternel. S'il se croit immortel ; c'est la seule nécessité sociale qui le porte à se croire tel. Alors, si de pareilles prémisses sont vraies ; et, elles doivent lui paraître telles, tant que la nécessité sociale n'oblige point à les démontrer fausses : l'éternité personnifiée est nécessairement créatrice ; l'anthropomorphe est, nécessairement : CRÉATEUR.

V

Une règle du juste et de l'injuste ; une règle immuable, indépendante de toute force temporelle ; une règle dérivant de l'éternité ; est nécessaire, au sein d'êtres qui se croient libres, à l'existence de l'ordre, vie de l'humanité. Dès lors, l'anthropomorphe est, nécessairement : RÉVÉLATEUR.

VI

Certes, il y a bien des raisonnements à établir contre la réalité de l'anthropomorphisme ; et même, des raisonnements rationnellement incontestables. Mais, il s'agit de l'ordre, vie humanitaire ; et, la vie de l'humanité est la première des nécessités. Dès lors, le législateur, le fort, le directeur, le conservateur de la Société, SUBORDONNE : le raisonnement, infirmant l'anthropomorphisme ; à la foi, affirmant l'anthropomorphisme. Quiconque, alors, met le raisonnement au-dessus de la foi, doit être mis à mort ; et, très justement : mieux, vaut la mort de quelques individus ; que la mort de l'humanité.

Cette subordination, du raisonnement à la foi, est universelle au sein de l'humanité ; elle est sans exception : partout, où elle reste possible.

Et, qu'est-ce qui, seul, peut rendre cette subordination impossible ?

Nous l'avons déjà exposé ailleurs ; il est inutile d'en répéter ici les preuves : ce qui rend cette subordination impossible, c'est : l'incompressibilité sociale de l'examen.

Mais, ce qui rend cette subordination impossible, ne rend point, dès l'abord, l'existence de l'anthropomorphe, quoique rendue absurde par cette même incompressibilité, incompatible avec l'existence de l'ordre, vie de l'humanité. Nous allons voir même, afin que le mépris, envers la génération actuelle, fasse place à la pitié : que, cette incompressibilité rend, dès l'abord, l'existence de l'anthropomorphe de plus en plus nécessaire à l'existence de l'ordre. Nécessaire et absurde : en présence de l'incompressibilité de l'examen ! Concevez-vous, maintenant, génération prochaine : combien, cette situation est triste pour la génération actuelle ! !

En effet : pendant l'époque d'incompressibilité sociale de l'examen ; et, avant que le raisonnement, la science, puissent démontrer la réalité de l'éternelle sanction, existant et s'appliquant par elle-même, en s'harmonisant avec la liberté des individualités personnelles et temporelles ; pendant cette époque, dis-je ; le raisonnement, la science conduisent à la négation de l'éternelle sanction ; par conséquent, à la mort de l'humanité. Vous voyez qu'alors, la sanction anthropomorphique reste encore nécessaire. Figurez-vous donc, génération prochaine, quelle doit être, pour le législateur, la difficulté de protéger de plus en plus la réalité de l'anthropomorphisme ; au moment même : où, il devient d'autant plus nécessaire ; qu'il apparaît plus absurde !

Vous saurez, alors, génération prochaine ! comment, l'humanité est sortie de cette difficulté. Mais, alors aussi, replacez-vous, par hypothèse, dans l'ignorance où se trouve la génération actuelle ; et, vous vous demanderez : s'il sera jamais possible : que, la société vienne à reconnaître l'incompatibilité de l'anthropomorphisme avec l'existence de l'ordre, et même à le répudier ; sans, néanmoins, être conduite à la mort : par la négation de la sanction ultra-vitale, reposant alors exclusivement sur l'anthropomorphisme.

Certes, cela sera possible ; et vous le saurez : puisque, vous vivrez dans l'ordre ; dans un ordre imperturbable et indépendant de toute sanction anthropomorphique. Mais, rappelez-vous : de quelle difficulté est cette possibilité ; et, combien cette même difficulté approche de l'impossibilité. C'est surtout cette difficulté que vous devez vous rappeler : pour plaindre, et non mépriser : cette pauvre génération actuelle.

VII

Pour que l'anthropomorphisme : puisse, SOCIALEMENT, être reconnu incompatible avec l'existence de l'ordre : et, qu'il puisse être SOCIALEMENT répudié ; il faut deux choses :

1° Que, l'éternelle sanction puisse être scientifiquement démontrée réelle : comme indépendante de l'anthropomorphisme ; et comme incompatible avec l'anthropomorphisme ;

2° Que, cette démonstration puisse être : socialement vulgarisée et, scientifiquement acceptée : par tous et par chacun.

De prime abord, cela paraît simple, facile, au delà de toute expression ; pourvu : que, la démonstration soit possible, claire, et rationnellement incontestable.

La démonstration est possible, claire, incontestablement rationnelle. Vous le saurez, alors, génération prochaine ! Mais, alors, rappelez-vous aussi : que, l'acceptation sociale de cette démonstration approchait de l'impossibilité.

Lecteurs contemporains ! c'est à une prochaine génération que je m'adresse ; et, je le répète. Quant à vous, jetez mon livre ! pas deux d'entre vous, peut-être, ne me comprendraient.

VIII

Du moment, que la prétendue science a élevé, à l'état de pseudo-démonstration, la négation de la sanction ultra-vitale ; parce que, jusqu'alors : cette sanction n'a reposé que sur l'anthropomorphisme ; et que, la prétendue science s'est imaginée, que cette même sanction ne peut reposer que sur l'anthropomorphisme ; dès ce moment, la réalité de cette sanction est considérée comme aussi absurde : que, la réalité de l'anthropomorphisme. C'est logique.

Comment, alors, la société viendrait-elle à chercher une sanction : que, la science considère comme absurde ? Ce serait absurde.

Alors, et nécessairement ; une partie de la société prétend : que, l'humanité peut exister et persister : sans être basée sur une sanction ultra-vitale ; et c'est la majorité. Une autre partie, et c'est la minorité, prétend le contraire. Mais cette minorité, complémentaire de la majorité, n'admet d'éternelle sanction que basée : sur l'anthropomorphisme ; sur l'anthropomorphisme démontré absurde : par l'incompressibilité de l'examen.

Que résulte-t-il, nécessairement, de cette prétendue antinomie ? Que, l'éternelle sanction étant nécessaire à l'existence de l'ordre, vie sociale ; l'anarchie progresse en raison : directe de la foi matérialiste, dont l'essence est de nier la réalité de la sanction ultra-vitale ; et, inverse de la foi anthropomorphiste, dont l'essence est de ne reconnaître de sanction ultra-vitale que basée sur l'anthropomorphe créateur. Et, cette progression anarchique croîtrait jusqu'à la mort de l'humanité ; quand même la réalité de la sanction ultra-vitale, indépendante de l'anthropomorphisme, serait scientifiquement et individuellement découverte ; à moins : qu'une circonstance, paraissant impossible de prime abord, ne vienne à surgir : pour sauver l'humanité.

En effet : à quoi servirait, en dehors de cette circonstance dont nous parlerons bientôt ; à quoi servirait la découverte, par un individu, de la réalité de l'éternelle sanction : quand même la démonstration de cette réalité serait aussi évidente que le soleil ? Le soleil est-il évident pour les aveugles ; et, la génération actuelle n'est-elle pas intellectuellement aveugle ?

L'anarchie, il est vrai, abaisse ou extirpe les cataractes de la cécité intellectuelle. Mais, si une seule opération suffit, et doit même suffire, pour guérir la cécité corporelle ; il n'en est pas de même pour la cécité intellectuelle. Ici, il faut un nombre indéterminé d'opérations ; et, sans la circonstance en question, le nombre d'opérations nécessaires conduirait l'humanité à la mort, avant de pouvoir obtenir la guérison.

Voyons, génération prochaine ! remémorez-vous quelques-unes, seulement, des difficultés qui s'opposent : à la réussite de l'opération.

D'abord, pour n'être point anarchique, la démonstration doit être universellement acceptée.

Pour être universellement acceptée, la démonstration doit être rationnellement incontestable ; c'est-à-dire : réellement scientifique.

Une démonstration, réellement scientifique, ne peut être comprise que par des savants réels.

La démonstration scientifique de la réalité de la sanction ultra-vitale, indépendante de tout anthropomorphisme, ne peut donc être universellement acceptée que par des savants réels ; et, nous avons vu : que, la génération actuelle est universellement ignorante. N'y a-t-il point là un cercle vicieux qu'il est QUASI impossible de briser ; et, la génération actuelle n'est-elle pas infiniment plus à plaindre qu'à mépriser ?

Et, ce ne serait même pas assez : de faire accepter, à l'universalité d'une génération, la réalité de la démonstration ; il faudrait encore : que, les générations futures fussent mises à l'abri de l'ignorance ; qu'elles ne pussent jamais retomber dans l'erreur ; que la carapace des préjugés fût radicalement anéantie : au sein de l'humanité.

C'est ici, génération prochaine, que vous déclareriez ce but impossible à atteindre ; si, déjà, vous ne l'aviez dépassé.

IX

Puisqu'il est impossible de galvaniser la génération actuelle, au point de la faire sortir de l'universalité de paralysie morale, dans laquelle une juste expiation a plongé notre humanité jusqu'à ce jour ; dites, génération prochaine ; dites aux générations heureuses qui vous succéderont ; dites-leur, puisque nous ne le comprendrions pas, si même vous pouviez nous le révéler : par quelle circonstance, miraculeuse aux yeux de l'ignorance, mais inévitable vis-à-vis de l'éternelle raison, vis-à-vis de l'éternelle justice, vous êtes sortie : de l'état d'ignorance ; de l'état quasi bestial ? Dites-le ! cela est nécessaire. Vous, et les générations heureuses qui vous succéderont, vous devez pouvoir plaindre vos aïeux ignorants ; les mépriser ! jamais.

La démonstration de la réalité de l'éternelle sanction, indépendante de l'anthropomorphisme, étant découverte par un individu ; il est impossible que cette sanction soit socialement intronisée, en dehors de cette circonstance, en apparence miraculeuse, dont nous avons parlé. Mais, à cause de l'indestructibilité de la presse, il est impossible aussi : que, cette découverte, une fois imprimée, soit anéantie. Alors, cette découverte, dès qu'elle ne peut mourir, se propage : très lentement, d'abord, et comme la goutte d'huile sur le papier ; ensuite, d'autant plus rapidement : que, l'immoralité, résultant de l'absence de sanction éternelle, même illusoire ; et, que le paupérisme, résultant de l'absence de sanction éternelle réelle ; font faire plus de progrès à l'anarchie. Dès ce moment, la force qui, jusqu'alors, avait exclusivement gouverné notre humanité, vient, peu à peu, à s'unir à la science réelle ; et, de cette union, naît, nécessairement, sur une partie quelconque du globe, une AUTOCRATIE suffisamment forte : non, pour éclairer la génération contemporaine, cela est impossible ; mais suffisamment forte : pour s'emparer de l'éducation et de l'instruction de la génération naissante non encore intellectuellement aveugle sous la carapace des préjugés ; pour lui inculquer la vérité par l'éducation ; pour lui en démontrer la réalité par l'instruction ; pour assurer la généralisation de l'éducation et de l'instruction aux générations futures ; et, surtout, pour museler la génération contemporaine et empêcher : que, son ineptie puisse mettre obstacle à l'établissement du bonheur humanitaire. Alors, le bonheur, résultant de l'intronisation de la vérité, sur cette partie du globe, se propage : non plus, comme la goutte d'huile ; mais, avec la rapidité de l'éclair.

X

Ce n'est point le seul préjugé de l'anthropomorphisme, qui s'oppose à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte ; et vous le saurez, génération prochaine ! Il est, en outre, une foule d'autres préjugés qui s'y opposent, avec une force presque égale. Quand vous serez sortie du sein de l'éternité, révélez, aux générations futures, comment ces mêmes préjugés ont retenu le monde dans l'enfer de l'ignorance, même malgré la vérité individuellement découverte. Moi, je supposerai : que, vous pouvez m'inspirer ; que j'écris sous votre dictée ; que, les prétendus savants me liront ; que, leur impudente vanité les empêchera de profiter de ce que vous aurez dicté ; et que, devant l'éternelle justice, ils porteront la responsabilité : de ce que leur liberté aura refusé d'admettre ; et, des maux qu'ils auront causés.

Marchons rapidement !

XI

Après le préjugé de l'anthropomorphisme et le préjugé du panthéisme, qui, vis-à-vis du raisonnement, ne sont qu'un seul et même préjugé ; le préjugé qui s'oppose le plus fortement à l'intronisation de la vérité même découverte, est celui : d'une mémoire liant la vie actuelle à la vie future.

Si, comme le prétendent les anthropomorphistes, les âmes sont créées : elles sont des machines ; elles sont de la matière, comme le reste de la création ; elles ne sont immortelles et libres ; que, devant la foi. Or, et devant la raison : CRÉER de la liberté ; CRÉER de l'immortalité : est de même force : que, CRÉER un bâton n'ayant qu'un seul bout. Dès lors, et devant la raison : pas d'autre vie, avec l'anthropomorphisme ; et, pas d'autre vie, pas de mémoire après la mort.

Si, comme le prétendent les panthéistes, les âmes sont le résultat de l'organisme ; les âmes et les corps sont également mortels. Dès lors : point d'autre vie avec les panthéistes et, point d'autre vie, point de mémoire après la mort.

Si, maintenant, les âmes existent en réalité si, elles existent indépendamment des corps ; elles sont individuelles, éternelles, immatérielles.

Si, elles sont immatérielles, elles sont simples, sans qualités.

Si, elles sont simples, sans qualités, elles ne peuvent, étant isolées ni, se modifier ; ni, être modifiées.

Si, isolées, elles ne peuvent : ni, se modifier ; ni être modifiées ; elles ne peuvent : ni, penser ; ni, se souvenir ; ni, vouloir ; ni, agir : la pensée, la mémoire, la volonté, et l'action étant : soit, des modifications, par l'organisme, sur l'âme simple à laquelle l'organisme est uni ; soit, des modifications, par l'âme, sur l'organisme, auquel elle est unie.

Donc, dans tous les cas possibles, et vis-à-vis de la raison : point de mémoire après la mort ; point de mémoire après la séparation de l'âme et de l'organisme ; point de mémoire après la cessation de la personnalité, temporelle par essence.

En dernière analyse, la croyance, en l'anthropomorphisme, n'est autre : que, la croyance en une autre vie ; croyance, imposée par la nécessité sociale, au moyen d'une foi : tant, que la connaissance de la réalité d'autres vies, ne peut et ne doit être imposée : par la science.

Or, la croyance, en plusieurs vies, implique la croyance en une mémoire qui lie ces différentes vies entre elles. Cela est évident, incontestable : pour toute croyance.

Telle est, pour tout anthropomorphiste, l'origine primitive et nécessaire de ce préjugé. Il est évident : que, la science réelle, et encore lorsque son intronisation est devenue nécessaire sous peine de mort sociale, peut seule démontrer : et, la réalité de plusieurs vies ; et, l'absurdité autant que l'inutilité : d'une mémoire, liant les différentes vies entre elles.

Ce préjugé, en outre, a, pour le conserver, une cause secondaire, quoique non absolument nécessaire.

Toute foi, imposée comme base d'ordre, doit interdire l'examen, sous peine de mort sociale ; et, cette interdiction nécessite la soumission la plus complète sous le joug d'un sacerdoce : interprète de la révélation ; et, médiateur entre l'humanité et la divinité.

Or, pour soumettre les masses à ce joug, il n'est aucun moyen aussi puissant : que, la croyance en une vie future conservant le souvenir de la vie présente ; vie future, éternellement heureuse ou malheureuse, selon que le sacerdoce en aura disposé : d'après la soumission à leurs préceptes ; soumission, dont les morts auront fait preuve pendant leur vie ; ou, d'après l'expiation, que ceux qui aiment les morts feront eux-mêmes ; de ce défaut de soumission : par une obéissance suffisante.

Il est évident : que, ce moyen d'ordre, une mémoire, liant cette vie passagère à une vie éternelle, doit être employé par tout sacerdoce. Puis, comme pendant l'époque d'ignorance, la foi religieuse est nécessaire à la conservation de la vie humanitaire sur le globe ; et, qu'un sacerdoce est nécessaire à la conservation de toute foi religieuse ; l'invention d'une mémoire liant la vie présente à la vie éternelle, sera employée pour la conservation de la foi. Aussi, le préjugé de cette mémoire a-t-il été ainsi employé ; et, sans aucune exception depuis, l'origine de l'humanité.

Maintenant, voyons les inconvénients de la science réelle, anéantissant le préjugé de la nécessité d'une mémoire liant les différentes vies entre elles : tant, que cette science n'est qu'individuellement possédée ; tant, qu'elle n'est point, elle-même, socialement et scientifiquement intronisée.

La démonstration, de la non-existence d'une mémoire après la mort, anéantit l'anthropomorphisme ; et, l'anthropomorphisme est la seule base possible de morale : tant qu'il n'est point, lui-même, socialement et scientifiquement anéanti.

Concevez-vous ce nouveau cercle vicieux ?

Dès lors, la science réelle, la vérité découverte et individuellement possédée, doit être socialement repoussée par le préjugé tant, que la nécessité sociale, d'introniser cette vérité, n'existe point tant, que cette nécessite n'est point socialement reconnue ; tant, que la circonstance, en apparence miraculeuse et ci-dessus énoncée, ne rend point possible : cette intronisation.

Voilà, comment le préjugé de la nécessité d'une mémoire après la mort, pour que d'autres vies puissent exister, s'oppose, chez les anthropomorphistes, à l'intronisation de la vérité, même découverte.

Quant aux panthéistes, négateurs de toute autre vie, ils ne peuvent avoir le préjugé de la mémoire après la mort mais, ils ont aussi le préjugé de la nécessité de cette mémoire pour, que la démonstration de la réalité d'autres vies puisse être socialement utile.

En effet : les panthéistes qui se piquent de raisonner ; les panthéistes qui n'ont point la foi irréligieuse, de la même manière que les charbonniers ont la foi religieuse ; les panthéistes qui sont matérialistes uniquement : parce que, la prétendue science est matérialiste ; ceux enfin qui sont matérialistes malgré eux, comme ils ne craignent pas de l'avouer, vous disent :

" Que nous fait votre sanction ultra-vitale dans une vie postérieure ; si, nous n'avons pas la mémoire d'avoir mérité ou démérité dans une vie antérieure ; et, que nous fait-elle également, dans la vie présente et relativement à la vie antérieure ; si, nous n'avons pas la mémoire d'avoir mérité ou démérité dans cette même vie antérieure ? "

Alors, le préjugé de la nécessité d'une mémoire, liant les vies entre elles, les empêche d'étudier et de comprendre : la réalité de l'éternelle sanction, sans liaison de mémoire d'une vie à une autre. Puis, ayant subordonné l'acceptation de l'éternelle sanction, à l'admission préalable d'une mémoire liant les vies entre elles ; ils considèrent la sanction religieuse, dite scientifique, comme n'étant nullement scientifique ; mais, seulement hypothétique ; ainsi, que l'a été la sanction anthropomorphique. Après cela, et se croyant excellents logiciens, ils disent : Nous resterons matérialistes MALGRÉ NOUS.

Et voilà : comment le préjugé de la nécessité d'une mémoire après la mort, pour que d'autres vies puissent exister, s'oppose, chez les panthéistes, à l'intronisation de la vérité, même découverte.

Puis, comme aussi longtemps que la science réelle n'est point intronisée, il n'y a de possible : que, des anthropomorphistes et des panthéistes ; voilà, comment le préjugé, de la nécessité d'une mémoire après la mort pour que d'autres vies puissent exister, s'oppose universellement, à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte.

Si, indépendamment du préjugé en question, ces messieurs avaient daigné étudier la réalité de la sanction religieuse, scientifiquement démontrée, ils auraient reconnu :

1° Que, les âmes étant individuelles, éternelles, immatérielles : toute mémoire appartient à l'organisme ; et, disparaît avec l'organisme.

2° Que, vis-à-vis de la raison, les âmes doivent, scientifiquement, être démontrées individuelles, éternelles, immatérielles : pour, que la liberté des personnes puisse exister ; pour, que cette même liberté ne soit point exclusivement : illusoire ; automatique.

3° Que, abstraction faite de telle ou de telle personne, la liberté, l'éternelle liberté, éternelle comme les âmes, n'est autre : que, l'éternelle raison ;

4° Que, l'éternelle raison n'est autre : que l'éternelle justice ;

5° Que, l'éternelle justice, ayant une existence réelle et démontrée : les actions réelles, les actions non illusoires, non automatiques, sont, NÉCESSAIREMENT, récompensées ou punies ; selon, qu'elles auront été commises, conformément ou contrairement : au raisonnement, à la conscience, de l'acteur.

La réalité de cet ordre moral, démontrée par la raison, la liberté, comme devant être NÉCESSAIREMENT tel, et pas autrement ; est infiniment plus facile à comprendre, comme NÉCESSAIRE ; que, l'ordre physique existant par une nécessité : qui pourrait être autre ; qui est autre, peut-être, selon les univers ; tandis, que l'ordre moral est NÉCESSAIREMENT le même : pour tous les univers possibles.

6° Que, les actions, qui n'auront point été récompensées ou punies dans la présente vie, le seront, NÉCESSAIREMENT aussi, dans une vie future : la vie des âmes étant éternelle.

La réalité de cet ordre moral, démontrée par la raison, la liberté, comme devant être NÉCESSAIREMENT tel et pas autrement ; est infiniment plus facile à comprendre comme NÉCESSAIRE ; que, l'ordre physique existant par une nécessité qui pourrait être autre ; qui est autre, peut-être, selon les univers tandis, que l'ordre moral est NÉCESSAIREMENT le même : pour tous les univers possibles.

7° Que, les biens ou les maux éprouvés et non mérités ou démérités dans cette présente vie, sont la conséquence, NÉCESSAIREMENT aussi, de mérites ou de démérites dans des vies antérieures : la vie des âmes étant éternelle.

La réalité de cet ordre moral, démontrée par la raison, la liberté, comme devant être nécessairement tel et pas autrement : est infiniment plus facile à comprendre comme NÉCESSAIRE ; que, l'ordre physique existant par une nécessité qui pourrait être autre, qui est autre, peut-être, selon les univers tandis, que l'ordre moral est NÉCESSAIREMENT le même : pour tous les univers possibles.

8° Que, dès lors, et quant à l'utilité sociale de la sanction, les mémoires, d'une vie à une autre, sont complètement inutiles : la science réelle démontrant : que, les âmes sont éternelles ; et, aussi la justice.

La réalité de cet ordre moral, démontrée par la raison, la liberté, comme devant être NÉCESSAIREMENT tel et pas autrement ; est infiniment plus facile à comprendre, comme NÉCESSAIRE ; que, l'ordre physique existant par une nécessité qui pourrait être autre ; qui est autre, peut-être, selon les univers tandis, que l'ordre moral est NÉCESSAIREMENT le même : pour tous les univers possibles.

9° Que l'adoption de ces mémoires liant les vies entre elles, serait même, en présence de l'examen, nuisible à l'existence de l'ordre : en bornant le nombre des vies à deux seulement. La présente vie dériverait alors, et nécessairement, d'une création soit anthropomorphique, soit panthéistique : puisque, nous n'avons point souvenance d'une vie antérieure. La vie future, alors éternelle, nécessiterait : un paradis, éternel et stupide ; pour faire pendant à un enfer éternel et atroce.

Et, ces Messieurs ne diraient plus, avec autant de stupidité que d'entêtement : Nous resterons matérialistes MALGRÉ NOUS.

XII

Parmi les dix mille préjugés, qui s'opposent à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte ; un des principaux est la croyance : en la sensibilité réelle des animaux.

Développons cette proposition.

L'homme se SENT personnel. Il est impossible de trop le répéter. Sa personnalité est son essence. L'essence de sa personnalité est donc : SA SENSIBILITÉ.

L'homme ignorant personnalise : tout ce qui a apparence de mouvement spontané ; tout ce qui a apparence de sensibilité. Il personnalise sa femme, ses enfants. Puis, par analogie, il personnalise le singe, le chien, le cheval, etc. Ensuite, plus, son intelligence se développe, au sein de l'ignorance ; plus, la série continue de sensibilité lui apparaît : comme universelle, incontestable et réelle.

C'est, cette confusion des analogies avec les identités ; cette confusion des apparences avec les réalités ; qui constitue l'ignorance expiatoire, dans laquelle notre humanité a souffert : depuis son origine sur le globe.

Maintenant : la sensibilité, base de personnalité, c'est l'ÂME ; le nom d'âme étant donné : à ce qui souffre et jouit.

Alors, et vis-à-vis de la raison, la série de sensibilité étant continue et universelle : tout a une âme ; chaque âme est un produit de l'organisme universel ; un produit, une émanation : de la sensibilité universelle ; de l'âme universelle. Donc : la sensibilité est inhérente à l'organisme. Donc : l'âme est inhérente à l'organisme. Donc : après la mort de l'organisme, plus d'âme. Donc post mortem, NIHIL ; après la mort, RIEN. Ce qui équivaut à dire l'homme n'a pas plus d'âme que la bête ; la bête n'a pas moins d'âme que l'homme.

Voilà, ce que dit incontestablement la raison : tant que l'ignorance relative à la distinction : entre les analogies et les identités ; entre la sensibilité apparente et la sensibilité réelle ; n'est point anéantie.

C'est, pour protester contre cette décision de la prétendue raison ; décision qui conduisait l'humanité à la mort ; que tous les législateurs, se disant révélateurs de la loi et conservateurs de l'humanité : ont dû subordonner la raison à la foi ; et, qu'ils doivent maintenir cette subordination : aussi longtemps, qu'elle reste possible.

Alors, les révélations ne pouvant dire : l'homme seul est sensible ce qui, sans autre preuve qu'une affirmation, eût paru trop absurde elles ont dit : l'homme seul a une âme : ce qui est la même chose vis-à-vis de la raison ; mais, ce qui n'est pas la même chose, vis-à-vis de la foi, se subordonnant la raison ; et, ce qui, cependant, anéantit la proposition conduisant à la mort sociale : l'homme n'a pas plus d'âme que la bête ; la bête n'a pas moins d'âme que l'homme.

Aussi longtemps, que la proposition : l'homme seul a une âme ; peut rester socialement incontestée, par la possibilité de comprimer socialement l'examen ; l'ordre, vie sociale, peut exister. Mais, du moment que, par l'impossibilité de pouvoir comprimer socialement l'examen, la raison peut briser le joug de la foi, sans briser le joug de l'ignorance ; la proposition : l'homme n'a pas plus d'âme que la bête, reprend toute sa force ; et, la société marche à la mort : si, cette proposition de l'ignorance ne peut être socialement anéantie.

Pour, que cette proposition de l'ignorance puisse être socialement anéantie ; il ne suffit point : que, sa fausseté puisse être démontrée individuellement et scientifiquement. La proposition, ex nihilo nihil, est scientifiquement et individuellement incontestable depuis l'origine de l'humanité ; et, jamais encore, elle n'a été socialement acceptée. Elle aurait dû, cependant, anéantir tout anthropomorphisme : si, l'incontestabilité scientifique, individuellement exposée, suffisait à cet égard. Cela se comprend, du reste, pour l'époque de possibilité de comprimer l'examen et d'ignorance sociale, pendant laquelle la nécessité sociale force à rejeter cette proposition. Mais, elle n'a pas anéanti l'anthropomorphisme, même depuis l'incompressibilité de l'examen. Il serait même possible de dire : que, c'est le contraire qui est arrivé. En effet : ceux-là même qui, auparavant, ne croyaient point à l'anthropomorphisme ; et qui, quelquefois, osaient même le dire, en présence des inquisiteurs ; font, maintenant, semblant d'y croire, bien inutilement sans doute, en présence de l'incompressibilité de l'examen. Mais, ils s'imaginent devoir, dans l'intérêt de l'humanité, faire semblant d'y croire. C'est au point : que, si l'inquisition pouvait être rétablie ; elle le serait, certainement, avec plus de fureur : par les panthéistes que par les anthropomorphistes. Seulement, les panthéistes voudraient être, comme en Chine, les seuls inquisiteurs. Alors, et comme en Chine, ils n'épargneraient nullement les san-bénitos. Quel tribunal d'inquisiteurs ce serait, bon Dieu, qu'une académie des sciences morales et politiques ! Ce serait un véritable tribunal des rites, un tribunal chinois. Quant aux anthropomorphistes de bonne foi, ils sont peu cruels. Ils s'imaginent : qu'il suffit d'étudier l'anthropomorphisme pour être convaincu de sa réalité. C'est du fond de leur cœur qu'ils ont dit, en parlant de l'anthropomorphe, du Dieu personnel : une demi-science conduit à l'athéisme ; la science entière conduit à Dieu. À cet égard, les panthéistes sont infiniment plus instruits. Aussi, s'ils en avaient le pouvoir, feraient-ils brûler jusqu'à l'ombre de l'impiété. Sauf, les fanatiques de l'espèce, ils savent tous : qu'une religion est nécessaire, au moins pour le peuple, disent-ils. Alors, et selon eux : plus, une religion est absurde ; et plus elle est bonne. Car, disent-ils encore : Si, par impossible, elle était rationnelle, scientifique, le peuple ne pourrait : ni, la comprendre, ni, l'accepter. Allez donc présenter : soit, aux anthropomorphistes ; soit, aux panthéistes ; la religion rationnelle, la religion scientifique ! Avant, de parvenir à faire écouter votre proposition ; vous serez généralement sifflé.

Malheureusement, pour le présent ; heureusement pour l'avenir ; le gril des inquisitions est devenu aussi impuissant, que doit l'être, pour la génération actuelle, la démonstration scientifique, individuellement démontrée et abandonnée à elle-même, de l'insensibilité réelle des animaux. Alors, et nécessairement, la proposition : l'homme n'a pas plus d'âme que la bête, ou la bête n'a pas moins d'âme que l'homme, reprend force et vigueur ; et la société marcherait à la mort ; si, elle ne pouvait être sauvée par la circonstance en question : une autocratie de la force unie à la science.

XIII

Le préjugé, de l'anthropomorphisme, est : que, le raisonnement réel, le raisonnement non illusoire, non automatique ; la liberté réelle, la liberté non illusoire, non automatique ; ce qui est tout un ; peut exister : Sans, que les âmes soient individuelles, éternelles, immatérielles.

Le préjugé, du panthéisme, est : que, le raisonnement réel, le raisonnement non illusoire, non automatique ; la liberté réelle, la liberté non illusoire, non automatique ; ce qui est tout un ; peut exister : Sans, que les âmes soient individuelles, éternelles, immatérielles.

L'anthropomorphisme et le panthéisme, vis-à-vis de la raison, il faudrait le répéter des milliers de fois : sont : UNE SEULE ET MÊME DOCTRINE.

Il est évident : que, ces deux doctrines, qui n'en font qu'une, doivent s'opposer également : à l'intronisation de la science réelle ; science, qui doit les anéantir également.

L'anthropomorphisme dit : DIEU est l'être des êtres ; le créateur de toutes choses. L'homme a été fait intelligent et libre à l'image de son créateur. C'est un MYSTÈRE : l'intelligence, la liberté, SE POSENT ET NE SE PROUVENT PAS.

Le panthéisme dit : la NATURE, la MATIÈRE, est l'être des êtres, la créatrice de toutes choses. L'homme a été fait intelligent et libre à l'image de sa créatrice. C'est un MYSTÈRE : l'intelligence et la liberté SE POSENT ET NE SE PROUVENT PAS.

Anéantissez, SOCIALEMENT, le préjugé de la croyance en la sensibilité réelle des animaux : l'anthropomorphisme et le panthéisme sont également anéantis ; l'intelligence, la liberté sont démontrées exister en réalité ; et, tout mysticisme cesse d'être nécessaire.

Mais, pour que le préjugé, de la croyance en la sensibilité réelle des animaux, puisse être SOCIALEMENT anéanti et ne puisse renaître ; il faut : non seulement que la vérité, contraire à ce préjugé, soit scientifiquement découverte par un individu ; il faut encore : qu'elle soit socialement vérifiée, socialement acceptée, et socialement intronisée ; de manière : que, le préjugé contraire ne puisse jamais renaître. Et, comment cela pourrait-il être ; quand, tous les individus, sans exception pour ainsi dire, s'opposent, par un préjugé quelconque, à ce que la vérité soit : socialement vérifiée, socialement acceptée, et socialement intronisée ! Cela ne paraît-il point complètement impossible ? Et, cela ne le serait-il point en effet ? sans la circonstance, en apparence miraculeuse, d'une autocratie unissant : la science à la force.

XIV

Un des préjugés, qui s'opposent le plus à la vérification, à l'acceptation, et à l'intronisation de la vérité même individuellement démontrée ; est celui : qu'il y aura toujours des pauvres ; que, le paupérisme est inhérent à l'humanité ; que tous, sans l'ombre d'une exception, ne peuvent en être exempts et se trouver nécessairement plus ou moins riches ; par cela seul : qu'ils appartiennent à une humanité, au sein de laquelle : l'ignorance est anéantie.

D'où provient ce préjugé ; et, comment s'oppose-t-il à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte ?

Tant, que l'ignorance, sur la réalité de l'éternelle sanction, n'est point anéantie : la nécessité sociale intronise l'anthropomorphisme ; pour, que l'humanité ne soit point anéantie par le panthéisme.

Maintenant ;

Le règne social de l'anthropomorphisme nécessite la compression de l'examen ;

La compression de l'examen nécessite l'existence du paupérisme ;

L'existence du paupérisme nécessite l'aliénation du sol à des individus ;

L'aliénation du sol, à des individus, nécessite : la domination des forts, possesseurs du sol ou du capital qui le représente, sur les faibles, privés de sol ou du capital qui le représente ; et, une fois que la domination des forts, possesseurs de la matière, sur les faibles n'ayant que l'intelligence, se trouve établie ; le paupérisme apparaît : comme, inhérent à l'humanité.

Et, le paupérisme, en effet, est inhérent à l'humanité : tant, que la nécessité sociale n'oblige point à l'anéantir : sous peine de mort humanitaire.

Comment, l'humanité tout entière reconnaîtrait-elle la nécessité d'anéantir le paupérisme, sous peine de mort humanitaire ; quand, l'humanité tout entière s'imagine : que, vouloir anéantir le paupérisme ; ce serait vouloir la mort de l'humanité ?

Telle est l'origine de ce préjugé ; telle est sa force de résistance.

Maintenant, ce préjugé s'oppose à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte, par deux points principaux.

D'abord, pour introniser la vérité, par l'anéantissement du paupérisme, il faudrait connaître la cause du paupérisme ; qui est : l'ignorance humanitaire sur la réalité de l'éternelle sanction, indépendante de tout anthropomorphisme et de tout panthéisme.

Or, l'humanité, par ce moyen, est si peu en état d'introniser la vérité, même individuellement découverte ; qu'elle considère, cette éternelle sanction, comme absolument chimérique. Alors, il lui est également impossible de vouloir vérifier, accepter et introniser une vérité : qui, pour elle, est une absurdité.

Ensuite, pour vouloir anéantir le paupérisme, il faudrait en connaître les moyens matériels.

Eh bien ! ces moyens sont : l'entrée, à la propriété collective, du sol et des capitaux acquis par les générations passées. Et, l'humanité, tout entière, considère ces moyens : non, comme devant anéantir le paupérisme ; mais, comme devant anéantir l'humanité.

Le préjugé, qu'il y aura toujours des pauvres, s'opposerait donc, de la manière la plus absolue, à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte ; sans la circonstance, quasi miraculeuse, d'une autocratie unissant : la science à la force.

XV

La croyance, que le paupérisme est absolument inhérent à l'humanité, se trouve être la source : d'autres préjugés, s'opposant, avec une égale vigueur, à l'intronisation de la vérité, même individuellement découverte.

Le préjugé : que les propriétaires, soit du sol, soit des capitaux, doivent toujours pouvoir associer leurs propriétés ; et, que ces associations sont toujours utiles à l'existence de l'ordre, vie sociale ; est l'un des préjugés les plus enracinés et les plus difficiles à extirper ; plus, peut-être : que, tous ceux qui précédent.

L'association des propriétés individuelles et foncières seulement ; association exclusivement possible : quand ces propriétés sont déclarées inaliénables, indivises et héréditairement transmissibles par ordre de primogéniture ; constitue la féodalité nobiliaire. Cette espèce d'association, des propriétés individuelles, est utile à l'existence de l'ordre : tant, que l'examen peut être socialement comprimé ; et, elle lui est utile : parce qu'elle rend, alors, le paupérisme inhérent à l'humanité. Alors, les propriétaires individuels du sol dominent ; et sur les propriétaires des capitaux ; et, sur les prolétaires, plus ou moins privés de propriétés.

Quand, ensuite, l'examen devient incompressible : la domination des seuls propriétaires individuels du sol s'évanouit avec le droit de primogéniture ; le sol et le capital ne font plus qu'une seule et même espèce de propriété, quant au droit ; et, la domination des seuls propriétaires individuels du sol, sur les propriétaires individuels de capitaux et sur les prolétaires plus ou moins privés de toute propriété ; devient : la domination des propriétaires individuels de capitaux, sur les prolétaires plus ou moins privés de propriété. En un mot, la domination du sol se transforme : en domination du capital.

L'association, des propriétaires individuels du sol seulement se transmettant cette propriété par ordre de primogéniture, constitue donc LA DOMINATION DU SOL ; et, l'association des propriétaires individuels, sans distinction de sol et de capital, et se transmettant sans distinction de primogéniture, constitue : LA DOMINATION DU CAPITAL.

De même, que l'association des propriétaires individuels du sol seulement, de la féodalité nobiliaire a été utile : parce qu'elle assurait la permanence du paupérisme, nécessaire à l'existence du despotisme. De même, que cette espèce d'association a été prohibée par suite de l'incompressibilité de l'examen : précisément, parce qu'elle assurait, trop ouvertement, la permanence du paupérisme, devenu anarchique. De même, l'association des propriétaires individuels de capitaux ou la féodalité financière a été utile : parce qu'elle masquait la permanence encore nécessaire du paupérisme. De même, cette espèce d'association sera prohibée : dès, que ce masque sera arraché, par cette même incompressibilité de l'examen. Car, l'association des capitalistes ou la domination du capital, assure l'esclavage des masses ou la permanence du paupérisme ; bien plus encore : que, ne l'assurait la domination du sol seulement.

En effet : sous la domination du sol seulement, il y avait, pour soulager les pauvres, rivalité : entre le sacerdoce, représentant le spirituel ; la féodalité nobiliaire, représentant le temporel ; et Mammon, représentant de l'usure et de la luxure. Mais, entre les deux espèces de domination, il y a une différence, pour ainsi dire, infinie. Sous la domination du capital, Mammon n'a plus de rivaux; et, les prolétaires sont exploités : jusqu'aux dernières limites du possible.

Et, ce n'est pas à ce seul point que se borne la différence. Sous la domination du sol, l'exploitation des masses ou le paupérisme est nécessaire à l'existence de l'ordre, vie sociale. Sous la domination du capital, au contraire, l'exploitation des masses ou le paupérisme est une source intarissable de révolutions. Ainsi, la domination du sol conserve la vie à l'humanité pendant toute l'époque de possibilité de comprimer l'examen tandis, que la domination du capital conduirait l'humanité à la mort si, cette domination ne pouvait être anéantie : par l'anéantissement de toute possibilité d'associer les capitaux individuels ; comme, toute possibilité d'associer les propriétaires individuels du sol seulement, a dû être anéantie : pour, que la domination du sol, devenue trop ouvertement anarchique, ne fût plus possible.

Ainsi, la domination du sol est nécessaire, de prime abord, à cause de l'ignorance sociale ; et, la domination du capital devient nécessaire : parce que, la domination du sol ne peut plus conserver l'ordre ; et, que l'ignorance sociale n'est point encore anéantie, ce qui serait nécessaire, pour que l'intelligence de tous pût dominer la matière. Alors, la domination du capital sur l'intelligence ; la domination des propriétaires particuliers de la matière sur l'intelligence en général ; exige : l'anéantissement de la féodalité nobiliaire ; comme, la domination de l'intelligence sur la matière ; la domination de tous sur la matière ; exigera : l'anéantissement de la féodalité financière, consistant : dans l'association des capitalistes.

Maintenant, allez parler de la nécessité, sous peine de mort humanitaire, de prohiber l'association des capitaux appartenant aux individus ; comme il y a eu nécessité de prohiber le rétablissement de la primogéniture, pour empêcher le rétablissement de l'association des propriétaires individuels du sol seulement ; allez parler de cette hérésie, contre l'orthodoxie de la domination des propriétaires particuliers de la matière ; et, vous serez conduit à Charenton ; si, vous n'êtes livré aux anthropophages.

Et pourquoi, l'humanité tout entière a-t-elle en horreur : et, l'anéantissement de la féodalité nobiliaire, partout où elle existe encore ; et, l'anéantissement de la féodalité financière, partout où elle a remplacé la féodalité nobiliaire ? C'est-à-dire : pourquoi a-t-elle en horreur : l'anéantissement de toute association de propriétés individuelles ?

C'est que l'empirisme, ou un raisonnement dont l'ignorance ne peut se rendre un compte clair ; raisonnement, que les philosophes, les mystiques, et les sots ont nommé intuition ; fait sentir : que, l'anéantissement de la féodalité nobiliaire est l'anéantissement du despotisme ; que, l'anéantissement du despotisme conduit nécessairement à l'anarchie, source de mort humanitaire : tant, que l'ignorance sur la réalité de la liberté, n'est point anéantie. C'est, que l'empirisme fait sentir également : que, l'anéantissement de la féodalité financière, quoique cette féodalité soit une source essentielle d'anarchie, devant conduire l'humanité à la mort ; l'y conduirait, plus rapidement encore : si, la société prétendait établir la domination de l'intelligence de tous sur la matière ; avant, que l'ignorance de tous pût se trouver : SOCIALEMENT anéantie.

En plus de mots ; c'est, que l'empirisme fait sentir : que, si la domination des propriétaires individuels du sol : sur les propriétaires des capitaux en particulier ; et, sur l'intelligence de tous en général ; a été NÉCESSAIRE, à cause de l'ignorance sociale sur la réalité d'une sanction supérieure à la force et indépendante de tout anthropomorphisme ; et, que si cette domination du sol sur l'intelligence de tous n'a pu être anéantie : que, par l'incompressibilité de l'examen, intronisant la domination des propriétaires de la matière, sur l'intelligence de tous en général ; la domination de l'intelligence de tous, la domination de l'homme sur la matière, la domination de tous sans exception sur la matière, ne peut être établie : que, par l'anéantissement de cette même ignorance sociale : sur la réalité d'une sanction supérieure à la force et indépendante de tout anthropomorphisme. Jusque-là : la domination des propriétaires individuels des capitaux ; la domination de la féodalité financière ; la domination des capitaux associés, sur l'intelligence de tous, reste nécessaire : quoiqu'elle conduise l'humanité à la mort ; et cette nécessité implique : l'impossibilité : d'anéantir la féodalité financière ; de prohiber l'association des capitaux individuels.

Voilà, ce que l'empirisme fait pressentir à l'humanité tout entière et, ce qui lui fait prendre en horreur : toute pensée d'anéantir les associations de capitaux individuels.

D'un autre côté nous avons vu : que, pour éviter la mort de l'humanité, la prohibition d'associer les capitaux individuels, ou l'anéantissement de la féodalité financière, est devenue plus nécessaire encore : que, la prohibition d'assassiner.

NÉCESSITÉ ET IMPOSSIBILITÉ ! ! Voilà, la situation, dans laquelle se trouverait l'humanité, sans, la circonstance, en apparence miraculeuse, d'une autocratie unissant : la science à la force.

XVI

Un préjugé, dérivant aussi de la croyance, que : le paupérisme est inhérent à l'humanité, est celui qui donne, comme nécessaire, d'abandonner aux familles : l'éducation, l'instruction, l'entretien, etc., des enfants, depuis leur naissance jusqu'à leur majorité.

Il est évident, de toute évidence : que, cet abandon est nécessaire, de toute nécessité : tant, que le paupérisme est, lui-même, nécessaire à l'existence de l'humanité. Mais, il est également évident et de toute évidence : que, cet abandon doit causer la mort de l'humanité : dès que le paupérisme doit être anéanti : sous peine de mort humanitaire.

Eh bien ! allez donc parler, à l'humanité tout entière, de la nécessité, pour la société :

De s'emparer des enfants dès l’âge le plus tendre ;

De donner à tous, et avec le même soin : l'éducation, l'instruction, le logement, l'entretien, etc., etc. ;

De leur développer à tous, et toujours avec le même soin, le corps et l'intelligence ;

De les doter tous, et également, à leur entrée dans la société ;

D'assurer à tous, sans l'ombre d'une exception : et du travail, et la liberté de leur travail ; sans, que jamais la moindre entrave puisse y faire obstacle ;

Enfin, de maintenir dans l'abondance et le bien-être, ceux même que le malheur ou leur propre folie mettraient hors d'état de travailler utilement pour eux-mêmes.

Allez tenir ce langage ! Et, l'humanité tout entière vous enverra à Charenton ; si elle ne vous livre aux anthropophages.

Il est donc impossible : que la génération actuelle puisse anéantir ce préjugé. Et, cependant, ce préjugé doit, nécessairement, être anéanti : sous peine de mort humanitaire.

NÉCESSITÉ ET IMPOSSIBILITÉ ! Voilà, la situation, dans laquelle se trouverait l'humanité ; sans, la circonstance, en apparence miraculeuse, d'une autocratie unissant : la science à la force.

XVII

Un préjugé, plus évidemment absurde, peut-être ; au moins, aussi évidemment absurde que tous ceux qui précèdent ; et, peut-être plus difficile à extirper ; est celui de croire : non seulement que les nationalités ne peuvent être anéanties ; mais encore, que les nationalités en présence : de l'incompressibilité sociale de l'examen ; et, de l'ignorance sociale sur un droit autre que celui de la force ; ne doivent point se trouver absolument anéanties : sous peine, de mort humanitaire.

Il est cependant évident, incontestable ; de toute évidence, de toute incontestabilité :

1° Qu'en présence des circonstances ci-dessus énoncées, une nationalité, vis-à-vis de toute autre nationalité, n'est autre : qu'une agrégation d'individus sous un droit particulier, ayant exclusivement pour sanction : sa propre force brutale ;

2° Que, dès que toutes les nationalités sont en contact inévitable et, elles y arrivent nécessairement en présence de l'incompressibilité de l'examen ; la force brutale, au sein des nationalités, est la seule sanction possible du droit : toujours en présence de l'ignorance sociale sur la réalité d'un droit autre que celui de la force ;

3° Que, aussi longtemps que la force brutale est la seule sanction possible de droit, au sein de l'ensemble des nationalités : la force brutale est aussi la seule sanction possible de droit, au sein de chacune d'elles ;

4° Qu'en présence de l'incompressibilité de l'examen ; et, du contact inévitable des nationalités ; la force brutale doit pouvoir être anéantie, comme seule sanction possible de droit, au sein de l'humanité tout entière ; sous peine : de mort sociale, dans le gouffre de l'anarchie.

5° Que, la force brutale, comme seule sanction possible de droit, au sein de l'humanité tout entière, peut seulement être anéantie : par l'intronisation, sur l'humanité tout entière, de la sanction seule possible comme supérieure à la force brutale ; par l'intronisation de la sanction religieuse, scientifiquement démontrée réelle : sanction unique, comme la vérité ; sanction, dont la réalité doit être individuellement découverte d'abord ; puis, socialement vérifiée ; puis, socialement acceptée et humanitairement intronisée ;

6° Que, cette intronisation, désormais nécessaire à l'existence de l'humanité, anéantirait les nationalités : qui ne sont que les expressions de droits particuliers, ayant, nécessairement, la force brutale pour seule sanction possible ;

7° Que, par conséquent, les nationalités, désormais, doivent, nécessairement, être anéanties ; ou, que nécessairement aussi, l'humanité doit disparaître de notre globe.

Maintenant : allez parler, à l'humanité tout entière, de la nécessite d'anéantir les nationalités, sous peine de mort humanitaire ! La société, tout entière, vous enverra à Charenton ; si elle ne vous envoie aux anthropophages.

Il est donc impossible : que la génération actuelle puisse anéantir les nationalités. Et, cependant, je le répète, les nationalités, nécessairement, doivent être anéanties : sous peine de mort humanitaire.

NÉCESSITÉ ET IMPOSSIBILITÉ ! voilà, la situation, dans laquelle se trouverait l'humanité ; sans, la circonstance, en apparence miraculeuse, d'une autocratie unissant : la science à la force.

XVIII

Un préjugé...

Merci, génération prochaine ! Les masses de la génération actuelle sont disculpées. Livrons, à l'éternelle justice, la vanité ignorante qui maintient aveugle cette malheureuse génération ; et, laissons-la mourir en paix : si, cela lui est possible.

Maintenant, quittons ce langage figuré, sans cesser de nous adresser à une prochaine génération : la génération actuelle étant absolument incapable de nous comprendre ; sauf des exceptions aussi absolument impuissantes.

Notre présent travail sera divisé en deux parties.

La première aura pour but de vous exposer, génération prochaine ; et, plus en détail que nous n'avons pu le faire dans cette préface dédicatoire : l'ignorance de la génération actuelle ; et, de vous la rendre ainsi plus digne de pitié que de mépris.

Pour arriver à ce but, nous avions besoin d'un canevas sur lequel toutes les folies de la génération actuelle fussent tracées ; afin, de pouvoir les suivre par ordre et de pouvoir prouver : que, non seulement elles sont incurables ; mais encore, qu'elles conduiraient l'humanité à la mort : sans une circonstance, en apparence miraculeuse. Nous avons pris, à cet égard, l'ouvrage de M. Proudhon intitulé : De la justice dans l'Église et dans la révolution. Voici les motifs qui nous ont fait adopter ce canevas.

M. Proudhon est l'enfant terrible de la prétendue science actuelle. Il énonce, avec courage, ce que les prétendus savants actuels tremblent de penser. Il n'a pas hésité à reconnaître : que, la prétendue science actuelle : tant religieuse qu'irréligieuse ; tant théologique que philosophique ; n'a jamais été : qu'un tissu de contradictions, conduisant l'humanité à la mort par le scepticisme. À la vérité, M. Proudhon a voulu remplacer la prétendue science actuelle, par la négation de toute science : l'automatisme ; et, c'est là une bien triste folie, chez un homme qui aurait pu faire un meilleur usage de son immense talent. Mais, quelque faible que soit M. Proudhon, quand il veut établir le vrai ; il n'en est pas moins d'une force supérieure, quand il critique le faux. De plus, personne, mieux que lui, n'a fait galoper son dada, dans le cercle du matérialisme. Ceux qui ont voulu le suivre, dans cette carrière, y ont gagné le vertige et sont tombés étourdis, dans le manège de l'automatisme. C'est au point que, malgré ses évidentes absurdités, pas un prétendu théologien, pas un prétendu philosophe, ne serait capable de le réfuter devant la raison : que, cependant, lui-même répudie à chaque instant.

La seconde partie de mon travail aura pour but, toujours vis-à-vis de vous, génération prochaine ! d'exposer : la réalité de la justice dans la science, et, la possibilité, l'inévitabilité même de son application : hors l'Église ; et, hors la révolution.

Nous avons profité de cette occasion, pour vous prouver, par de nombreuses citations : que, dans nos précédents ouvrages, nous avions déjà exposé : et, la réalité de la justice, dans la science ; et, l'inévitabilité de sa prochaine application, hors l'Église et hors la révolution. C'est vous prouver également, génération prochaine : que, si la génération actuelle n'a pu nous comprendre ; la faute en aura été : à son ineptie ; non, à notre intelligence.

D'après cet exposé, génération prochaine, vous me plaindriez d'avoir vécu, pour ainsi dire seul savant, au sein d'un charenton social incapable de me comprendre. Vous diriez : c'est là, le supplice de Mézence ; celui d'un homme vivant indissolublement attaché à un cadavre. Vous me plaindriez, dis-je : si, lorsque vous existerez, vous ne saviez déjà : que, les maux soufferts, le vrai savant a la certitude de les avoir mérités ; qu'alors, et comme expiatoires, les maux soufferts sont presque un bonheur ; et, qu'ils sont toujours un bonheur ; quand, ils sont soufferts pour sauver l'humanité.

(Colins : La justice dans la science hors l'Église et hors la révolution, tome I, (1860) pp. 1 à 43.)